Le jour où j’ai postulé chez Jogging International

Aujourd’hui les amis, je m’apprête à vous raconter une anecdote, qui aurait pu être pour moi une nouvelle aventure, malheureusement ou heureusement, morte née. Je vous laisse me donner votre avis, si le cœur vous en dit.

Mois de Mai 2016. Enthousiasme au travail en nette baisse de régime. Je suis consultant. Dans les réseaux informatiques et « services innovants ». Je m’assure que les bons tuyaux informatiques soient en place au bon moment.

Je vois bien au boulot des gens qui kiffent, ceux qui arrivent à 8 heures et qui repartent à 20, depuis de longues années. Je déplore parfois de ne pas être l’un d’eux. Je les envie aussi. Je me dis que la seule manière d’arriver à mettre suffisamment d’énergie au travail, c’est de l’aimer suffisamment pour pouvoir le qualifier de passion. Vraiment, qui accepterait d’échanger la quasi-totalité de son temps éveillé en semaine pour une activité qui ne relève pas de la passion ? Pourquoi accepterait-on de convertir 70 % de sa vie à pratiquer une activité qui ne procure pas ou plus d’épanouissement personnel ?

Certes, il faut bien gagner sa vie, mais à quel prix ? Moi, je décidais qu’à long terme, quand je serais prêt, je ne l’accepterais plus. Je n’accepterai plus de troquer mon temps de vie contre des euros, en pratiquant une activité qui ne me fait plus vibrer. T’as bien ceux qui te diront que t’es naïf et qui essaieront de tailler dans ton ambition d’être heureux dans ton job. Comme si ce n’était pas réaliste et qu’il fallait s’y faire. « Tout ce que tu feras dans la vie comportera une part inintéressante plus ou moins grande, il faut l’accepter ». « Avant les gens se plaignaient pas, ils se posaient pas de questions, ils bossaient ! Aujourd’hui, au moindre petit problème, on veut tout plaquer !» Loin de moi l’envie de faire l’apologie de l’oisiveté et condamner la persévérance. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas parce que l’oisiveté abusive de certains est avérée que d’autres qui traversent des périodes de doutes doivent être catégorisés et méprisés. Je suis de ceux qui pensent que personne n’est mauvais dans l’absolu, mais plutôt inadapté. Et que rien n’est figé.

Bref, gagner moins pour être plus heureux, la réflexion ne serait pas longue.

C’est alors qu’un jour, quelque part fin mai 2016, un ami journaliste me fait connaître une opportunité : il y aurait un poste à pourvoir à la rédaction de Jogging International.

Je décide de fournir un CV pour ce boulot où j’aurais tout à apprendre, avec deux avantages que je m’accordais volontiers : de la passion pour le sujet de fond et un sens aiguisé de la débrouille.

4 heures de ma nuit déjà courte amputée pour avoir ce résultat. J’en étais content. De mon point de vue, si je n’avais pu fournir d’expérience solide sur un CV carré et monochrome d’un « vieux » journaliste qui n’a plus rien à prouver, j’avais proposé du rarement vu (pas à l’échelle du monde, certes, mais à l’échelle d’un RH) en termes d’investissement et d’audace. Je tombe sur quelqu’un qui aime miser et prendre des risques : j’ai mes chances. Je tombe sur des adeptes du classique, mon CV fini à la poubelle avant la lecture des 20 mots qu’il comporte.

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Le « CV » est parti, les dés etaient jetés. Puis j’ai réfléchis. C’est souvent comme ça chez moi. Je surfe sur l’énergie que me procure la pulsion d’une idée, et c’est seulement une fois concrétisée que je me pose les questions.

Pour le magazine ferais-je réellement l’affaire ?

Qu’est-ce qui me fait croire que je peux devenir journaliste, moi qui ne suis que blogueur ? N’ai-je pas tendance à imaginer des similitudes entre le blogueur et le journaliste, qui n’existent que parce que je méconnais trop le second. Qu’est-ce qui me fait croire que j’ai un talent, ou ne serait-ce que des compétences pour écrire. Qu’est-ce qui me fait croire, contrairement à ce que j’avance comme toute personne qui joue le jeu du recrutement, que ce que je fais répondrais aux exigences journalistiques rigoureuses du magazine ? Le journal serait-il satisfait d’un nouvel arrivant inexpérimenté et non prêt à l’emploi, avec tout à apprendre et donc encore malléable ?

Pour mon épanouissement personnel, ne suis-je pas dans l’erreur et dans le raccourci ?

Ne risque-je pas d’abîmer et ma passion, et ma vie professionnelle en essayant de combiner les deux ? Je suis blogueur, et personne ne m’attend au tournant, personne ne me paie. Je suis libre de diffuser exactement ce que je veux sur le net. Faire des vidéos dans lesquelles je m’exprime comme bon me semble, est-ce compatible avec la vie d’un journaliste running ? Ne serai-je pas bridé sur ce dont je veux parler et ce que je souhaite critiquer, par une éventuelle hiérarchie old school et inapte à penser « réseaux sociaux » et évolution du média ? Qu’est-ce qui me fait croire que je serai épanoui là-dedans, en écrivant ma passion mais pas nécessairement à ma façon ?

Mi-Octobre 2016. Je reçois des nouvelles. Je vais pas te vendre un article inspirant avec un happy end, en te disant que l’audace paie. En te vendant du rêve et une success story digne de ce qu’on peut trouver sur le net, telle que celui qui écrit son CV sur twitter ou celle qui a réalisé son CV au format « Bref ». Je te livre une histoire qui se termine comme elle a commencé : par un message facebook arrivé alors qu’on ne l’attendait pas, ou plus. La fin d’une aventure peut être vue comme un moment difficile à surmonter, ou comme l’opportunité d’en démarrer une autre.

Commentaires
  • Paul Matwinch dit :

    En tout cas ton CV créé spécialement pour l’occasion est top !

  • Ana dit :

    J’adore l’idée. Tres audacieux ! Bravo

  • Oui je suis assez d’accord sur le fait que ton cv est très original bravo. Et même si tu n’as pas eu une réponse positive au moins tu as essayé donc aucun regret. Peut etre que cette « expérience » découlera quand même sur quelque chose qui te permettra de rebondir dans ta vie professionnelle. Je compatis je sais ce que cest de ne plus « aimer » son boulot et devoir tout remettre en question. bon courage

    • Emir dit :

      Merci à toi pour ton soutien :). L’avenir proche nous le dira. Peut-être que je dois juste changer de fonctions, tout en restant dans mon domaine pour relancer la machine.

  • Clement dit :

    A fond avec toi
    Faut oser changer de vie si ton taff ne te plait plus.
    Qu es tu pret a sacrifier a court terme?

    On a à peu près le meme profil, j ai pas mal d’idée dont peut etre une peut te plaire, mais pas assez de temps seul pour les realiser.
    Dans toutes il y a le monde de l info et du sport 😉

    • Emir dit :

      Je pense que la seule chose que je peux sacrifier c’est du salaire. On sacrifie pas grand chose d’autre quand on change de vie pro il me semble. A part peut-être pour ceux qui font tourner leur vie perso autour de leur vie pro, mais ce n’est pas mon cas.

      N’hésite pas à me parler de tes idées, je suis bien évidemment preneur :). Tu peux venir en privé par mail, facebook, twitter … tu sais où me trouver 🙂

  • Yin dit :

    Franchement je te vois pas vraiment dans un journal mainstream de ce genre aux conseils trop génériques et un peu oldshool (sauf si mes souvenirs me trahissent), même si l’expérience eût forcément été enrichissante. Ou alors tu lances un magazine de contre-culture de course à pied avec des coureurs alternatifs et un peu rock and roll, des chroniqueurs drôles avec une vraie plume. Franchement je trouve que le fun est complètement inexistant dans l’offre actuelle, c’est d’ailleurs ce qui attire autant dans les blogs et sur youtube, qui sont les seuls à proposer de vrais contenus originaux concernant la course à pied je trouve. Mais bon, ce que je te donne là c’est un super tuyau pour s’endetter avec un projet au modèle économique complètement foireux.

    • nfkb dit :

      Je connais quelqu’un qui a fait ça pour un magazine sur le vélo et ça a fonctionné… il avait la chance d’avoir un pécule de départ (plus âgé).

      Forza Emir ! Tu es jeune et créatif, à force de faire bouger les lignes y’a un truc qui va s’aligner un jour.

    • Zeb Zeb dit :

      Je crois que c’est la meilleure chose à faire. Je veux bien m’abonner direct !

    • Emir dit :

      Je suis d’accord avec toi sur le fait que je ne serais pas nécessairement « à ma place » dans un magazine, vu ce que je fais en blogging. Mais je me serais bien donné la chance de le vérifier, et comme tu dis si bien, l’expérience eût forcément été enrichissante.

      Vrai qu’il existe pas de fun dans les magazines papier à l’heure actuelle, mais je pense que je n’ai pas spécialement l’envie de me lancer dans la construction d’un magazine papier. En effet, on a aujourd’hui le net qui permet de publier sans coût d’investissement de départ, et peut être que si l’audience grandit, cela débouchera sur quelque chose par la suite. Disons que je préfère faire ça dans ce sens, si jamais un jour je me mettais à faire du papier.

      Après comme tu dis, le blogging ou youtube, à notre niveau en tout cas, ne constitue pas du tout une rentrée d’argent fiable, et ne saurait donc nous fournir de la stabilité par la suite. Mais bon, j’crois que j’serais pas contre tailler dans mes revenus pour un peu d’excitation :).

      A bientôt Yin et merci pour ton message !

      • Houari dit :

        Salut !
        Je vous suis depuis peu , mais ûn Regal a chaque vidéo !
        Je te verrai bien en tant que chroniqueur sportif running , tu es au top quand tu testes les nouvelles montres par exemple …..

        Bon courage tu vas réussir j en doute pas ….

        Houari

  • Djice Zeboiz dit :

    Alors je vais me permettre de jouer les trublions … tu as oublié un détail important … tu es un excellent consultant et je pense que tu as un vrai potentiel et un vrai avenir dans ce métier.
    Certes tu ne fais probablement pas ce métier avec la passion brulante qui te sort du lit le matin pour foncer au boulot, mais ce n’est pas forcément important. pour être satisfait de sa vie au travail il faut soit vivre sa passion en travaillant, soit considérer son travail comme un moyen de financer sa passion. Moi c’est la maniére dont je vois le consulting !
    Par rapport à ton CV (je vais encore faire le mec chiant sorry) je crois qu’il aurait été trés bien pour postuler en tant qu’infographiste mais pas forcément en tant que journaliste.
    Pour finir, oui journaliste est un métier différent de celui de bloggueur, il s’apprend dans les écoles de journalisme … mais pas seulement. De ce que j’ai pu en voir tu as une belle plume, ce qui est un trés bon point de départ et je ne doute pas que tu puisses faire une carriére journalistique mais pour ton prochain CV en la matiére essaie d’attirer le potentiel recruteur vers ton blog … Ce blog est ton meilleur CV pour qui veux connaître tes qualités rédactionelles !

  • Laponico dit :

    L’idée est top, après c’est toujours ça passe ou ça casse…de plus, tu n’a pas d’expérience de journalisme, ni les diplômes, et malheureusement, en France, les passerelles entre métiers sont difficiles à franchir (en plus y’a pas mal de journalistes qui n’aiment pas les blogueurs, donc ca aide pas).
    Mais l’idée de quelqu’un du dessus de créer ton journal est plutôt intéressante 🙂
    Mais je te comprends, j’espère aussi un jour vivre de ma ou mes passions…

  • Stefal dit :

    C’est parce que tu avais oublié tes oreilles de lapin.
    ;o)
    Sérieusement, c’est bien tenté. Il faut continuer à tenter ta chance.

  • Runner Flower dit :

    En tout cas il y a du travail, de la recherche et de l’audace…
    Mais tout comme un marathon, on n’arrive pas forcément à le réussir à sa première tentative, mais l’important est de ne pas baisser les bras. La prochaine sera peut-être la bonne…

  • Rien à vor mais je vois qu’in a BEAUCOUP de points communs mon cher Emir… que ce soit sur la vision de la vie ou sur cette tendance impulsive qui pour ma part me rend assez lunatique sur le sujet pro/blog and co ! 😉

  • Caro dit :

    Pour être journaliste (avec les diplômes, tout ça) dans un domaine, blogueuse dans un autre et « consultante » (ça, c’est vraiment pour faire court) dans le domaine du sport, je pense pouvoir apporter quelques réponses…
    Oui, il existe de nombreuses différences entre blogueur et journaliste. Et heureusement, d’ailleurs non ? Les attentes des différents lectorats sont différentes elles aussi. Mais en avoir conscience, c’est déjà résoudre une partie du problème. L’autre partie pourrait éventuellement passer par des stages (même si j’ai conscience du côté pratique des choses, un stage, après être entré dans le monde du travail, n’est pas toujours facile à envisager). Donc, je disais, un stage, ne serait-ce que pour toi : est-ce que le journalisme te plait vraiment ? Est-ce que l’image que tu t’en fais est réaliste ? Evidemment, il existe autant de façons d’être journaliste que de façons d’être blogueur, mais il n’empêche, il me semble tout de même important, de s’assurer d’aller dans la bonne direction. Ou en tout cas, dans une direction qui te plairait vraiment.
    Enfin, et pour être très terre-à-terre, il faut tout de même bien garder à l’esprit que le milieu du journalisme est un milieu bouché. Beaucoup de candidats, peu de postes qui se libèrent… Donc oui, l’audace peut payer, la chance peut jouer, mais les réalités du marché pèsent, malheureusement, lourdes elles aussi.
    Pour conclure, avant d’envisager un poste de journaliste « direct » (le graal pour beaucoup de journalistes diplômés, expérimentés et tout ça), il existe aussi la possibilité de faire des piges : un bon moyen de se tester aussi !
    Sinon, je rejoins un commentaire qui disait qu’un blog correctement écrit et bien tenu peut aussi constituer une carte de visite très intéressante, à ne pas négliger.
    Dans tous les cas, je te souhaite une bonne continuation !

  • daddy dit :

    J’aime beaucoup quand tu écris comme ça, des trucs un peu plus personnels. On y gagne encore plus à avoir un Emir qui se livre plus.

  • Olivier THERONDEL dit :

    Salut Emir,
    Envoyer un C.V ne suffit plus! Il faut également faire le forcing pour identifier et joindre le décideur et obtenir un RDV. Cela démontre par la même occasion une pugnacité et une audace. Autant de qualités qui sont essentielles dans le milieu du journalisme où l’on apprend vite à contourner les obstacles.
    En tout cas, ils ont perdu l’occasion de recruter un vrai militant, un stakhanoviste de la semelle et de la plume.

    • Houari dit :

      Salut Emir , je
      Pense qu il faut croire en son destin !
      Je suis aussi fan de foot , quand tu vois que certain apres leur carrière peuvent être sur des chaînes tele comme consultant , sans aucun diplôme alors …..
      Tu as tout fait ta place , une écriture ag’rable à lire …..
      Tu pourras mettre en application ton expérience du terrain ainsi que tes rencontres !
      Bon courage , il faut persévérer
      Houari du sud!!!

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