Les Lapins Trailers à la Saintélyon 2013 – Partie #3 – Fin

Exceptionnellement, ce récit est écrit en totalité du point de vue du Lapin.

Les épisodes précédents :

  1. Saintélyon des Lapins Traileurs – partie 1 : l’avant-course
  2. Saintélyon des Lapins Traileurs – partie 2 : Au coeur de la Saintélyon

Etre ou ne pas être … finisher ? La décision.

Nous continuons de marcher en tentant de produire collégialement une décision que nous ne regretterons pas. Ma Lapine ne peut plus courir, elle a toujours des douleurs au ventre et sa motivation est très atteinte. J’avais dit que je resterai à ses côtés et je ne m’y suis pas tenu. Maintenant, il n’est plus possible de faire machine arrière.

Il faut donc s’arrêter là… après une périple nocturne de près de 50 Km. Nous avançons dans le but de croiser un bénévole qui pourrait nous guider à un point d’extraction. Après quelques kilomètres, c’est chose faite.

Nous appelons le poste de secours qui nous demande de nous rendre au prochain ravitaillement. Nous nous étonnons lorsque notre interlocuteur nous questionne : « vous allez bien ? ». Hmm, si on allait bien, on aurait continué, non ? Le bénévole avec qui nous sommes a la gentillesse de nous proposer de nous emmener en véhicule.

Adrien, ami runner rencontré aux foulées du Tertre de Montmartre, nous croise en compagnie du bénévole. Il nous encourage et compatis lorsque je lui explique que nous sommes mal en point.

A ce moment précis, tout plein d’idées traversent mon esprit. Des encouragements d’amis et de famille retentissent… L’envie d’ajouter une Saintélyon terminée au palmarès des Lapins Runners … L’envie de prendre une sorte de revanche sur la 6000D … L’envie de me convaincre que même si j’ai été abattu, je n’ai pas lâché prise pour autant … J’ai l’envie de me dire que, pour ma Lapine et grâce à elle, je vais aller au bout …

Elle m’attendra entre de bonnes mains et au chaud… Ce serait la plus longue session de course sans elle à mes côtés…

Je ressors de mes pensées. Je n’ai plus de doutes, je peux lui régler son compte à cette Saintélyon. A défaut d’être à ma droite, ma Lapine sera dans ma tête. Elle trouve encore la force de m’encourager. Je suis de nouveau armé. Je sens que je peux le faire et mieux : je vais le faire !

C’est parti, je ne sens plus les douleurs ni la fatigue. Comme neuf, je gambade dans le paysage champêtre, les yeux rivés vers l’objectif. Je suis dans un autre monde, je suis tellement frais que je croirais commencer ma course. Je n’ai aucune idée de ma vitesse, mais je me sens rapide. C’est donc ça, le pouvoir du mental. Je ne compte plus les kilomètres, je ne regarde plus ma montre. Qu’importe, j’arriverai au bout de toutes façons.

Objectif : finisher

Objectif : finisher

Après quelques minutes, je croise le gentil bénévole qui m’explique qu’il a bien conduit ma Lapine au chaud. Je suis rassuré, je n’ai plus qu’à foncer la retrouver.

Sur la route, je croise à nouveau Adrien, avec qui je prends le temps d’échanger quelques minutes. Merci Adrien pour ton soutien, et comme convenu, à très bientôt pour une pasta party à Paris !

Au 53ème, j’aborde une court passage routier. Je double un bus par la gauche, qui me masque la visibilité de l’entrée du ravitaillement … Je fais demi-tour et je rentre en trombe sous les tentes. Je retrouve ma Lapine sur le banc des rescapés. Plusieurs traileurs s’y trouvent, emmitouflées dans des couvertures de survie, attendant la navette qui les mènera à Lyon.

Comme à mes habitudes, je prends le temps de relever ce que l’organisation a prévu pour les coureurs. Côté salé : soupe chaude, pain saucisson, fromage en dés et en tranches, crackers type Tucs. Du nouveau côté sucré : palais bretons, toujours des pim’s, cookies au chocolat, pâtes de fruits, brioches fourrées à la confiture,  … bref, tout ce qu’il faut pour faire le plein.

Je fais mes au revoir à ma Lapine en lui donnant rendez-vous à « à l’arrivée, dans deux heures ! ». Il est alors 9h00, 23 Km me séparent du stade Gerland, lieu de nos retrouvailles prochaines.

Je repars en vitesse avec mon objectif bien ancré : celui retrouver ma bien aimée après avoir franchi la ligne. Je n’ai pas mal aux jambes, je suis bien, je n’ai pas froid. Certains me reconnaissent et me demandent où se trouve ma Lapine. Je leur réponds que c’est ma récompense ultime à l’arrivée.

Le périple du Lapin

Le périple du Lapin

Les kilomètres qui suivent passent vite. Je traverse toujours des paysages champêtres et le ciel est bleu. Je double des traileurs qui semblent tous exténués, j’en conclus que je suis rapide (certains remarquerons que la conclusion n’est pas logique, ils auront raison). Je gravis les derniers sentiers. Dans les montées, je ne cherche plus à m’économiser. C’est maintenant mon souffle qui limite ma vitesse. J’en suis à 1h30 de course sans ma Lapine à mes côtés, mais elle est bel et bien présente dans ma tête. Je visualise le moment des retrouvailles à chaque instant.

Au bout de 9h50 de course, TomTom Runner vibre pour m’indiquer l’arrêt de la séance car sa batterie lui fait défaut. Ma Lapine m’ayant laissé la sienne, je poursuis l’enregistrement. Au passage, relevons que l’autonomie de 10h annoncée par TomTom est bien vérifiée.

J’arrive au dernier ravitaillement situé 7 Km avant l’arrivée. Mes souvenirs sont vagues. Je crois que j’avale de l’eau et attrape un peu n’importe quoi en vitesse. J’ai le souvenir étrange d’avoir mangé une tranche de fromage et une pâte de fruits. En même temps.

Je repars en trombe. Je crois que j’ai mal au dos mais je n’écoute pas mon corps. Je cours à une allure vive, parfois dans des descentes sur bitume qui deviennent raides et violentent mon dos. J’entends parler autour de moi de 200 marches à descendre… ah, oui en effet … Je les dévale et je continue à courir dans un nouveau paysage très urbain.

Ça y est, je longe le stade ! Je sens que je vais y entrer et que la finish line approche ! Tout à coup, c’est la dernière ligne droite et plusieurs panneaux indiquent la fin : 150m, puis 100m, puis 75, … je lance mon sprint final. J’ai le dos en vrac mais ça ne compte plus. Je vais aller au bout pour ma Lapine. Je la vois ! Je crie : c’est pour toi ma femme ! Elle ne m’entend pas car elle crie en même temps.

C'est pour toi ma femme !

C’est pour toi ma femme !

Je monte sur le tapis bleu puis je passe sous l’arche. Je viens de terminer la Saintélyon. Je regarde l’écran : 10:58:38. Je ne sens plus rien, je crois que je divague. En fait si, je sens mon dos qui est en compote. Dans la foule, on m’interpelle : « Emir ! ». Ce sont des confrères de kikourous qui sont contents de rencontrer le co-auteur des récits des Lapins Runners.

Je poursuis car je veux ma Lapine, et de l’eau. Elle est là, elle a réussi à se frayer un chemin jusque moi. C’est le moment tant attendu des retrouvailles. Je la prends dans mes bras et je ne pense plus à rien. C’est donc ça, le vrai réconfort après l’effort.

Le voici, le t-shirt finisher de la 60ème édition de la Saintélyon. Plus de taille S … et oui, il y’a probablement 2000 traileurs en taille S arrivés avant moi et ayant dévalisé le stock.

La Saintélyon, c'est terminé

La Saintélyon, c’est terminé

Nous quittons le stade Gerland et retrouvons Olivier et Eve, venus partager avec nous le moment du merveilleux repas post-Saintélyon. Nous récupérons notre collation « officielle » : une soupe de nouilles chinoises, du pain, des fruits puis nous dirigeons vers un vrai restaurant choisi avec soin par nos amis. Nos critères étaient simples : un endroit proche où il fait chaud. C’est parfait.

Bilan de la Saintélyon 2013

La course à pieds, ça nous change. Mieux encore, ça nous fait évoluer. Le sport nous permet / promet de longs moments d’introspection, de longs moments à réfléchir sur soi. J’ai pris conscience que lorsqu’on est deux sur une longue épreuve, la cohésion est particulièrement importante. Notre équipe, notre duo, notre soutien l’un pour l’autre doit être et sera la priorité à ne jamais perdre de vue. Bien utilisé, c’est un moteur incroyable qui, j’en suis sûr, nous permettra de traverser n’importe quelle épreuve. Dans le cas de la Saintélyon, j’ai perdu de vue ceci. C’est une erreur après laquelle je ressors grandi. Je suis persuadé qu’un jour ou l’autre, notre cohésion nous permettra d’accomplir tous les exploits dont nous rêvons. L’avenir nous le prouvera, j’ai bien confiance en lui 😉

Je nous ai inscrit à l’Ultramarin pour le mois de juin 2014, le grand raid du Morbihan de 177 Km. Suis-je totalement inconscient ? Je l’ai pensé après la Saintélyon. Ceci dit, si je regarde un an arrière, qu’avions-nous à notre actif un an auparavant ? Quelques corridas tout au plus. Aujourd’hui, nous sommes taileurs, marathoniens et cent-bornards donc … Ça devrait le faire ! Et puis, la démesure, c’est un peu notre marque de fabrique … 😉

Les remerciements

Un grand merci à tous : famille, amis coureurs, amis non coureurs, amis de facebook, kikourou, twitter. Merci à vous qui nous suivez et nous soutenez tous à votre manière. C’est une source d’énergie incroyable. Allez, le plein de prénoms / pseudos, pour le plaisir : Jannah, Farha, Elisabeth, Nasri, Sabine, Laurent, Buge, Bruno, Thando, Adrien, Emmanuelle, Clovis, Nicolas, Maxime, Olivier, Eve, Frédéric, Atsushi, Daddy, Nixul, ti_tom, Eugenie, StCyrre, Nadia, Recours, Joséphine, Thomas, TomTom et tous ceux que j’ai malencontreusement oublié.

fin

A très vite les amis ! Prochainement, le récit de la corrida de Noël à Issy-les-Moulineaux !

Les Lapins Runners.

carottes petit

Les Lapins Trailers à la Saintélyon 2013 – Partie #2

Exceptionnellement, ce récit est écrit en totalité du point de vue du Lapin.

L’épisode précédent : Les Lapins Traileurs à la Saintélyon 2013 : l’avant-course

Au cœur de la Saintélyon

Au départ, l’ambiance est festive. Nous sommes complètement gelés mais excités. Nous le saurons plus tard, nous sommes surtout inconscients de ce qui nous attend. Le commentateur sportif est devenu un disc jockey, les lampadaires des boules à facettes, le sas de départ un dancefloor, et les traileurs des danseurs qui se donneront, pour la plupart, jusqu’au bout de la nuit au cours de cette fête d’un genre … différent.

Ca y est, c’est parti ! Nous sommes à l’arrière du sas car nous avons retardé jusque 23h55 notre sortie du parc des expositions. Pendant que nous marchons vers la ligne, nous prenons le temps de quelques photos avant ce grand moment, notre première Saintélyon.

Lapins enthousiastes

Lapins enthousiastes dans le sas de départ

Dans les faits, la fête décrite plus haut sera en réalité un combat de chaque instant contre de redoutables adversaires.

Adversaires numéro 0 : La nuit, le froid, les dénivelés

Ces trois adversaires sont intrinsèques à la Saintélyon. C’est notre combat fil rouge qui sera présent du début jusqu’aux trois quarts du parcours. Ce sont les règles du jeu, et nous les avons acceptées.

profil course

Profil de la Saintélyon

Adversaire numéro 1 : le bitume

Du Km 0 au Km 7 : ces premiers kilomètres en présence du bitume ne nous mettent pas dans le bain. Au contraire, ils tentent vicieusement de nous mettre en position de confiance afin de nous livrer, telles des brebis sans défense, à la neige et au verglas.

Les 7 premiers Km sont bouclés en 45 minutes, on se croirait presque sur notre type de course le plus familier, le marathon. Nous savons que ça ne va pas durer mais profitons de ce passage pour doubler à cœur joie. Km 8, les montées démarrent, mais toujours sur le bitume. Jusqu’ici, toujours sans surprise.

Jusqu'ici, tout va bien

Jusqu’ici, tout va bien

C’est au Km 9 que les choses se corsent. De nombreux runners s’arrêtent sur le bas-côté et semble positionner un accessoire sur leurs chaussures. Des Yaktrax, autrement connues sous le simple nom de « chaînes pour courir ». Nous avions compris par la présence du Vieux Campeur sur le village que c’était un accessoire potentiellement utile, mais dans notre insouciance, nous avons décidé d’en faire l’impasse.

Adversaire numéro 2 : la neige

Km 10, la neige fait son apparition, et en abondance. Elle est parfois poudreuse, parfois glacée. Les routes de bitumes on laissé leur place aux sentiers. Nous comprenons que nous entrons dans le vif du sujet.

neigeAlors que nous évoluons dans la neige, je me retourne et observe les lacets illuminés par les frontales. Je décide de prendre une photo souvenir de ce paysage typique de l’épreuve. Lorsque je me retourne, Carole n’est plus là. La panique monte d’un coup sec. J’avance et je crie « Carole », mais sans succès. Je fais demi-tour et je crie de nouveau. Je demande aux traileurs s’ils ont vu une traileuse avec des oreilles blanches, en vain. Je retourne au lieu de la photo, je crie Carole à gorge perdue. Pas de réponse… La panique et l’adrénaline ne me laissent pas perdre espoir. Des traileurs partout, dans tous les sens. Des frontales qui piquent les yeux. Comment retrouver ma Lapine ? Je m’agite et scanne les lieux du regard quand tout à coup, je vois enfin ses oreilles blanches. Je la prends ma Lapine par la main et lui indique je ne la lâcherais plus.

A peine remis, notre troisième et plus redoutable adversaire fait son apparition.

Adversaire numéro 3 : le verglas

verglasNous poursuivons dans la neige qui cache désormais des plaques de verglas. Nous faisons un constat amer : les crampons de nos chaussures de trail n’ont aucun effet. Il nous faut absolument éviter de piétiner ces plaques sous peine de chutes à répétition, pouvant s’avérer très dangereuses. Les Yaktrax étaient donc l’arme permettant de prendre le dessus lors de ce combat. Il nous faudra faire sans, mais nous y laisserons des plumes (ou plutôt, des poils).

Nos yeux et notre frontale se rivent au sol et notre concentration monte d’un cran. A maintes reprises, nous manquons de chuter et nous rattrapons l’un l’autre. C’est donc ça, le trail nocturne. Se concentrer sur le sol pour éviter les déboires. Les kilomètres s’allongent. Tout comme à la 6000D, il ne nous faut plus 6 minutes mais 12 pour parcourir un kilomètre. Les descentes sont effrayantes, nous prenons un maximum de précautions pour éviter de nous laisser entrainer par la vitesse. La difficulté est telle que les phases de montées deviennent plus rassurantes, et plus rapides.

Malgré cela, les deux premières heures passent vite car nous sommes concentrés, et encore frais physiquement. Il est 2h du matin et nous en sommes à 15 Km, soit une vitesse de 7,5 Km/h. Jusqu’ici, l’allure est suffisante pour boucler la Saintélyon en 10h00. Ça paraît trop beau pour être réel.

La foule aux ravitaillementsNous arrivons au premier ravitaillement, au 15ème Km à Saint-Christo. La foule attroupée grouille en tous sens et tente par tous les moyens de se sustenter. L’accès aux tables en devient difficile, nous devons nous frayer un chemin jusque celles-ci. Nous y trouvons des bananes, pommes entières, génoises fourrées (type Pim’s), pâtes de fruits, madeleines, chocolat, pain d’épices, bananes en morceaux. Nous y trouvons également un ravitaillement chaud en thé distribué directement dans les contenants des traileurs (gobelets ou gourdes). Pour l’eau, l’organisation a prévu des zones de remplissage des poches avec de multiples robinets dédiés. A la Saintélyon, on prend le carburant très au sérieux.

Nous poursuivons dans les mêmes conditions que précédemment. Les montées et descentes s’enchaînent, nous surveillons le sol avec attention et nous tenons la main pour éviter les chutes. Peu après le 20ème, nous passons le point culminant mais, un soulagement serait prématuré. Tout à coup, tout le monde s’arrête. Nous l’avons déjà compris, les bouchons sont l’annonce d’un passage particulièrement ardu. Nous découvrons notre nouvel adversaire : le marécage.

Adversaire numéro 4 : le marécage

Km 26 : Un chemin de boues marécageuses contraignent les Traileurs à contourner la route principale par un bas côté glissant, labouré par leurs prédécesseurs. Le passage est extrêmement délicat, à tel point qu’il est quasi impossible de conserver ses pieds aux sec. Nous avançons péniblement en tentant d’atteindre les quelques pierres encore en surface.

Au Km 29, alors que nous pensions en avoir terminé, le voici de retour. Un nouveau marécage ralentit fortement les troupes. Les moins aguerris optent pour un raccourci par les champs, coupant littéralement quelques centaines de mètres de parcours. Nous reverrons une dernière fois cet adversaire, après le ravitaillement de Sainte Catherine. Notre lucidité n’était alors plus suffisante pour enregistrer le kilométrage.

De temps à autre, quelques fêtards du samedi soir ou habitants locaux venus assister à l’aventure encouragent les traileurs intrépides. Ca met du baume au cœur. Dans ces conditions, tout est bon à prendre.

Les glissades restent fréquentes, et, pour chacune, nous prenons une forte dose d’adrénaline. Le cœur s’emballe car celle-ci est en excès. Les nerfs sont à vif. Le mental en pâtit fortement car prend des coups à répétition. Certains traileurs tombent et se relèvent en restant impassibles et concentrés. Bien que nous le voulions, nous n’y parvenons pas. C’est dans ce cas que l’expérience du traileur qui se veut salvatrice.

36ème Km : le roadbook nous avait prévenus, nous faisons face à une montée particulièrement raide et longue. La marche y est de rigueur.

Il devient difficile de tenir la main de ma Lapine car, se faisant, nous devons nous trouver côte à côte. Le lien bridant mes mouvements, je décide de passer devant. J’avance et m’arrête régulièrement pour lui permettre de me rejoindre. Pendant ce temps, son moral baisse, je ne le vois pas. J’ai froid et je suis renfermé sur mes sensations, je ne pense plus qu’à avancer. Elle me demande de ralentir à maintes reprises mais j’y parviens à peine. Mon instinct cherche à maintenir mon corps en mouvement.

Nous sommes aux alentours du 42ème et le périple en est à 7h00. Le jour commence à se lever. Il fait toujours très froid. Nous continuons à la marche.

Adversaire numéro 5 : le blues du jeune Lapin Trailer

Il est maintenant 8h passées et il fait désormais complètement jour. Ma Lapine est derrière, je la laisse me rejoindre. Elle n’a pas le moral et ne peut plus ni ne veut plus courir. Je l’ai laissée seule, je m’en veux. La difficulté et la concentration m’ont renfermé sur moi-même. C’est donc ça, le trail nocturne longue distance. C’est peut-être pire que la pire des épreuves de team building. Je me découvre sous un autre jour, difficile à admettre mais bel et bien réel. C’est ça l’inconnu, aller si loin que l’on ne s’y reconnaît plus.

Il faut le reconnaître, notre enthousiasme débordant nous a masqué la réalité des choses : nous sommes encore jeunes dans le domaine pour une telle épreuve. Avons-nous brûlé les étapes ? Que faire ici, au 46ème ? Même si le plus dur est passé, il nous reste 35 Km. Nous ne pouvons pas nous permettre de marcher jusqu’au bout. Comment se remonter le moral mutuellement, dans un état pareil ? Il nous faut être réaliste et prendre les bonnes décisions. S’arrêter maintenant ? Nous y pensons. Bien que le plus dur soi passé, ce n’est pas comme si nous étions presque arrivés…

 A suivre partie 2

Episode suivant : Les Lapins Traileurs à la Saintélyon 2013, la fin du périple.