La revanche des Lapins à la SaintéLyon

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Il était une fois un 8 décembre 2013, deux petits lapins qui s’apprêtaient à s’élancer sur la SaintéLyon. Enthousiaste, le jeune couple s’était fixé de superbes objectifs chronos, persuadé presque qu’être finishers n’allait constituer qu’une formalité. Or, les lapins avaient sous-estimé le paramètre météo polaire et les conséquences qu’il allait provoquer chez eux : chutes, fatigue, coups d’adrénaline, frayeurs, énervement… Au 48e kilomètre, la lapine épuisée mentalement déclarait forfait laissant le lapin finir tout seul la course. Premier abandon de sa « carrière sportive », le sentiment d’échec l’envahit, faisant alors plonger son égo CAP. Plus question d’entendre parler de SaintéLyon, cette dernière faisant rejaillir nombre de souvenirs négatifs qu’il fallait oublier au plus vite.

Pourtant, un an plus tard, nous sommes de retour. Pourquoi ? Ne pas rester sur cet échec, passer un bon moment et apprécier cette course. Nous avons revu notre objectif à la baisse. Aujourd’hui, nous ne souhaitons qu’une seule chose : passer la ligne d’arrivée ENSEMBLE. On se l’est promis, on s’y tiendra.

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Bruno et les Lapins

Il est minuit, le premier sas s’élance. Nous avons moins froid que l’an dernier. Aucune trace de neige à l’horizon cette fois-ci. Les premiers kilomètres s’enchaînent très confortablement. On discute entre coureurs, l’ambiance est bonne, on n’a encore perdu personne. Ce soir, nous semblons particulièrement en forme. Même si nous n’avons pas encore fini de digérer la pasta party (engloutie tardivement), nous nous disons: « ça va le faire ». Nous doublons beaucoup et arrivons tout fringants à Saint Christo en Jarez au 15e kilomètre. Nous ne prenons pas le temps de nous ravitailler et repartons de plus belle.

Cette année, nous nous sommes équipés à peu près sérieusement : chaussures de trail en bonne et due forme, chaînes de chaussures en réserve, tenue chaude mais pas trop. Il nous manque cependant un élément clé de l’équipement : une lampe frontale qui éclaire. En effet, nous en avons sur nous mais ne leur faisons pas confiance. Eclairés par les nombreux coureurs environnants, nous courons tels des clandestins à la lueur des frontales de nos confrères. Passés quelques kilomètres, cette « stratégie » commence à être fatiguante. En effet, la forêt est sombre et il n’y a pas (ou plutôt plus) non plus dix coureurs au mètre carré. Aussi, nous sommes amenés à fouler dans le noir presque complet.

Mis à part cette déconvenue, tout se passe bien: les jambes sont là et ne font pas défaut, le froid et l’attention constante au sol nécessaire pour ne pas tomber tiennent bien éveillé. Pas de fatigue en vue, pas de chute en vue, nous passons un bon moment.

Après une période de relâche sur le plan alimentaire en cette année 2014, nous nous sommes remis sur les rails d’une alimentation saine quelques semaines avant la SaintéLyon. Nous avons eu l’agréable sensation de voir nos vêtements s’agrandir et notre foulée s’alléger. Au cours de cette SaintéLyon, les bienfaits de l’allègement sont incontestables. Nous partageons sur l’importance de ces quelques kilos de différence, qui nous procurent (par leur absence) une bien meilleure sensation de course.

Nous gérons très bien les arrêts ravitaillement et courons quand cela nous est possible, ce qui nous permet d’avoir chaud (ou du moins, pas trop froid).

Arrivés au 48e kilomètre, je revois le bénévole qui était là un an plus tôt et m’avait rapatriée au stand de ravitaillement situé à Soucieu en Jarrest. Je cours désormais dans de l’inédit ! Mon Lapin commence à avoir mal au ventre. Sans doute l’eau très froide contenue dans le sac. Cela ne l’empêche pas pour autant de courir. Une vraie machine !

Par expérience, nous préférons ne pas nous montrer gloutons lors des arrêts ravitaillement et privilégions la mastication lente. Nous testons pour l’occasion les fameuses barres Mulebar à l’orange et au Strudel. En plus d’être un régal, elles sont très digestes. Rien de tel qu’un réconfort gourmand lors d’une sortie longue : les Lapins recommandent !

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Le jour s’est levé !

Comme nous courons à bonne allure, l’objectif de départ est maintenant trop facilement à portée de patte. Nous nous devons alors de le revoir à la hausse : quelle idée ! L’objectif est à présent de faire un meilleur chrono qu’Emir l’an passé, à savoir un sub 10:58. Nous arrivons au 50e km avec deux heures d’avance par rapport à 2013. Ceci dit, la lapine n’est pas (pré)disposée à courir à 12km/h comme Emir l’avait fait sur les 20 derniers kilomètres.

Des souvenirs de l’année passée remontent. Lorsque j’ai foulé ces chemins, j’étais seul et il faisait jour. Ma Lapine était restée au ravito en attente de rapatriement à Gerland. Mon seul but sur cette course était devenu de la retrouver à l’arrivée, et donc, de boucler ces derniers kilomètres le plus rapidement possible.

Nous courons beaucoup plus lentement. L’objectif semble alors loin. La lapine s’énerve et de là surgit un nuage de négativité : « On est trop justes, je ne veux pas que tu sois déçu, je n’y arriverai pas, tu sais quoi faire pour finir dans les temps, on est à la traîne, on n’arrête pas de se faire doubler, etc, etc ! »

Le lapin tente tant bien que mal de rassurer la lapine, têtue comme à son habitude au bout de plusieurs heures de course.

Mais finalement, après quelques estimations sommaires ( 20 km à parcourir à une vitesse moyenne de 7-8 km/h en 4 heures = easy ! ), la lapine revient à la raison : on va y arriver !

Le Lapin se rappelle des tronçons de route qu’il avait parcouru l’an dernier en solitaire. Mais curieusement, les derniers kilomètres ont été changés !

Les chemins traversés m’évoquent des souvenirs mais ceux-ci ne sont pas très clairs. Mes estimations se révèlent fausses quand je tente de décrire à ma lapine les prochains chemins. Je m’aperçois que je n’étais pas très attentif l’année passée, certainement très préoccupé par mon objectif de finir au plus vite. C’est d’ailleurs dans cet élan qu’en 2013, je me suis usé le dos comme jamais auparavant.

Nous grappillons de sacrées côtes. Et quand il n’y en a plus, il y en a encore ! Décidément, l’orga a décidé de nous achever sur cette fin de course !  Les descentes raides ne sont pas évidentes non plus et à l’heure qu’il est, il faut ménager les chevilles et les genoux, déjà bien entamés !

Emir me liste tous les encouragements provenant des réseaux sociaux, lesquels me font beaucoup de bien. Un grand merci pour cela. Un merci tout particulier à Isabelle T, extrêmement active.

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Au 69e km, avec le sourire ! (Merci Arclusaz)

Nous retrouvons Laurent, aka Arclusaz de Kikourou, qui, quelques heures plus tôt, nous avait donné rendez-vous sur la fin du parcours. Arclusaz immortalise ce joli moment.

La fin est proche, la joie est là. Nous atteignons la dernière ligne droite.

Je me revois un an plus tôt, encourager à gorge déployée mon lapin finisher. Cette fois-ci, je suis avec lui et tout s’est bien passé ! Que demander de plus ?

Nos foulées sont légères et amples. L’arrivée dans le stade Gerland est impressionnante ! L’espace de quelques secondes, nous voici des stars !

Nous avons réussi ! Ensemble, nous n’avons fait qu’une bouchée de cette SaintéLyon. Notre joie est immense. Le souvenir de la SaintéLyon 2013 est loin, loin ! Cette SaintéLyon 2014, c’est la SaintéLyon de l’expérience, de la bonne gestion, de la maturité.

Cette année, les jambes et le mental étaient au rendez-vous: nous étions prêts. En retrospective, je pense que l’expérience a beaucoup joué. Affronter une épreuve nouvelle (fait en 2013) avec des objectifs chronos est, selon nous, une erreur. S’accrocher à un temps quand on ne sait pas à quoi s’attendre, c’est s’exposer au risque de ne pas le tenir. C’est également s’exposer au risque de perdre l’envie de terminer, ternie par la vue du chrono escompté qui s’éloigne, jusque s’envoler. Cette année, tout s’est passé idéalement, ce qui nous a donné l’envie de revenir, avec un objectif encore plus ambitieux.

Qu’en est-il du chrono ? Celui-ci arbore 10h22min54sec  : objectif bonus atteint !

Les Lapins HEUREUX !

Les Lapins HEUREUX !

L’année prochaine, nous reviendrons. Et cette fois-ci, nous voulons la SaintéLyon de Bronze apposée sur notre diplôme, à savoir la distinction décernée aux finishers de moins de 10h00. Mais ne perdons pas en tête l’objectif principal : finir ensemble.

Nous serons présents dimanche 14 décembre à l’occasion de la corrida de Noël d’Issy-les-Moulineaux et courrons aux couleurs de la team TomTom, toujours aussi accueillante.

Merci de continuer à nous suivre les amis. Nous dirons même plus, un très grand merci d’être de plus en plus nombreux à nous suivre sur les médias sociaux. Un très grand merci à vous, vos encouragement sont une source de force mentale. Comme d’habitude, à très bientôt pour de nouvelles aventures.

Les Lapins Runners.

carottes petit

Trackbacks Commentaires
  • freerunner dit :

    bravo les lapinous
    heureux de vous avoir croisé

  • laflecheblonde dit :

    Vous me faites rêver!

    Mais ça vit longtemps un lapin?

    Content que Carole ait pris sa revanche!

    En espérant vous y croiser l’année prochaine

  • Bravo les lapins !!! J’avais retenu vos mésaventures de l’année dernière, surtout que cette année, j’ai suivi, pour la 2ème fois, votre modèle (non pas les oreilles) courir avec ma chérie. Et vius avez mille fois raison, la Sainté est une course qui s’appréhende. Mon bel objectif, même tout seul, je n’y serais’pas arrivé. Mais finir (1h10 après vous) main dans la main avec ma femme a été une bien meilleure aventure. Je sais que je reviendrai l’année prochaine si je peux. Déjà si on évite les 1h en tout d’arrêt ravito et l’eau froide qui fait mal au ventre, ça devrait être mieux. En tout cas, merci de nous servir d’exemple (mais bon, ma chérie n’a toujours pas envie de faire le MdS). Et encore bravo, finir à deux et faire un temps plus que correct, c’est pas évident.

    • Carole dit :

      Salut Jean-Guillaume,
      Ravie que tu ais bien vécu la course, avec ta chérie qui plus est ! Partager sa passion avec son conjoint et courir à deux est une chance inestimable. Nous l’avons très vite compris.
      Tu finiras pas convaincre ta chérie d’aller au MDS 🙂
      Bravo à vous deux et à très bientôt !

  • Caroline dit :

    Hello les lapinous,

    Bien que du point de vue d’une non coureuse ce soit bien souvent pas évident de vous suivre dans votre vie de course je comprend peu à peu à travers vos articles ce qui vous anime et vous pousse à continuer et démultiplier vos efforts dans ce milieu. Vous avez une grande chance de partager cette aventure et félicitations pour vos exploits. Quand on voit le tout à la tele on se dit les fous mais pourquoi faire endurer ca a son corps quel intérêt peut on trouver dans une telle épopée et puis finalement à travers ton article Carole je comprend mieux chacun affronte la vie à sa façon et la votre est très louable. Bravo a mes deux lapins courreurs vous nous en mettez plein les yeux!

    Bisous doux et à très bientôt huhu

    • Carole dit :

      Coucou Caro,

      Tout d’abord un grand merci pour ton commentaire très très sympa.
      Ce n’est pas bien dramatique que tu te perdes dans nos périples. C’est aussi le cas au sein de notre famille lol.
      Nous nous rendons bien compte de la chance inouïe que l’on a d’avoir cette passion commune et de vivre de telles expériences. Relever des défis, se dépasser, violenter notre corps et notre mental, c’est la meilleure manière que l’on a trouvée de profiter de la vie. 🙂

      Gros bisous !!

  • Chantaki dit :

    Un immense bravo pour cette course menée d’oreilles de maîtres ! À vous lire, je m’enthousiasme et me prends à réver …. !

    • Carole dit :

      Merci Chantal pour ton commentaire. Passé l’enthousiasme, il faut passer à l’action ! 😉 Plus sérieusement, je te souhaite qu’un jour tu tentes la SaintéLyon avec ton Jipé. L’amour donne des ailes !
      De gros bisous.

  • Gilles (clown de Millau) dit :

    Bravo à vous 2. Le dilemme de l’aventure collective ou de la performance individuelle s’est posé, vous y avez répondu et ce n’est pas facile. Pour le chrono, je crois que la comparaison avec l’année dernière n’est pas à faire: le parcours, le kilométrage et la météo n’étaient pas les mêmes.
    Content que vous vous réinscriviez l’année prochaine, on s’y retrouvera. Mais avant: le marathon de cernay 🙂

    • Carole dit :

      Merci Gilles pour ton commentaire 🙂
      Il est vrai que sur les distances > 21,1 km, on ne se pose pas la question à savoir si nous allons courir seul ou à deux. On apprécie beaucoup plus l’épreuve en la vivant ensemble. Il n’a donc pas été question de dilemme pour la SaintéLyon… mis à part au moment où j’ai faibli psychologiquement et ai suggéré « timidement » à Emir de continuer seul s’il souhaitant améliorer son chrono par rapport à 2013.
      Certes la météo, le parcours et le kilométrage n’étaient pas tout à fait semblables mais ça reste quand même une SaintéLyon. Il y a eu de nombreux abandons sur cette édition (1 500 si je ne m’abuse), parmi lesquels des finishers de 2013. Je pense que nous avons malgré tout progressé. Je pense aussi que sur une épreuve de ce type, il est difficile de retrouver les exactes et mêmes conditions de course.
      A très vite sur le marathon de Cernay ! 🙂 Bisous le clown !

  • aurore dit :

    Une course pas facile, de meilleures conditions que l’an dernier, vous deux plus fort que jamais… Tout était fait pour passer une belle course ! Un grand bravo à vous deux, je sais ce que c’est que de courir en couple et j’adore ça aussi (bon on a pas du tout le même niveau donc on ne fait quasiment aucune de nos courses ensemble mais quand même…). La photo de l’arrivée est très belle !
    Je vous souhaite pleins de bonnes choses pour 2015, amour, joie, courses, arrivées et pleins de nouveaux défis (vous avez déjà des idées ? )

    Aurore

    • Carole dit :

      Coucou Aurore,
      Je te remercie pour ton commentaire.
      Merci également pour tes encouragements. Tu as tout compris. Cette SaintéLyon s’est déroulée dans des conditions optimales. Nous n’aurions pas rêvé mieux.
      Heureuse année 2015 à toi et ton conjoint, plein de courses à deux, des défis à n’en plus finir, des moments forts. Et beaucoup de bonheur au-delà du running, cela va sans dire.
      Concernant les défis 2015, on peut déjà citer : une inscription (rêvée) à l’UTMB pour tous les deux, l’UTCO (version 105 km), le trail Yonne (85 km), la 6000D (cette fois-ci, avec le glacier nous l’espérons !), le marathon du lac du Der à nouveau en meneurs d’allure… Et l’Ironman de Nice pour Emir en juin prochain !
      A très bientôt !

  • Jolie issue après celle facheuse de l’année dernière…
    En vous lisant on ne perçit pas la difficulté de 10h de course! Elle est sûrement cachée en vous mais on voit quand même qu’en arrivant bien préparé (et avec tout ce que vous avez enchainé cette année), vous étiez prêt pour ça! Bravo en tous cas 🙂

    • Carole dit :

      Bonjour Running-Addict, merci pour ton commentaire ! En effet, mise à part à la fatigue psychologique quand nous n’y voyions rien, nous n’avons pas eu ressenti de difficultés insurmontables pendant l’épreuve. Bien sûr les jambes étaient fatiguées, nous avions envie de nous reposer, mais il ne faut pas oublier le fait que notre vitesse n’était pas exceptionnelle. Nos corps commencent à être habitués aux ultras. 🙂 Merci beaucoup !!

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