Sommes-nous manipulés pour dépenser ?

Hello à tous les amis,

Une joie pour moi de partager avec vous par écrit, l’une de mes réflexions au sujet du marketing dans le running. En tant que blogueurs, mais avant tout en tant que consommateurs, nous baignons dedans. Il me tenait à cœur de partager avec vous mes sentiments au sujet du bras de fer que l’on a parfois à mener avec soi-même, pour éviter l’achat d’un produit dont nous n’avons pas nécessairement besoin, mais qui nous fait envie.

0Je précise que la chronique que vous trouverez ci-dessous est adaptée à un format oral et réalisée pour Jogging Bonito, le podcast par des runners pour des runners, mené par des copains de l’Internet et accompagnés de ma modeste personne. En effet, le format podcast ne convient pas forcément à tout le monde et certains restent attachés (ou préfèrent, tout simplement), le format écrit. Si toutefois vous souhaitez l’écouter, sachez que vous pouvez directement le faire en fin de billet. Toutes les informations sur le podcast sont disponibles ici.

J’ai tenu à partager avec vous cette réflexion les amis, car bien que relativement peu dépensier, j’y suis souvent sensible et suis donc une cible parfaite. Je vous invite évidemment à me donner votre avis ou vos anecdotes, si le cœur vous en dit. Soyez sûrs que je les lirai et que je réagirai.

Revenons-en à la question :

 

Sommes-nous manipulés pour dépenser ?

S’il y a bien un truc que je déteste dans la vie, c’est d’être moqué, qu’on se foute de ma gueule. C’est pour ça que je fais de l’introspection et de l’autodérision au quotidien. C’est un peu comme de l’exercice physique, comme toi et ton défi planche sur facebook. Je pense que celui qui sait se remettre en question et se moquer de lui-même est invulnérable. Je préfère donc anticiper pour éviter de donner à quelqu’un la joie de me prendre pour un idiot ou pire, décider à ma place. Je passe des heures à réfléchir à mes choix des plus superficiels aux plus fondamentaux pour valider leur légitimité. Pour ne jamais perdre la face, vis-à-vis de moi-même ou des autres, quelle que soit la situation. Est-ce que je me ferais manipuler par une marque, moi ? Puissantes comme elles sont, rien n’est impossible. J’irai même plus loin : c’est comme jouer une partie d’échec avec un adversaire qui peut entrer dans ta tête.

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Mais on n’est pas là pour me psychanalyser, mais bien pour discuter running. J’en viens donc à la question qui sera ma ligne directrice : notre relation avec les marques et les produits qu’elles proposent. Pour le meilleur, ou pour l’argent ? Pour nous aider, ou nous « saigner » ?

Y’a ce moment où tu tombes sur ce produit, et là, tu sais déjà ce qu’il va se passer.

T’as vu cette veste !? Avec ça, t’es le roi de la piste, on regarde plus que toi. Regarde, c’est étanche et déperlant, et y’a une poche ipod et un p’tit trou pour les écouteurs. Avec ça, t’as plus d’excuse pour ne pas courir quand il pleut. Ca va te motiver à être plus régulier. Et puis, mieux vaut en acheter une de qualité maintenant au lieu d’en acheter une bas de gamme et devoir en changer tous les trois mois. Puis ça fait justement trois mois que je me suis rien acheté. Et c’est pas comme si c’était inutile, et puis, c’est pour me faire du bien que je cours. Puis bon après je ne m’achète plus rien pendant 6 mois. Allez, je la prends.

Si t’y vas avec un pote, pour nuancer ou valider ton choix, la finalité sera la même. Soit il est lui aussi pris au piège auquel cas il se fera la meilleure antenne commerciale gratuite du monde. Soit il ne l’est pas auquel cas il ne fera que freiner l’inéluctable : l’échange de cette veste contre ton bras gauche.

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Tu sors du magasin en tâchant encore de te convaincre que ton choix était le bon. Tu observes cet objet qui est maintenant tien et, tu t’étonnes. Cette joie qui aurait dû être aux premières loges, mais où est-elle ? Cachée. Derrière la culpabilité d’avoir cédé, qui tournoie derrière tes yeux de gamin qui vient de faire une bêtise et se défend instinctivement à coup de « c’était pas ma faute ». Tu tentes de la chasser avec des arguments bancals qui ne sont que les armes de ta faiblesse. Ta conscience nage en pleine dissonance. Puis tu te demandes : qui a décidé de l’issue de cette histoire ? Toi, ou la marque de ta toute nouvelle veste. Ou ce magasin qui l’a posée sous tes yeux et mise en scène dans un décor stylé. Ou encore ces affiches aguicheuses qui t’ont attiré dans ce magasin dans l’espoir de se tailler la plus grosse part possible du fruit de ton labeur ? 400€, quand même. Un tiers de SMIC, quand même. Sûrement pas ton banquier, sûrement pas ta raison, sûrement pas ton instinct ni ta méfiance, ni même ton 6e sens. La marque est un pêcheur, le marketing sa canne et le produit son hameçon. Toi, tu es le poisson. Ce triste poisson dont l’attention a été captée pour le prendre en embuscade. Le pêcheur te fait miroiter un produit, le hisse au rang de désir, presque hors de portée mais en même si accessible … Puis tu croques, et ça fait mal. T’es pris au piège, tu t’es fait avoir.

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Comment ce tour de force est-il possible ? Le running a bien un avantage : il justifie toute dépense, si aberrante soit-elle, par le simple et puissant fait qu’il est un loisir « sain ». La meilleure des drogues dit-on souvent, celle dont le statut d’addict est une fierté telle qu’on arbore volontiers sur un t-shirt.

Bah oui quoi, c’est pas comme si je mettais mon argent dans l’alcool ou dans les clopes.

Y’en a qui sortent tous les soirs en boite, moi, mon truc, c’est le running.

Ensuite, parce que les marques sont manipulatrices. Elles jouent habilement de messages universels qui nous sont chers, auquel tout le monde voudrait pouvoir s’associer. Elles savent ériger un produit au rang de désir. Elles savent nous séduire en nous montrant le futur nous, meilleur et plus heureux, contre une poignée d’euros.

Mais sérieusement, et si le vélo ne faisait pas le cycliste, la caméra le cinéaste et les chaussures le coureur ? Est-ce qu’un véritable allié me ferait croire que j’ai besoin d’objets, aussi beaux soient-ils, pour avoir un égo ? Est-ce qu’un véritable allié me ferait miroiter des raccourcis vers des résultats, qui n’existent pourtant pas ? Est-ce qu’une marque qui veut vraiment me rendre meilleur aurait besoin de tout édulcorer ?

Peut-être …, après tout, étant gamin, tes parents faisaient l’avion pour te faire manger des légumes. Ils te manipulaient, mais ils le faisaient ça pour ton bien. Ils savaient mieux que toi ce qui était bon pour toi et devaient vaincre ta méfiance pour t’aider.

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Mais non, la marque, ce n’est pas tes parents. Ce qu’elle veut, c’est son bien avant le tien. Elle t’influence dans son intérêt. On le sait tous au fond, mais on se cherche des excuses pour céder et continuer à consommer. Car c’est plaisant. Elle fait mine d’être à mon écoute et proposer des produits qui me correspondent, au final, sans une once de sincérité.

Mais faut-il vraiment se torturer l’esprit ? Au final, pourquoi est-ce que ce serait mal de se payer une veste. C’est pas parce que cette marque veut me vendre ses produits que j’ai tort de les acheter. Ces produits sont bons pour moi. Tout cela ne peut pas être que de la poudre aux yeux. Ce gel OverBlast à 3€, il y a une R&D, des chercheurs, de la science, pas que du marketing. C’est bien normal qu’il soit cher. Ces marques sont réputées, elles doivent sûrement embaucher des types hyper qualifiés pour produire des technologies de plus en plus efficaces. Alors oui, le marketing me veut et il a des armes aussi tristement banales qu’efficaces : infographies hyper stylées, des nanas au corps de rêve dont la sueur ne fait pas couler le maquillage, des types bodybuildés qui se marrent pendant qu’ils soulèvent trois fois leur poids. Mais si je sais tout ça, que je suis en connaissance de cause, si je sais qu’on se joue de moi et que la situation me convient, n’est-ce pas là l’expression de ma liberté ? C’est tellement stylé et valorisant de pouvoir partager quelques selfies avec cette veste.

anticapitalistrescomic_72Et au final, est-ce que c’est ça, kiffer son sport ? Kiffer au travers de ce qu’on porte ou ce qu’on dégage à l’extérieur. N’était-ce pas plutôt de kiffer à l’intérieur, la satisfaction d’une séance réussie, la douce valse des hormones après une séance éprouvante, le sentiment d’accomplissement personnel ? C’est ça le running aujourd’hui ? Vivre son sport au travers du regard des autres ? Être stylé parce que t’as la Montre GPS Fenix 1000 ou la Asics MetaTURFU. Bof, c’est puéril, c’est m’as-tu vu. Mais il faut admettre que j’ai envie d’y jouer moi aussi, alors à quoi bon faire semblant de pas être un mouton et faussement s’élever pour plaire à des gens qui soit disant se distinguent. Des gens qui croient être plus malins que moi parce qu’ils ont juste le culot de me traiter de pigeon. Croient-ils qu’ils valent plus parce qu’ils achètent moins ?

Je te l’ai dit, je n’aime pas qu’on se foute de ma gueule. A tel point que je préfèrerai presque acheter un produit qui ne cherche pas à se vendre, même s’il est moins bon. Mais vu que je sais que c’est stupide, je suis prêt à acheter le même produit que tout le monde parce qu’il est meilleur, quitte à ne pas me démarquer. Mais ça n’empêche qu’à l’heure où je te parle, j’hésite toujours avant d’acheter un produit : en ai-je vraiment besoin ? Suis-je manipulé ? L’écart de prix est-il justifié d’un vrai écart de qualité ou de valeur ajoutée ?

Cette infographie en fait trop, elle me prend pour un imbécile, je suis pas crédule moi mec. Si j’achète ce produit, c’est parce que je sais qu’il est bien et qu’il me sera utile, pas parce que je crois ce que tu veux me faire croire.  

Bon allez, tu le prends, car tu es manipulé, mais en connaissance de cause. L’égo est satisfait.

 

Pour écouter le podcast

Toutes les informations pour écouter le podcast se trouvent dans ce billet dédié les amis. Si vous souhaitez le faire maintenant, il vous suffit de cliquer sur lecteur, ci-dessous. Sachez que vous y trouverez également les chroniques de mes chers confrères, ainsi que les réactions et commentaires de chacun :

  • Data WaterBoarding par Rémi, aka NFKB, sportif surtout, et accessoirement médecin.
    Les données recueillies pendant le sport : amies ou ennemies ?
  • Coaché par Anne Dubndidu par David, aka DaddyTheBeat, que je ne prends même pas la peine de présenter.
    1000 et 1 façons de retrouver la motivation. La 992e, c’est Anne Dubndidu et vous n’allez pas être déçus.

Les amis, merci pour vos écoutes, vos commentaires, vos soutiens que nous lisons tous sans exception !

A très bientôt pour de nouvelles aventures, et d’ici-là comme toujours, KIFFEZ la vie !

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Commentaires
  • Laponico dit :

    C’est assez insidieux en fait, car on est manipulé, on le sait, mais au final est-ce les marques ou la société de consommation, le regard des autres qui a une importance?
    Je suis un peu comme toi, je réfléchis beaucoup avant d’acheter des choses souvent inutiles (dont je pourrais me passer), et j’avoue par exemple vouer un culte aux doudounes (chacun ses passions), mais est-ce la faute des marques si je suis faible ? au final on est tous influencés par des tas de choses…

    • daddy dit :

      Tu as tout à fait le droit d’aimer un objet ou un type d’objet. Etre victime de la mode ou matérialiste ne se résume pas à ça heureusement. On est d’accord que tout ça c’est l’histoire de l’oeuf ou la poule. Si tu en es toujours au stade de t’interroger sur tes achats, c’est plutôt bon signe je trouve.
      Mais sinon, il y a un club de collectionneur de doudounes ? Je suis fan aussi.

  • nfkb dit :

    on va faire un c’est cool c’est quoi sur les doudounes, moi je jure par Cumulus mais Emir ne va pas être d’accord.

  • Yin dit :

    En même temps si la veste est vraiment mortelle et qu’elle est résistante et dure plusieurs années, pourquoi pas : il y a foutage de gueule quand la marge est clairement déconnante ou quand le produit ne remplit pas ses promesses. Dans les autres cas, autant kiffer d’avoir claqué sa thune et de s’être fait un beau cadeau 😉

  • Eric Siber dit :

    Voici mes petites contributions à cette réflexion

    1/ Je ne sais plus par quel hasard je suis tombé sur Private Sport Shop, j’y ai trouvé quelques trucs sympas (d’autant plus en tenant compte de la réduction affichée) et me voilà avec ma première commande pour un peu moins de 100 € (raisonnable pour un total de 6 produits me direz vous) le 1er septembre.

    On notera que 3 de ces produits n’ont pas encore été utilisés (dont une PowerBank avec panneau solaire, pas très utile en ce moment) et que je me suis sans doute pour ces produits laissé débordé par l’enthousiasme post OCC.

    Là où je veux en venir, c’est que depuis quelques temps je reçois quasiment un mail quotidien de la part de Private Sport Shop pour m’inciter à l’achat « Eric, vous nous manquez déjà…Voici un cadeau pour vous !  »
    J’ai beau avoir modifié mon abonnement à la newsletter pour ne demander qu’un envoi hebdomadaire, ils persistent et spamment allègrement (comme si ce mail ne suivait pas la même logique d’envoi que le « Top de ventes »).

    Les marques sont donc sans doutes fautives, mais il ne faut pas non plus oublier les intermédiaires nous incitent aussi aux dépenses compulsives.

    2/ J’ai récemment candidaté à un programme Ambassadeur et dans le questionnaire à remplir j’ai été assez perturbé par la question concernant l’usage du matériel de la marque concernée. Il était demandé au candidat s’il comptait bien porter le matériel de la marque lors de toutes ses sorties. Il est tentant de répondre oui pour éviter l’élimination, mais j’ai préféré rester honnête et pragmatique en disant que je n’hésiterai pas à avoir recours à un autre matériel pour une course pour laquelle l’équipement ne me parait pas adéquat.

    Après quelques recherches, j’ai trouvé une description des exigences du programme pour l’année précédente et il y était marqué noir sur blanc l’exigence, non pas seulement de ne porter que l’équipement de la marque, mais aussi d’être fidèle à la marque sur les médias sociaux (twitter, facebook, blog, etc.). Encore une offensive du marketing ?

    Quand un athlète de niveau national / international est sponsorisé / payé par une marque, on peut comprendre ce genre d’exigence, mais le pauvre runner / trailer du dimanche (ok, plutôt le runner / trailer aguerri capable de faire un bon classement) n’a que quelques compensations pour justifier d’une telle loyauté.

    3/ A quand une option sur l’inscription aux courses pour reverser x euros à une cause plutôt que de recevoir le t-shirt sponsorisé de la course ?

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