La revanche des Lapins Runners à la 6000D version glacier

6000d-2015Il était une fois un samedi 27 juillet 2013, deux Lapins Runners qui couraient pour la toute première fois de leur vie un ultra trail : la 6000D. Ignorant le concept de barrières horaires, ils s’étaient fait arrêter au km 34, à l’issue du célèbre glacier de Bellecote. Ils s’étaient alors promis de prendre leur revanche l’année suivante sur cette épreuve qui les avait « piégés » par surprise, profitant de leur jeunesse et leur naïveté (humour). En 2014, les Lapins Runners finirent cette même course sur le fil du rasoir. Malheureusement, en raison des conditions météorologiques défavorables, l’organisation ne permit pas d’inclure l’ascension du glacier au parcours. Toujours pas rassasiés, ils retentèrent leur coup un fameux 25 juillet 2015, priant que le glacier ne passe pas à la trappe une fois de plus….

5h40. Nous sommes placés sur la ligne de départ. Pour une fois, nous sommes bien à l’heure et notre avance nous permet de nous positionner en début de sas. Cet emplacement est la garantie que nous serons 2015-07-25 06.03.10gênés à moindre mesure lors du premier passage étroit dans la forêt, lors des premiers kilomètres. Nous retrouvons Virginie et Alain et discutons en attendant le départ. Virginie et moi sommes assurément les deux seules à courir la 6000D en chaussures minimalistes. Virginie semble sereine, je le suis beaucoup moins. C’est en effet la première fois que je m’attaque à un ultra montagnard en minimalistes. J’ai opté pour mes VFF Spyridon, un modèle qui m’a déjà accompagnée sur deux ultras : the trail Yonne 110 km et l’Eco-Trail de Paris 80 km. Revenons en aux faits. Le départ est finalement donné a 6h24 (au lieu de 6h00) pour des raisons qui nous échappent (retard de Madame le Maire ? Décision tardive d’inclure ou non le glacier au parcours ?). Pour le 25e anniversaire de l’événement, nous assistons à un sympathique lacher de ballons dans le ciel. Nous partons sur une base de 5,30min/km avant le début des hostilités : les premières montées. Nous essayons alors d’esquiver habilement ceux que nous appelons les « bâtons men », ces derniers occupant une généreuse portion de l’espace, et exigeant toute notre concentration. Je redoute plus que tout que l’un de ces coureurs enfonce son bâton dans mon pied ou me donne un coup dans les jambes. Mes craintes sont avérées : je me retrouve d’un coup d’un seul un bâton entre les cuisses ! Je me promets à nouveau de ne jamais porter de bâtons sur ce type d’épreuve tant ils sont sources de gène, d’inquiétude et d’énervement pour moi.

2015-07-25 08.57.43Nous marchons d’un bon pas sur les montées et regagnons rapidement la Plagne Montalbert (km 9), où nous sommes accueillis aux sons caractéristiques des cloches savoyardes et des encouragements : « ce sont les lapins de l’année dernière ! ». Nous atteignons la piste de bobsleigh et constatons ravis que, du fait de notre avance, la foule de supporters est bien plus présente que les années passées. Nous y retrouvons Valou, venue supporter son mari et nous par la même occasion.

Au km 16, nous apprenons par le biais d’une pancarte posée sur le parcours que l’ascension au glacier est maintenue : quel soulagement ! Nous sommes justement venus pour lui !

Je commence ensuite à avoir très mal au ventre. La veille, j’ai avalé une quantité de pain complet trop importante et n’ai pas fini de digérer. Cette gène ne me permet malheureusement pas de prendre mon pied dans la jolie descente conduisant au ravito de la Plagne Centre (km 19). Nous conservons tout de même une belle avance d’une heure par rapport à l’année dernière, ce qui n’est pas sans nous déplaire ! Passage aux commodités oblige, tandis qu’Emir recharge les poches à eau de mon camelbak. Nous voici aussitôt repartis. La forme, du fait très certainement des maux d’estomac toujours présents, est très loin de ressembler à celle des premiers kilomètres.

Nous retrouvons mes parents venus nous supporter peu avant d’atteindre la Roche de Mio (km 25). Cela fait beaucoup de bien de les voir tout vigoureux. J’aimerais qu’ils m’injectent une bonne dose de leur énergie. A ce stade-là, je me sens tellement mal que j’ai envie d’abandonner… Je ne prends pas de plaisir et sens que les choses ne vont pas aller en s’améliorant. « Je fais le glacier, je verrai bien ensuite » me dis-je. Mais une chose est sûre : je ne veux surtout pas mettre en péril la course de mon lapin qui cavale sans difficulté.

Voici le moment que nous attendons depuis deux ans : l’ascension du glacier de Bellecote (km 26). Ce n’est pas le moment de flancher. Emir s’attelle aux montées tel un chamois tandis que je lutte à chacun de mes pas. Le peloton est dense et nous montons tous en file indienne, excepté ces quelques rares coureurs chamois qui se frayent des chemins sur les côtés. Devant moi, un homme qui marque des pauses « toutes les deux secondes », ce qui me coupe les jambes et m’oblige à relancer. J’ai perdu de vue Emir depuis un long moment. Je me revois alors il y a deux ans sur ce satané glacier, seule sans Emir, entrain de pleurer tellement je souffrais. Je m’efforce de ne pas regarder en l’air pour ne pas constater l’étendue du travail qu’il me reste à fournir. Les foulées hésitantes et affaiblies défilent tant bien que mal. La fin du calvaire est proche. J’entends mes parents m’encourager. Ca y est, j’y suis arrivée. C’est déjà une première et sacrément belle victoire. Lapins 1 – Glacier 0 !

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Les Lapins Runners 1 – Glacier 0 !

A peine arrivée, je ressens un énorme coup de mou. Le glacier m’avait tenue en haleine dans la mesure où il retenait toute mon attention. Mais avec la pression qui retombe d’un coup, je manifeste une soudaine baisse de régime. C’est le moment de commencer a m’alimenter. Ayant eu très mal au ventre jusqu’à présent, je ne pouvais rien avaler. Allez hop, j’engloutis une Clif bar aux noix de macadamia et les effets sont soudains. La forme revient d’un coup. Je me sens beaucoup mieux, j’ai l’impression que ma vue s’améliore net comme cela m’arrive parfois sur les courses, après quelques carrés de sucre. Je suis beaucoup plus fraîche pour descendre le glacier. Nous regagnons le col de la Chiaupe plus que dans les temps. Cela fait « trop plaisir » de constater nos progrès par rapport aux éditions passées. Au check point, une marmotte géante déjà croisée l’année passée nous propose un shot de vin, que nous refusons bien évidemment ;). Nous prenons le temps de discuter avec les bénévoles et sommes tellement heureux que la perte de quelques minutes sur notre chrono nous importe peu.

Nous repartons tout fringant dans les descentes. Mes pieds n’ont subi aucun dommage, y compris sur le glacier ! Cette première partie de course en minimaliste s’est faite comme dans du beurre. Seule la lourdeur des jambes nous ralentit.
Nous descendons jusqu’à Bellecote où Virginie, très à l’aise sur le D-, nous rattrape. Je me sens tellement lente à côté d’elle ! Passé Bellecote, je commence à avoir assez mal aux « coussinets » des pieds à force de taper dedans. Notre vitesse est loin d’être exceptionnelle mais nous progressons toujours en courant.

Arrivés à Montchavin au km 54, nous sommes acclamés par les sympathiques villageois et bénévoles qui nous reconnaissent également. Je m’attarde sur le stand de ravitaillement où j’avale une mixture-maison fort intéressante : des carrés de sucres aux noisettes.

Place à la dernière ligne droite : c’est parti pour d’interminables kilomètres en forêt ! Les chemins monotrace agrémentés de racines nous obligent à ralentir.

Cette 6000D ne fait décidément pas 63 km ! Nous sommes larges sur les barrières horaires mais Emir ne souhaite pas « fermer la boutique », comme en 2014. Nous regagnons une piste cyclable, signe de notre arrivée imminente à Aime. Papa et Maman sont là à l’entrée du village pour nous encourager. Nous traversons le centre ville. Les supporters crient tous en cœur : les lapins, les lapins ! Un homme secoue frénétiquement un présentoir de cloches savoyardes d’une boutique de souvenirs pour faire un maximum de bruit.

Dernière ligne droite, petit sprint et nous y voici : nous sommes finishers de la 6000D version glacier !

20150725_180335arrivée

Nous avons pris notre revanche sur 2013 et avons réalisé un bien meilleur chrono que l’an passé : 11h47 ! Je signe cette 6000D-glacier en minimalistes, un second challenge accompli !

20150725_180931medaillesUn grand merci à tous, vous qui nous avez encouragés d’une manière ou d’une autre ou qui nous suivez, que ce soit avant, pendant et après l’épreuve. Quel que soit le biais, de près comme de loin, virtuellement ou physiquement. Un grand merci a mes parents qui se sont démenés pour nous encourager sur 5 points du parcours ! Si ce ne sont pas des supporters de qualité !!

Mention spéciale du supporter haut de gamme pour les parents de Carole qui ont consacré leur journée à nous suivre. Palme du géographe statisticien pour le père de Carole, qui connait certainement mieux que nous même la course et nos temps de passage aux différents points !

Merci à toute l’équipe de la 6000D, à toute l’équipe bénévole qui oeuvre avant, pendant et après l’événement, faisant leur possible pour nous assurer des conditions de course optimales.

A l’heure actuelle, nous ignorons si nous serons à nouveau de la partie pour la 26e édition de la 6000D. Nous avons enfin ce sentiment d’accomplissement, ce sentiment de « boucle qui est bouclée ». Voyons voir ce que l’avenir nous réservera…

La vidéo, version longue !

D’ici peu les amis, nous vous raconterons le deuxième épisode de la série « Les ultras de la saison été 2015 des Lapins Runners » avec l’EDF Cenis Tour version 77 km. Cette 6000D s’inscrit dans notre préparation de l’UT4M dans sa version 168 Km et 10000m de D+, du 20 au 23 août 2015 : notre projet Ultra Trail le plus ambitieux jusqu’à présent !

D’ici là portez vous bien et à très bientôt pour les prochaines aventures !

Les Lapins Runners.

carottes petit

Commentaires
  • MissMath dit :

    Bravo pour cette nouvelle course à votre actif.
    Et comme le dit Emir dans la vidéo, les paysages sont magnifiques.
    Merci de partager ça avec nous!

    • Carole dit :

      Merci MissMath d’être passée par là.
      Nous partageons avec grand plaisir. Ca serait dommage de garder d’aussi belles expériences pour soi. 🙂
      A très bientôt !

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