« Mais qu’est ce que je fais (encore) ici !? » parole d’Ultratraileur

koBonjour à tous chers amis du merveilleux monde du running. Aujourd’hui je m’apprête à aborder un thème qui nous est très cher : la souffrance.

La souffrance, c’est la vie

Dites-moi s’il vous plaît : quel runner ne s’est jamais infligé de souffrance ? Quel runner n’a jamais connu le difficile combat contre lui-même ? Celui qui oppose la volonté de s’arrêter, produite par des signaux physiques (souvent la douleur), à l’envie de continuer dont la raison appartient à chacun (réussir son challenge, se dépasser, se sentir vivant, perdre du poids, gagner un pari, faire taire les médisants, … tout est bon à prendre*). Allez, pour les quelques lecteurs qui refusent cette idée, je veux bien admettre qu’un faible pourcentage de coureurs n’éprouve strictement que du plaisir en courant.

L’ultra-traileur, une espèce particulièrement atteinte

L’ultra-traileur, pratiquant de courses natures de distances supérieures à 42 km (parti pris sur la définition), connait très bien cette souffrance. Il s’agit là d’une espèce de runners particulièrement friande de challenges sportifs beaux, long, et douloureux. Des challenges qui déclenchent immanquablement la réaction suivante auprès des non initiés « Quoi ? Tu vas courir xxx (souvent 3 chiffres, c’est important) km ? Mais t’es vraiment un grand malade. » … *s’éloigne dans le couloir* « décidément y’a vraiment des fous sur terre ». Revenant tout juste de la TDS, je ne peux affirmer que ces personnes soient totalement dans le faux.

Vis ma vie d’ultra-traileur

Au cours de ma jeune expérience de traileur, j’ai pu échanger avec des athlètes de niveaux très différents pratiquant l’ultra. Tenez-vous bien: pas moins de 64% des interrogés sont d’accord pour dire que l’évolution de leur état d’esprit suivante leur correspond, au cours de leurs épreuves sportives.

  • 0-30 % de l’épreuve – au top, porté par l’enthousiasme de début d’épreuve et la forme physique : « Ouah c’est vraiment magnifique, j’ai tellement bien fait de m’inscrire !! ».
  • 30-70 % – début du déclin : « bon c’est pas mal tout ça mais il est où le ravito ? Il reste combien de kilomètres avant la fin ? « 
  • 70-90 % – « Vivement la fin… elle est où la fin ?? C’est où cette ligne d’arrivée ? Plus jamais je recommence, c’est la dernière ! ». A noter que l’ultratraileur ne se ment pas à lui-même. A ce moment-là, il est honnêtement persuadé qu’il ne recommencera plus jamais.
  • Quelque part entre 60 et 70% – le point culminant de la détresse, intervenant généralement dans une montée ou après une chute quand le mental est déjà bien entamé. « Mais qu’est ce que je suis encore venu faire ici ?! Pourquoi je ne suis pas tranquillement chez moi à regarder des saletés à la TV comme les gens normaux ? ». Ce moment peut se solder par une décision d’arrêt de la course au prochain point d’abandon, ou peut se surmonter par divers moyens ou artifices personnels (cf. * partie La souffrance, c’est la vie). 
  • 90 – 99 % – « Ce sont les kilomètres les plus longs que j’ai vu de ma vie ! »
  • 99 – 100% – la gloire – « Je vais être finisher ? Hahah !! allez je cours un peu pour le style. »

Le processus de récidive

Après l’épreuve (qu’il ait franchi la ligne d’arrivée ou non), l’ultra-traileur entre dans une période de planification de sa récidive.

  • Étape 1, juste après la course. « Plus … JAAAMAIS ». Cette période a une durée, en heures, de 1,5 x nk n est le nombre d’heures passées sur la course tout juste terminée et k le coefficient de contamination au virus CAP du sujet. Le sommeil après-course peut également accélérer ce processus. Exemple : pour une course de 20 h, chez un sujet fortement contaminé, la récidive est envisagée au bout de 1,5 x 20 – 25 = 5 heures.
  • Étape 2, le virus CAP agit : « Ah c’était vraiment beau quand même, une belle aventure. L’année prochaine je tente l’UTMB allez, soyons un peu foufou ^^ »… Oui, c’est le cas de le dire.

Pourquoi récidive-t-on ?

La question est complexe et il existe plusieurs réponses. Je fais le choix de n’en livrer que deux.

Premièrement, parce que le sport a cette capacité à nous rapprocher, à créer des liens, de l’échange, du partage. C’est une histoire vécue que je trouve merveilleusement enrichissante. Que ce soit au sein de ma famille ou de mes différents cercles de proches jusqu’aux réseaux sociaux, ces événements sportifs, d’ampleur ou non, créent un magnifique engouement et une communication positive.

Deuxièmement,

Pour voyager.

Pour voyager.

Ce texte descriptif teinté d’humour est un préambule à mon prochain récit sur la TDS, qui devrait arriver la semaine prochaine ! Vous avez été particulièrement nombreux à me suivre au cours de cette épreuve, et je vous en suis vraiment, vraiment reconnaissant. Mille mercis à vous !

A très bientôt les amis.

carottes petit

Commentaires
  • Jacky dit :

    Emir bonjour,
    Belle introduction à ton prochain article. Cela donne vraiment envie d’en être. Je l’attends avec impatience ainsi que la vidéo.
    Chez moi, à Troyes dans l’aube, un super trail a vue le jour en juin. 180 km en 24 heures je crois et il y avait une quinzaines de « malades ». Il y a eu 7 finischers à cause de l’orage et la pluie qui ont durés 24 heures. Je serais bien tenter de m’inscrire pour la deuxième édition juste pour la « frime » sachant que je n’ai pas du tout le niveau. Juste pour « bleufer » tous mes amis ainsi que moi. lol. et si jamais, par miracle, j’y arrivais, alors pouvoir planer au-dessus des nuages et au-dessus des chasseurs.

  • Jacky dit :

    le trai aubois a duré 48 heures et non 24. excuse-mi

    • Emir dit :

      48h ! Je comprends beaucoup mieux. 24h pour 180 km ça semble vraiment impensable ! Surtout pour une première édition. Pour une épreuve de cette longueur, je pense que c’est de la gestion avant tout. Si tu fais le calcul, la moyenne à respecter est de 3,75 km/h pour finir dans les temps. Un bon marcheur peut donc y parvenir, à condition de bien gérer son effort, son alimentation, son sommeil. Avec une préparation dans ce sens, tu pourrais y arriver. Faut voir maintenant si tu as suffisamment « la foi » pour te lancer sur un truc d’une telle ampleur !
      A bientôt !

  • FireRasta dit :

    Tu nous mets l’eau a la bouche!!!La semaine prochaine pour le CR?…??? Ok mais debut de semaine alors 🙂

    • Emir dit :

      Allez comme tu m’encourages bien je fais de mon mieux pour avancer 🙂
      Je voudrais faire un doublé écrit + vidéo ce qui est assez consommateur de temps. A très bientôt 🙂

  • dziri dit :

    Yo bro. J’ai hâte de lire ton récit.

  • djodei dit :

    La description de la course en pourcentage est tellement vrai ^^’

    Le TDS se sera un récit et non une vidéo ?

    • Emir dit :

      Hello Djo, je vais faire des deux. J’ai beaucoup à dire à l’écrit et j’ai assez peu de rush. Ce sera donc une très petite vidéo et un bon pavé à l’écrit a priori 🙂

  • Daddy The Beat dit :

    C’est rigolo parce que sans avoir été un ultra-traileur, je me retrouve dans cette évolution de l’état d’esprit quand je cours un marathon. En attendant ton récit, ça m’a bien fait sourire…

    • Emir dit :

      Oui, je pense que l’ultra-traileur a un vécu assez précis de ce cycle dans le sens où ses épreuves prêtent particulièrement à l’usure. Cela dit, c’est aussi le cas sur marathon. Tout ce qui est long et fait entrer dans une phase d’inconfort prolongée globalement. Ravi que ça t’ai fait sourire, c’est le but 🙂

  • Raphynisher dit :

    Excellent Emir,

    Je suis d’accord avec toi à (1,5 x n – k) %, j’attends ton tableau pour connaitre ma contamination au Virus CAP (je pense être également proche des 25 ^^) – ça fait 1/4 quoi si on vulgarise ton théorème (tu as déposé le brevet ? ) Le théoreme Emirlapins (ça claque) !! 1/4 de CAP, 1/4 d’AMOUR, 1/4 de SOMMEIL, 1/4 de RAVISTRONOMIE (contraction évidente Ravito gastronomie cqfd.) Voilà un volume complet pour une vie délicieuse.
    Blaques à part, pour moi l’abandon ne peut exister que sur blessure qui entraînerai une aggravation des fonctions runnitives ou qui forcerait un repos prolongé ne permettant pas au processus de récidive de s’exercer dans un temps en cohésion avec l’addiction du sujet. Bisous à vous les lapins

    • Emir dit :

      Hello Raphy, ravi de te retrouver en commentaire sur cet article !

      T’es parfaitement dans le ton scientifique de l’article. La pertinence et la logique des raisonnements est frappante. Te connaissant, je positionnerai ton coefficient k autour de 25 également.
      Avec le recul, je pense que le théorème devrait inclure également un facteur « galère » basé sur le ressenti du sujet. Plus la galère est grande, plus la durée avant la planification de la récidive est élevée. Cela dit, ce facteur n’impacterait que peu le résultat final.

      J’aime beaucoup ta recette du quatre quart qui est vraiment belle et semble correspondre tout à fait aux sujets contaminés que nous sommes ^^

      Bisous à bientôt Raphy !

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