Les Lapins Trailers à la Saintélyon 2013 – Partie #2

Exceptionnellement, ce récit est écrit en totalité du point de vue du Lapin.

L’épisode précédent : Les Lapins Traileurs à la Saintélyon 2013 : l’avant-course

Au cœur de la Saintélyon

Au départ, l’ambiance est festive. Nous sommes complètement gelés mais excités. Nous le saurons plus tard, nous sommes surtout inconscients de ce qui nous attend. Le commentateur sportif est devenu un disc jockey, les lampadaires des boules à facettes, le sas de départ un dancefloor, et les traileurs des danseurs qui se donneront, pour la plupart, jusqu’au bout de la nuit au cours de cette fête d’un genre … différent.

Ca y est, c’est parti ! Nous sommes à l’arrière du sas car nous avons retardé jusque 23h55 notre sortie du parc des expositions. Pendant que nous marchons vers la ligne, nous prenons le temps de quelques photos avant ce grand moment, notre première Saintélyon.

Lapins enthousiastes

Lapins enthousiastes dans le sas de départ

Dans les faits, la fête décrite plus haut sera en réalité un combat de chaque instant contre de redoutables adversaires.

Adversaires numéro 0 : La nuit, le froid, les dénivelés

Ces trois adversaires sont intrinsèques à la Saintélyon. C’est notre combat fil rouge qui sera présent du début jusqu’aux trois quarts du parcours. Ce sont les règles du jeu, et nous les avons acceptées.

profil course

Profil de la Saintélyon

Adversaire numéro 1 : le bitume

Du Km 0 au Km 7 : ces premiers kilomètres en présence du bitume ne nous mettent pas dans le bain. Au contraire, ils tentent vicieusement de nous mettre en position de confiance afin de nous livrer, telles des brebis sans défense, à la neige et au verglas.

Les 7 premiers Km sont bouclés en 45 minutes, on se croirait presque sur notre type de course le plus familier, le marathon. Nous savons que ça ne va pas durer mais profitons de ce passage pour doubler à cœur joie. Km 8, les montées démarrent, mais toujours sur le bitume. Jusqu’ici, toujours sans surprise.

Jusqu'ici, tout va bien

Jusqu’ici, tout va bien

C’est au Km 9 que les choses se corsent. De nombreux runners s’arrêtent sur le bas-côté et semble positionner un accessoire sur leurs chaussures. Des Yaktrax, autrement connues sous le simple nom de « chaînes pour courir ». Nous avions compris par la présence du Vieux Campeur sur le village que c’était un accessoire potentiellement utile, mais dans notre insouciance, nous avons décidé d’en faire l’impasse.

Adversaire numéro 2 : la neige

Km 10, la neige fait son apparition, et en abondance. Elle est parfois poudreuse, parfois glacée. Les routes de bitumes on laissé leur place aux sentiers. Nous comprenons que nous entrons dans le vif du sujet.

neigeAlors que nous évoluons dans la neige, je me retourne et observe les lacets illuminés par les frontales. Je décide de prendre une photo souvenir de ce paysage typique de l’épreuve. Lorsque je me retourne, Carole n’est plus là. La panique monte d’un coup sec. J’avance et je crie « Carole », mais sans succès. Je fais demi-tour et je crie de nouveau. Je demande aux traileurs s’ils ont vu une traileuse avec des oreilles blanches, en vain. Je retourne au lieu de la photo, je crie Carole à gorge perdue. Pas de réponse… La panique et l’adrénaline ne me laissent pas perdre espoir. Des traileurs partout, dans tous les sens. Des frontales qui piquent les yeux. Comment retrouver ma Lapine ? Je m’agite et scanne les lieux du regard quand tout à coup, je vois enfin ses oreilles blanches. Je la prends ma Lapine par la main et lui indique je ne la lâcherais plus.

A peine remis, notre troisième et plus redoutable adversaire fait son apparition.

Adversaire numéro 3 : le verglas

verglasNous poursuivons dans la neige qui cache désormais des plaques de verglas. Nous faisons un constat amer : les crampons de nos chaussures de trail n’ont aucun effet. Il nous faut absolument éviter de piétiner ces plaques sous peine de chutes à répétition, pouvant s’avérer très dangereuses. Les Yaktrax étaient donc l’arme permettant de prendre le dessus lors de ce combat. Il nous faudra faire sans, mais nous y laisserons des plumes (ou plutôt, des poils).

Nos yeux et notre frontale se rivent au sol et notre concentration monte d’un cran. A maintes reprises, nous manquons de chuter et nous rattrapons l’un l’autre. C’est donc ça, le trail nocturne. Se concentrer sur le sol pour éviter les déboires. Les kilomètres s’allongent. Tout comme à la 6000D, il ne nous faut plus 6 minutes mais 12 pour parcourir un kilomètre. Les descentes sont effrayantes, nous prenons un maximum de précautions pour éviter de nous laisser entrainer par la vitesse. La difficulté est telle que les phases de montées deviennent plus rassurantes, et plus rapides.

Malgré cela, les deux premières heures passent vite car nous sommes concentrés, et encore frais physiquement. Il est 2h du matin et nous en sommes à 15 Km, soit une vitesse de 7,5 Km/h. Jusqu’ici, l’allure est suffisante pour boucler la Saintélyon en 10h00. Ça paraît trop beau pour être réel.

La foule aux ravitaillementsNous arrivons au premier ravitaillement, au 15ème Km à Saint-Christo. La foule attroupée grouille en tous sens et tente par tous les moyens de se sustenter. L’accès aux tables en devient difficile, nous devons nous frayer un chemin jusque celles-ci. Nous y trouvons des bananes, pommes entières, génoises fourrées (type Pim’s), pâtes de fruits, madeleines, chocolat, pain d’épices, bananes en morceaux. Nous y trouvons également un ravitaillement chaud en thé distribué directement dans les contenants des traileurs (gobelets ou gourdes). Pour l’eau, l’organisation a prévu des zones de remplissage des poches avec de multiples robinets dédiés. A la Saintélyon, on prend le carburant très au sérieux.

Nous poursuivons dans les mêmes conditions que précédemment. Les montées et descentes s’enchaînent, nous surveillons le sol avec attention et nous tenons la main pour éviter les chutes. Peu après le 20ème, nous passons le point culminant mais, un soulagement serait prématuré. Tout à coup, tout le monde s’arrête. Nous l’avons déjà compris, les bouchons sont l’annonce d’un passage particulièrement ardu. Nous découvrons notre nouvel adversaire : le marécage.

Adversaire numéro 4 : le marécage

Km 26 : Un chemin de boues marécageuses contraignent les Traileurs à contourner la route principale par un bas côté glissant, labouré par leurs prédécesseurs. Le passage est extrêmement délicat, à tel point qu’il est quasi impossible de conserver ses pieds aux sec. Nous avançons péniblement en tentant d’atteindre les quelques pierres encore en surface.

Au Km 29, alors que nous pensions en avoir terminé, le voici de retour. Un nouveau marécage ralentit fortement les troupes. Les moins aguerris optent pour un raccourci par les champs, coupant littéralement quelques centaines de mètres de parcours. Nous reverrons une dernière fois cet adversaire, après le ravitaillement de Sainte Catherine. Notre lucidité n’était alors plus suffisante pour enregistrer le kilométrage.

De temps à autre, quelques fêtards du samedi soir ou habitants locaux venus assister à l’aventure encouragent les traileurs intrépides. Ca met du baume au cœur. Dans ces conditions, tout est bon à prendre.

Les glissades restent fréquentes, et, pour chacune, nous prenons une forte dose d’adrénaline. Le cœur s’emballe car celle-ci est en excès. Les nerfs sont à vif. Le mental en pâtit fortement car prend des coups à répétition. Certains traileurs tombent et se relèvent en restant impassibles et concentrés. Bien que nous le voulions, nous n’y parvenons pas. C’est dans ce cas que l’expérience du traileur qui se veut salvatrice.

36ème Km : le roadbook nous avait prévenus, nous faisons face à une montée particulièrement raide et longue. La marche y est de rigueur.

Il devient difficile de tenir la main de ma Lapine car, se faisant, nous devons nous trouver côte à côte. Le lien bridant mes mouvements, je décide de passer devant. J’avance et m’arrête régulièrement pour lui permettre de me rejoindre. Pendant ce temps, son moral baisse, je ne le vois pas. J’ai froid et je suis renfermé sur mes sensations, je ne pense plus qu’à avancer. Elle me demande de ralentir à maintes reprises mais j’y parviens à peine. Mon instinct cherche à maintenir mon corps en mouvement.

Nous sommes aux alentours du 42ème et le périple en est à 7h00. Le jour commence à se lever. Il fait toujours très froid. Nous continuons à la marche.

Adversaire numéro 5 : le blues du jeune Lapin Trailer

Il est maintenant 8h passées et il fait désormais complètement jour. Ma Lapine est derrière, je la laisse me rejoindre. Elle n’a pas le moral et ne peut plus ni ne veut plus courir. Je l’ai laissée seule, je m’en veux. La difficulté et la concentration m’ont renfermé sur moi-même. C’est donc ça, le trail nocturne longue distance. C’est peut-être pire que la pire des épreuves de team building. Je me découvre sous un autre jour, difficile à admettre mais bel et bien réel. C’est ça l’inconnu, aller si loin que l’on ne s’y reconnaît plus.

Il faut le reconnaître, notre enthousiasme débordant nous a masqué la réalité des choses : nous sommes encore jeunes dans le domaine pour une telle épreuve. Avons-nous brûlé les étapes ? Que faire ici, au 46ème ? Même si le plus dur est passé, il nous reste 35 Km. Nous ne pouvons pas nous permettre de marcher jusqu’au bout. Comment se remonter le moral mutuellement, dans un état pareil ? Il nous faut être réaliste et prendre les bonnes décisions. S’arrêter maintenant ? Nous y pensons. Bien que le plus dur soi passé, ce n’est pas comme si nous étions presque arrivés…

 A suivre partie 2

Episode suivant : Les Lapins Traileurs à la Saintélyon 2013, la fin du périple.

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