L’Eco-Trail de Paris 2015, édition ->30 <-30 ->20

Ce matin-là je sors de manière précipitée pour ne pas être en retard. J’ai rendez-vous avec Jannah et Nasri à 7h50 sur le quai du métro 4 pour aller à Meudon, départ de l’écotrail 30. Après avoir laissé passé une vingtaine de métros 4 et environ 80 paires d’yeux sceptiques devant ce que je porte aux pieds, je retrouve enfin mes compagnons de course du jour !

Nous prenons la ligne N à Montparnasse, complètement blindée de trailers. Arrivés sur place, nous profitons beaucoup de l’ambiance, de cette belle effervescence d’avant course, mais à peine du petit déjeuner offert dont les magasins métro et Gerblé sont les fournisseurs officiels. Par curiosité, je tente une boisson isostar rose fluo qui ma foi n’était pas mauvaise comme dirait belle maman.

Le quatuor au complet !

Le quatuor au complet !

C’est avec joie que nous retrouvons the Pirate qui embarquera avec nous pour notre voyage commun du jour. Le quatuor est au complet ! Nous faisons la rencontre d’un bon nombre de copains dont Stephane, Bachir, Jessy (qui m’explique que je suis une, je cite, « gonzesse » d’avoir laissée ma femme sur le 80), Gui (que je remercie comme toujours pour ses superbes photos). Après 32 minutes d’attente, et également après le top départ, nous parvenons à atteindre le graal des avant-course : les toilettes.

L’ecotrail « ->30 »

La musique de l’ecotrail se lance alors que nous frétillons dans le sas de départ quant tout à coup … nous partons tout doucement à l’aventure.

Je réalise mes premières foulées sérieuses sur un sol accidenté en Vibram Five Fingers Spyridon LS. Pour la deuxième année consécutive et tout comme ma femme, je vais faire cet ecotrail avec des chaussures que je n’avais jamais portées auparavant. Je dois dire que je sens très fort les aspérités du sol mais ce n’est pas douloureux. Je suis tout de même ravi de ne pas avoir tenté le coup en Five Fingers Bikila car je pense que j’y aurai laissé la peau de mes pieds.

2015-03-21 11.45.08-1 - Windows Photo ViewerC’est parti pour des kilomètres de chemin de forêts recouverts de feuilles mortes, de discussions, de rires, de racines récalcitrantes, de « tu courses en five fingers ?!? », d’échange, d’accélérations, de photos, d’anecdotes, … et croyez-moi, j’en passe. Nous courons en descente, nous marchons en montée. De temps à autre, je me permets de petites folies dans les descentes ou les montées pour mettre à l’épreuve mes nouvelles Spyridon. Nos vitesses ne sont pas les mêmes à chaque instant mais le quatuor fait en sorte de ne jamais trop s’éloigner. Ce sera une aventure en équipe, à quatre !

Les paysages s’enchaînent jusqu’à notre arrivée à Saint-Cloud, signe que nous avons déjà parcouru deux tiers de l’épreuve. Nous nous ravitaillons à cœur joie avec orange, tucs, pruneaux et autres victuailles d’une qualité hétérogène. La vue trouble sur la tour Eiffel vient nous rappeler que nous vivons un pic de pollution au moment de la course, que je n’ai absolument pas ressenti.

Il est temps d’aborder les dix derniers kilomètres où les difficultés se font ressentir notamment pour Jannah. Nasri et moi le soulignons : l’intérêt est dans la difficulté !

Les Tucs ch'est bon !

Les Tucs ch’est bon !

La ligne d’arrivée commence donc à se faire attendre. Nous évaluons la taille de la tour Eiffel pour nous convaincre que nous approchons du but : « Ah ça y est on voit la tour Eiffel là-bas au loin », « on s’approche là hein, elle est plus grosse que tout à l’heure », « ah maintenant on la voit bien on est tout prêt … ». Et enfin le moment tant attendu arrive, nous remontons des quais de Seine et arrivons devant la (toute petite) arche d’arrivée qui ressemble au portique détecteur de métaux à l’aéroport. Jannah est enfin sauvée ! Nous franchissons avec joie la ligne et profitons de ce beau moment de soulagement commun.

Nous obtenons un beau maillot finisher de chez New Balance qui semble de qualité et profitons d’un (petit) ravitaillement final. Nous faisons un petit coucou à Seb, venu parcourir les 30 km en temps qu’accompagnateur qui nous recommande de courir les Templiers… à suivre !

Il est l’heure d’aller récupérer les sacs et de rentrer pour mes compagnons, et pour moi, de continuer l’aventure.

L’ecotrail « <- 30 »

Il est maintenant temps pour moi de faire demi-tour. Au niveau du stade Emile Anthoine que je croise pour la première fois mais pas la dernière, je croise belle maman et beau papa dans un bus en direction de Meudon : ils s’apprêtent à aller supporter Carole ! Moi aussi, mais ce sera à coup de cuissots.

Je ne peux malheureusement pas dire que je suis encore frais car mes mollets ont déjà bien travaillé. Les échauffements sur mes pieds se ressentent plus intensément avec le pied nu dans la chaussure sur une distance aussi longue. J’enfile donc des chaussettes « doigt de pied », ce qui a un effet de soulagement immédiat, rassurant pour continuer l’aventure.

2015-03-21 16.29.29 - Windows Photo ViewerPetit coup de fil au coach Buge et nous convenons de nous retrouver au ravito de Saint-Cloud. Première étape de mon périple, rebrousser chemin de 10 Km. Cela me réjouit, je vais croiser beaucoup de personne en prenons l’ecotrail à contre-sens. C’est ainsi que j’ai l’occasion de rencontrer notamment Christophe et Aurélien sur la marche Nordique et Gui qui prend des photos. J’y mets autant de rythme que j’en ai la possibilité, et, à mon goût, ce n’est pas particulièrement fameux : 5’30 » au kilo. C’est ainsi que je retrouve Buge et Abidjan 2 Km avant le ravito de Saint Cloud (dans le sens inverse, donc à 12km de la tour Eiffel) ! Ils sont bien partis pour réussir leur défi : vaincre l’ecotrail 50 pour lequel ils se préparent depuis fort longtemps. Nous faisons un bout de chemin ensemble et c’est au ravito de Saint Cloud que je les laisse sur leur dernière ligne droite, pour repartir, à nouveau, dans l’autre sens.

Dans mon périple, j’ai eu l’occasion de croiser Emmanuel Gault, largement en tête, muni d’un équipement minimaliste (pas de sac, pas de manchons de compressions, short et t-shirt légers) qui a à peine pris le temps de s’arrêter au ravito. Seulement quelques pas le temps de boire quelque chose, et il repartait de plus belle. Impressionnant. J’ai eu également la joie de croiser Damien de Runner Life, Ali de Runhappy, Stéphane aka Sputnik sur Kikourou, Béatrice et Philippe de thepinkrunner.fr, et j’en passe !

Très vite, les dossards oranges du 50 se mêleront aux dossards rouges du 80, signe que j’approche de Carole !

L’ecotrail « -> 20 »

Etant donné que je me suis perdu en rebroussant chemin, je ne sais pas du tout à quelle distance je me trouve. Je continue de remonter l’ecotrail 80 dont la masse de coureurs se densifie à mesure que j’avance. J’espère retrouver ma femme sous peu alors qu’il commence à faire nuit.

Je commence à fatiguer sévèrement, mes jambes et notamment mes articulations des chevilles montrent de très sérieux signes de faiblesse. Je suis « contraint » de marcher, et je tente de chasser l’idée « noire » qui se présente comme une évidence et fanfaronne dans ma tête : « chaque foulée que tu fais là, il va falloir la faire en courant dans l’autre sens ». Ca pique, je suis dans un moment de faiblesse qui durera plus d’une heure. Je rassemble toutes mes armes, dont les plus puissantes qui sont les accomplissements passés et l’envie de terminer cette aventure en compagnie de Carole.

Je continue de remonter l’ecotrail en marchant beaucoup plus qu’en courant. Je sais que Carole vise un temps final en moins de 10h30, et que lorsque je la retrouverai, il me faudra à nouveau courir. Je me demande vraiment comment je vais faire. Je me dis qu’heureusement, j’ai le passé de mon côté qui m’explique que je l’ai déjà fait, et que lorsque je l’ai fait, je ne savais pas non plus comment j’allais le faire.

Je retrouve enfin Carole ! Quelle joie ! Plus de place pour les idées difficiles ou presque, il faut y aller, nous avons un objectif. Nous nous racontons nos périples mutuels et n’arrêtons pas de courir. Dans un moment de faiblesse, je dis à Carole « je pense que je ne vais pas te suivre jusque la fin, il faudra que tu y ailles sans moi ». A cela, Carole me répond « gffhmfl » et nous continuons de courir. Au bout de quelques minutes d’introspection, mon esprit se réveille enfin et il est temps d’annuler ce que je viens de dire. « Je vais terminer avec toi ! ». Et c’est ainsi que nous allons réaliser cette fin d’ecotrail ensemble.

Plus nous avançons, plus nous nous apercevons que nous allons arriver plus tôt que l’année passée. Nous ne marchons presque pas si ce n’est dans les montées. Mes chevilles sont en vrac mais cela passe après l’objectif. Ce n’est pas la première fois que je le constate, passé 7h de courses j’ai de forts problèmes aux articulations des chevilles et les VFF n’ont malheureusement pas eu d’effet miraculeux sur ce problème. J’ai de grosse difficultés à me « forcer » à courir. Il est certain que si j’étais seul, je serai en train de marcher pour éviter à mes chevilles d’endurer un tel calvaire. Je dois tenir le rythme coûte que coûte pour que Carole donne le meilleur d’elle même, même si je dois prendre 3 jours de convalescence.

Il est enfin temps que le magie opère, la douleur s’efface à mesure que nous passons sous la tour Eiffel. La foulée devient légère, la difficulté disparaît, c’est la fin. Nous gravissons main dans la main les marches menant au premier étage de la tour Eiffel, l’ultime épreuve avant la ligne d’arrivée signant définitivement notre accomplissement. C’est fait, c’est fini, c’est beau.

Carole établira ce jour son record sur la distance avec plus de deux heures de moins que l’année passée, et en Five Fingers.

Lapins tour Eiffel

Les Lapins au premier étage de la Tour Eiffel

Le mot de la fin : l’ultra

Ce fut une très grosse et belle journée. Vous pouvez me croire, l’ultra est une discipline qui vous emmène loin. Loin dans votre corps, loin dans vos pensées, loin dans vos limites, loin dans la découverte de vos capacités. Certains pensent que c’est de la folie. Moi le premier après 70 km, alors que je me jure que je recommencerai plus jamais, mais avec le recul, c’est beaucoup trop intéressant pour que je n’essaie pas, une fois de plus d’aller plus encore loin. D’aller à la recherche du moment rare où tu ne sais absolument pas comment tu vas faire pour finir ta course, et du moment où ensuite, après moult galère, tu parviens à franchir la ligne. De l’émotion intense. C’est là-dessus que je voudrais terminer.

Il est maintenant temps de vous annoncer notre prochaine grosse folie. Une folie fort ambitieuse, hautement hardcore, surtout magnifique et très certainement magique. Je vous donne en mille et en image (humour de qualité) :

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Merci à tous pour votre présence et vos encouragements, ça nous fait du bien au coeur. A très très vite les amis !

Les Lapins Runners,

carottes petit

 

Commentaires
  • Raphynisher dit :

    Bravo Emir,

    Je suis remis de mon entorse (tu m’avais fait un ptit coucou aux foulées de Vincennes) donc je vais pouvoir m’attaquer au marathon de Paris (histoire de faire du foncier) Peut etre pourrais t on courir ensemble(s) ? Sinon je me suis planifier un planning digne de la famille des lapins : Marathon de Paris puis 18/04 Marathon de Bordeaux puis 01/05 Marathon de Senart (sans mon yoyo 😉 puis Marathon de Marne et gondoire le 07/06 pour finir avec mon marathon du Mont Blanc (version 80km et 7700 D+ aille ca pique …) – Bonjour à Carole et encore bravo pour votre aventure Eco Trail en Five Finger ( l’année prochaine, c’est sans chaussures ? chiche ? ou sans vetements juste le camelBak ^^) mais jusqu’ou irons t ils ces deux là ? Merci en tout cas pour vos partages et votre enthousiasme exponentiel

    • Emir dit :

      Hello Raphy !
      Oui je me souviens bien de ce jour. Je suis ravi que tu sois remis et de nouveau en course 🙂
      Courir ensemble au marathon de Paris tu veux dire ? Pourquoi pas oui je pense que tu n’auras aucun mal à nous suivre, ce serait peut-être l’inverse d’ailleurs 😉
      Effectivement ton planning en jette ! Tu fais pas semblant quand tu dis que tu t’y remets.
      Je crois qu’on tentera pas un trail pied nus parce qu’on est tarés certes, mais peut-être pas à ce point là hein ^^

      Merci pour ton commentaire très sympa Raphi et à très bientôt ! On essaie de se voir à Paris et Bordeaux !

  • Carole dit :

    Par « gffhmfl » je voulais dire : « je te connais, je sais que malgré la douleur, tu ne t’arrêteras pas de courir. On finira l’Eco-Trail ensemble, à quatre pattes s’il le faut ».

  • Robert dit :

    Vous m’avez donné envie. Je serai sur la ligne des 80 km (sympa 1 mois après le marathon de Paris)

    • Emir dit :

      Excellent Robert, très bonne idée. Il va falloir arriver bien préparé mais voilà deux bonnes grosses balades rapprochées dans le temps qui devraient te laisser de beaux souvenirs running. Rien n’est encore fixé mais peut-être que nous nous croiserons sur l’une ou l’autre des lignes de départs … :;) A bientôt et merci pour ton message !

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