Je suis un Ironman – Intro

lapinronmanC’est vrai les amis, j’ai la fâcheuse tendance à ne pas rentrer immédiatement dans le vif du sujet. Mais il faut me comprendre, quand je m’apprête à vous faire part de quelque chose d’énorme qui me tient vraiment à coeur, j’ai des envies d’exhaustivité. J’ai envie de vous faire part de tout depuis le commencement. Sans plus attendre, c’est parti pour ce récit en plusieurs étapes intitulé de manière originale : je suis un Ironman.

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La naissance du rêve

L’histoire remonte à plus d’un an alors que Carole et mois nous sortions d’une séance de cinéma. De toutes nos forces, c’était le titre du film. En pleine ascension dans notre carrière sportive, et avec un goût toujours aussi prononcé du « toujours plus loin », nous nous sommes dits : un jour ce sera nous les ironman ! Une fois rentrés à la maison, nous écrivions notre critique du film, et l’idée mûrissait déjà dans nos esprits. C’était la suite presque « logique » de notre course à la démesure. Et là j’ai prononcé : « Carole, j’aimerai être un Ironman ». Un véritable rêve m’était apparu. Celui d’incarner l’athlète complet, l’athlète polyvalent, solide physiquement et mentalement, qui ne recule devant rien armé d’une détermination de fer. Affiche De Toutes Nos ForcesPuis venait mon anniversaire, celui de mes 25 ans. Vous devinez la suite ? Carole m’offre mon inscription à Nice 2015, le 28 juin. Carole, c’est mon moteur depuis le début des Lapins Runners, depuis notre rencontre. Mon moteur et mon stimulant le plus puissant, celui qui m’a permis de m’accomplir et m’épanouir dans le sport.

T’imagines, l’Ironman, j’ai su que j’allais le courir un an en avance. Alors j’ai bien commencé à regarder comment m’entraîner, glaner des infos à droite à gauche, recherché des plans d’entraînements tout excité de ce que j’allais faire. Mais cette euphorie est retombée car je ne palpais pas l’événement un an avant. C’était sûrement trop loin, je ne réalisais pas. Je me disais que j’avais le temps de m’entraîner. Je me disais que j’allais me concentrer sur nos objectifs intermédiaires en course à pied, et que j’entamerai la préparation « plus tard ».

Prise de conscience

Et HOP là ellipse temporelle. Nous sommes début mai 2015, dans le covoiturage avec le coach Buge pour aller au marathon de Poitiers Futuroscope. Vient je ne sais comment la discussion : « au fait c’est quoi les barrières horaires pour l’ironman ? »…

Remontons un tout petit peu avant. J’ai bien essayé de m’y mettre en février, mais je n’ai pas « réussi ». De février à mai, j’ai vécu une période  de relâche sur le plan sportif, puis un craquage complet au trail Yonne lors de mon abandon. J’avais pris beaucoup de poids, j’avais perdu confiance en moi et j’étais moralement au plus bas. Bref, disons que cela fait partie de la vie du sportif, mais ce n’est pas le sujet du jour.

Revenons à cette grande question : « les barrières horaires de l’ironman » ?

  • Natation : 2h15. Que suis-je capable de faire en piscine ? Au mieux 1 km en 30 minutes après quoi je suis complètement sec. Oh là, mais ça craint en fait ?
  • Vélo : 8h15. Que suis-je capable de faire en vélo ? En fait j’en sais trop rien, je ne connais que mes vitesses moyennes en VTT dont j’ai un (vieux) passif assez fourni. Si on tient compte du dénivelé, des arrêts ravitos, ça va donner quoi ?
  • Marathon : 5h30. Bon ça je connais, mais est-ce que je connais ce que sait faire mon corps après 180 km de vélo ? Bien sûr que non je n’ai jamais fait ça de ma vie.

Présentation1 - PowerPoint_2Et là mes amis, mon cerveau a sérieusement commencé à comprendre ce qui lui arrivait dans la tête (si je puis dire). En réaction, il m’a relâché une dose d’adrénaline comme je n’en ai pas beaucoup eu au cours de ma vie. En une demi-seconde, j’ai tout ça qui défile : « ma femme m’offre de réaliser mon rêve, j’attends un an pour commencer à comprendre qu’il faut que je prépare sérieusement tellement je suis un légume, et maintenant qu’il est peut-être trop tard je comprends qu’il faut m’entraîner sérieusement pour concrétiser ça ? Mais quel #@3&!é » !! ». Ce que je m’en voudrais qu’il soit trop tard et que je n’ai plus le temps de préparer mon corps !

C’est donc là que je prends conscience, le point de départ réel de la préparation. Plus question de louper une seule séance de piscine et il est temps d’entamer un suivi diététique rigoureux pour un affûtage optimal. Sur le vélo particulièrement et sur le marathon le jour J, je n’aurais pas besoin de kilos en trop à transporter entre le départ et l’arrivée. J’ai besoin de masse efficace uniquement. Il est grand temps de construire tout ça.

Cette partie qui précède, je suis loin d’en être fier. Si je vous raconte ça mes amis, c’est parce que je souhaite être transparent dans mes récits, et pouvoir retrouver cette histoire authentique plus tard, tel un journal qui retrace des erreurs et rappelle des leçons. Je suis conscient que beaucoup se préparent pendant des mois spécifiquement pour ce type d’épreuves, et que moi, j’ai pris les parties natation et vélo à la légère. Vraiment pas malin, je vous l’accorde complètement.

A 15 jours de l’épreuve

15 jours avant, je vois concrètement l’Ironman s’approcher à grands pas. J’ai fait avec l’ami David les 9h de Longchamp à vélo début juin qui se sont révélées très enrichissantes, tout en n’étant pas spécialement rassurantes. J’ai beaucoup appris sur le monde du vélo et c’était beau à voir. Cela dit, j’en ai surtout gardé le souvenir d’avoir morflé un max et d’avoir été doublé à tout bout de champs. J’ai aussi réalisé que ma vitesse moyenne sur un vélo de course (certes un peu trop grand pour moi mais ça ne change pas grand-chose), n’était pas de 40 km/h. Sans blague me diras-tu, à juste titre. Je débarquais vraiment de nulle part.

Peu après, je vous ai appelé à l’aide sur le blog et vous avez répondus présent, comme toujours. Vous m’avez réconforté, vous m’avez suivi et encouragé, et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai mis tout cela dans un coin bien précis de mon cerveau, pour agir comme le ravitaillement mental ultime le jour J.

Pendant cette période, je n’ai pas fait d’excès dans mes repas. Je n’ai pas loupé une seule séance de piscine. La pression est un moteur puissant. J’ai eu besoin de la palper sérieusement pour commencer à me bouger, j’ai toujours été comme ça. Sauf que parfois, je me suis cassé la gueule parce qu’elle est survenue trop tard. Ma hantise pendant les 15 derniers jours était là : me suis-je réveillé trop tard ?

Comme un Lapin freestyle / à l’arrache que je suis, je me réveille évidemment à la dernière seconde pour mon équipement. Trois jours avant, je n’ai ni vélo, ni tri-fonction, ni wetsuit (combi néoprène de natation pour la pleine mer). Les budgets nécessaires pour chaque me rebutent à l’idée d’acheter, car à cet instant de l’histoire, je suis loin d’être convaincu que j’ai le potentiel et l’envie pour continuer dans le triathlon. Je vais donc remercier infiniment pour l’équipement, et les conseils de dernière minutes : Pierre, Steve, Hervé, Kamila (Agence Epic), Seb et Carole évidemment. Je reviendrai plus copieusement à ces remerciements en temps voulu.

Direction Nice !

Village départNous sommes jeudi 25 et je quitte le boulot plus tôt pour aller nager une dernière fois à la piscine de Noisy-le-Grand. Ce sera 90 longueurs en une petite heure si mes souvenirs sont corrects. Je vous épargne le calcul : 2,250 m. Je suis plutôt rassuré en termes de timing car je sais que j’en avais encore un peu sous le bras. Cela dit, ma « technique » de crawl apprise en autodidacte à l’aide de Youtube et d’huile de coude, est très loin d’être parfaite. Non seulement je fais une utilisation approximative des jambes et je ne respire que d’un côté mais mes mouvements m’usent un bras plus vite que l’autre… Il faudra faire avec.

En rentrant à la maison, préparation du sac et direction le covoiturage de nuit pour Nice ! Je demande à Carole de m’aider car ma lucidité commence à se faire sérieusement la malle. Tout est là, sauf les oreilles de Lapin, mais je ne m’en rendrai compte que trop tard.

Lendemain matin, Nice, vendredi 26. Ouf, il me reste encore un jour avant le moment fatidique. Direction le logement AirBnb chez Marylin, puis journée formalités : visite de la ville, retrait des dossards, visite du village de l’Ironman. La pression monte. Je vois des machines humaines affûtées partout. Ma vision de la réalité est déformée et je me mets à me fier à des apparences : j’ai l’impression de ne voir que des athlètes de guerre dans la rue et je me demande ce que je fais là. Allez, ensemble et en vidéo, direction le retrait des dossards !

 

S’en suit une visite du village Expo, notre premier village de triathlon et non des moindres ! Une bonne partie de la Promenade des anglais est aménagée avec chapiteaux de sport des plus grandes marques du domaine.

Cette visite très intéressante fera l’objet de deux vidéos bonus en cours de réalisation à l’instant où ces lignes sont écrites (02/07).

Vendredi soir, vient le moment du briefing de course avec le Welcome Diner. Chez Ironman, on n’accueille pas les athlètes à moitié ! Au programme, dans le cadre très plaisant et spacieux du Parc Phoenix de Nice, un buffet à volonté avec des plats énergétiques de qualité : salades composées, fromages, féculents (pâtes de plusieurs types avec divers accompagnements, riz noir à la fêta et aux légumes, lasagnes, pain aux graines, et fruits frais à n’en plus pouvoir en guise de dessert ! Une petite vidéo est nécessaire pour vivre avec nous le moment :

Nous sortons de ce dîner totalement rassasiés, en ayant presque tout compris au briefing. J’y apprends énormément de choses. En bon touriste que je suis, il et nécessaire de me rappeler / m’apprendre les règles de base du triathlon et cet objectif est pleinement atteint. Il vaut mieux que ce soit les cas, des arbitres de la fédération française de triathlon seront présents en très grand nombre le jour J pour s’assurer du strict respect du règlement.

IRONMAN J-1

Après une longue première journée à Nice, nous voici sur la dernière ligne droite de cette préparation. Des formalités très importantes sont à régler en cette veille de course :

  • Un test de natation en pleine mer, parce qu’il vaut mieux ne pas découvrir la sensation le jour J
  • La location du vélo qui me servira de monture pour les 180 Km
  • La préparation des « street wear » et de transition T1 : Swim -> Bike et T2 : Bike -> Run
  • Le check-in incluant le dépôt des sacs et du vélo et le retrait de la puce de chronométrage

Une liste de tâches concrètes et indispensables pour prendre le départ, de quoi s’imbiber de pression et d’adrénaline comme il se doit. La journée commence !

Matin, un petit running jusqu’à la mer avec la combi dans le sac à dos Ironman. Arrivés à la plage, je m’équipe de la belle combinaison (merci Steve, encore une fois) et je me lance dans l’eau.

Objectif : me familiariser avec la nage en mer et me rassurer sur le fait que je sais faire. Vidéo time. Ne vous étonnez pas si je fais la grimace : premièrement je n’ai pas de lunettes de soleil, et deuxièmement je n’ai pas super bien encaissé ce que j’ai ressenti.

Les dés sont jetés, le première fois que je ressortirai de l’eau, ce sera après les 3,8 Km de natation. La concrétisation des centaines de longueurs faîtes à la piscine de Noisy-le-Grand. Pour décompresser un peu, une petite visite piétonne de la ville et un petit bar à salade. L’heure du check-in approche. Nous rentrons et allons chercher le le superbe vélo de course entrée de gamme chez Holidays Bikes. Il n’y a plus de modèles en carbone (tous de sortie) mais il reste un modèle entrée de gamme, en alu, taille XS. Il est fait pour moi. D’une part ce vélo me paraît amplement suffisant compte-tenu de ce que je m’apprête à en faire, et d’autre part le gérant accepte de nous le louer que pour une seule journée au lieu de deux : du samedi soir à 17h, jusqu’au lundi matin à 9h. Impeccable, ma partie vélo me sera donc revenue à :

  • 26 € de location de vélo
  • 5 € de location de pédales Shimano, compatibles avec mes chaussures et mes cales
  • 5 € pour un porte-bidon supplémentaire acheté chez Go Sport
  • 0 € pour les réglages de la hauteur de selle
  • 0 € pour le kit crevaison et la pompe généreusement prêtés par Holiday Bikes
  • Et pour reprendre une pub de bon goût : courir son premier ironman avec un vélo « holiday bikes », ça n’a pas de prix.

2015-06-27 18.16.33

Et voilà, 18h. Il est temps d’aller déposer mon vélo et mes sacs de transition dans le parc à vélo. Je suis carrément stressé. Il n’y a que des vélos de guerre et des Terminator. Je fais mine de ne pas être intimidé, mais ça commence très mal. Une arbitre FFTri m’accueille, prend mon vélo, touche le guidon et dit : « il manque un bouchon, vous ne prenez pas le départ ». Je sais pas trop comment le prendre, je crois à une blagounette « ahah, vous m’avez bien eu ! ». « Je suis sérieuse monsieur, ça fait partie des règles du triathlon, pas de bouchon, pas de départ ». Puis, elle attrape un bouchon de bouteille en plastique et du scotch et bouche le trou de mon guidon. Repas ultime« Votre ceinture porte-dossard, bien trois points d’accroche ? Oui. Ndlr : Merci Steve, tu m’as encore sauvé la mise. C’est bon vous pouvez y aller ». Parc à véloMerci, ça valait le coup de m’inquiéter. Je pénètre dans le parc à vélo comme un bleu et je vais à mon emplacement : 526. Je clipse mes chaussures sur mes roues parce que j’avais vu sur Youtube que les pros faisaient ça. J’essaie de déposer le vélo sans succès. Mon voisin m’aide à caler la selle sur le tréteau de mon emplacement. Je dis au revoir à mon vélo, je prends mes sacs de transitions et j’avance. Encore comme un bleu que je suis, je m’étonne : pourquoi les sacs de tout le monde sont blindés alors que les miens sont presque vides ? Sérieusement pour T1, j’ai des lunettes de soleil, mon casque de vélo et une crème solaire. Il faut quoi de plus ? Pour T2, j’ai des running et une casquette. J’ai peur d’être passé à côté d’un truc important. J’ôte ces idées de ma tête et je m’en vais. Il est temps d’aller prendre le repas ultime avec ma femme, avant de rentrer dormir. Demain, c’est le grand jour. Il faut bien dormir et se réveiller avec les crocs acérés et la détermination la plus solides dont j’ai sur faire preuve. C’est le moment de rassembler tous le bagage mental, rempli du symbole du moment tant attendu et du rêve que cela représente, des encouragements de mes proches et ceux qui croient en moi, de tous les trucs et astuces quels qu’ils soient qui sauront me booster dans la difficulté. « Je vais y arriver », une phrase qui tourne en boucle dans ma tête.

 

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carottes petit

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