Amorcer une transition minimaliste avec des Five Fingers !

Vibram Bikila LS recadréHello les amis,

Aujourd’hui au programme, un billet qui s’est fait longuement attendre : le récit de ma découverte du minimalisme. En effet, il semble que le sujet vous intéresse : vous êtes très nombreux à nous poser des questions quant à l’usage de Five Fingers sur nos courses, leur intérêt, et notre temps de transition. Vous le savez les amis, c’est toujours un plaisir pour nous de répondre à vos questions :). Let’s go pour partager ce retour d’expérience !

Pour la petite histoire, ce billet a été rédigé en mars 2015 mais a été délaissé jusqu’à ce que nous nous apercevions qu’il intéresserait probablement. Ne vous étonnez donc pas de voir des dates en 2015, c’est normal 🙂

 

Préambule

Depuis la paire de Bikila Evo reçue pour son anniversaire (23 janvier 2015), Carole a une foulée bien plus dynamique et fait tomber ses chronos les uns après les autres. Précisons en passant que cela n’était pas arrivé depuis 2 ans. De plus, vous vous doutez bien que j’étais aux premières loges pour recueillir ses éloges envers ces chaussures :

  • ces chaussures améliorent la posture en rendant plus accessible l’adoption d’une foulée medio-pied,
  • elles améliorent voire permettent de découvrir ce qu’est la proprioception de la plante des pieds en procurant un meilleur contact le sol
  • la finesse de la semelle permet de sentir les irrégularités du sol jusqu’au moindre petit caillou,
  • d’avoir la satisfaction de pouvoir se passer des couches d’amortis toujours plus sophistiquées dans lesquelles nos marques de running préférées injectent des million $$$ de R&D…

Resistance is futile… Pour la science, il a fallu que je teste.

C’est ainsi qu’après m’être acheté une paire de Hoka Bondi pendant les soldes de janvier 2015, je me retrouve sur le bon coin à débourser 50€ pour une paire de Vibram Five Fingers modèle Bikila LS. Si ce n’est pas ça qu’on appelle passer du coq à l’âne, alors chers amis, c’est que je n’ai pas compris cette expression.

 

Ma transition minimaliste, le récit

Jour 1 – la remise en question : Tentative 1 d’enfiler les chaussures : 25 minutes. Après avoir réussi à rentrer trois doigts de pied, j’avais fait ma séance de sport pour la journée, je me suis donc arrêté là. Je suis passé par une phase de remise en question existentielle certainement connue des adeptes de Vibram : « peut-être mes doigts pieds ne sont-ils pas fait pour faire chambre à part ? ».

Jour 2 – le premier contact : Tentative 2 d’enfiler les chaussures : 30 secondes pour que tous les doigts rentrent dans leur compartiments respectifs. Je n’ai vraiment pas compris ce qu’il s’était passé entre la première et la seconde tentative. Pour vérifier, je les enlève et je réessaie. Tentative 3 : 30 secondes. Je cherche actuellement l’explication de ce phénomène. Mes doigts de pieds se sont tout simplement disciplinés.

Petit Selfie-chaussure au balcon

Petit Selfie-chaussure au balcon – modèle BIKILA LS

Jour 3 – le premier soir – 05/03/2015 : Enfiler les chaussures : 30 secondes. Sortie pour 5 km en ville. J’ai l’impression de sortir dans la rue pied nus, ce qui est plutôt amusant. Je commence à courir et là … wow, ça va vite ! Je sens bien qu’il n’y a pas d’amorti mais ça ne me dérange pas le moins du monde (pour l’instant). J’ai une foulée dynamique et c’est tout ce qui compte. Je vérifie mes sensations en interne : ma foulée n’est pas la même au niveau de la pose du pied au sol. Je ne talonne pas du tout. J’ai adopté une foulée médio-pied sans forcer quoique ce soit. Au bout de 3km, j’ai déjà les mollets en feu. Je sens que je vais avoir des courbatures ultra-sévères ! Superbe découverte !

En rentrant de ces 5km, réaction à chaud que j’ai essayé de modérer avec mon peu de lucidité lié à l’enthousiasme : « c’est ma paire de chaussure de course préférée ».

Conseil à ce stade : pensez à utiliser des produits de récup qui vont faciliter votre reconstruction musculaire, tels que des boissons ou de la Whey.

Jour 4 – attendre avant de recommencer : Le lendemain au soir, les courbatures se font ressentir, et elles sont loin d’être discrètes. En foulée médio-pied, le mollet travaille avec une intensité bien supérieure car va servir d’amortisseur naturel. Je dois être raisonnable et laisser reposer mes mollets pour ne pas trop forcer les choses.

Jour 5 – 07/03/2015 – pas aussi bon : Sortie de 5 km avec ma Lapine pour un défi sur Running Heroes. J’adapte la foulée car les courbatures m’empêchent de courir « naturellement ». Je me retrouve à talonner pour retrouver le mouvement auquel mon mollet est habitué, mais là, je sens vraiment que ce mouvement n’est pas naturel avec ces chaussures.

Jour 6 – 08/03/2015 : Semi de Paris  – la révélation. Je n’avais vraiment rien de plus drôle à faire que de le tenter en Vibram, par dessus mes courbatures of the death à peine apaisées ! Allez, c’est parti.

Note écrite avec du recul, en janvier 2016. Je m’aperçois que j’ai couru le Semi de Paris soit 21 km en VFF seulement trois jours après ma première sortie avec. Les amis, je ne vous recommande pas de faire ça, car c’est bien trop brutal pour vos mollets, qui risquent de ne pas du tout comprendre ce qui leur arrive. Je pense que je n’avais pas conscience du risque de blessures que j’encourais.

La foulée médio-pied s’enclenche naturellement et je m’aperçois rapidement que les courbatures liées à la sollicitation poussée de mes mollets se font ressentir. Ce jour, je ne parviendrais à tenir que 10 km avant de devoir artificiellement basculer sur une foulée plus proche de la foulée talon, bien plus apaisante pour mes muscles. Mise à part cette petite déconvenue directement liée à la transition très / trop rapide, les sensations ont été au rendez-vous. J’ai vraiment l’impression que mon corps préfère cette posture, ce mode de déplacement. Je ne sens aucune tension au niveau des pieds, des genoux, ou des chevilles, contrairement à ce qui pouvait m’arriver avec des chaussures classiques.

Seul léger bémol constaté, plus la sortie s’allonge, plus le pied s’échauffe et les chocs au sol se font ressentir.

3 jours après le semi, les courbatures ont quasiment disparu. Il va enfin être temps de retenter une sortie avec ma nouvelle foulée médio-pied !

Carole en five sur le semi de Paris

Carole en five sur le semi de Paris

Jour 7 – 14/03/2015 : Semi de Saint Witz.

La semaine qui suit, même test avec les chaussettes doigts de pieds (j’étais jusque-là pieds-nus dans les chaussures). Après quelques kilomètres de course, je m’aperçois que les sensations sont meilleures au niveau du pied. J’identifie deux raisons majeures à cela :

  • La chaussette vient combler l’espace (petit jeu) entre le pied et la chaussure, particulièrement au niveau des doigts de pied. Cela réduit le jeu du pied dans la chaussure, et par conséquent, les échauffements du pied liés au frottement. Cela a aussi pour effet de réduire les pertes d’efficacité lié au mouvement du pied dans la chaussure (particulièrement si celle-ci est légèrement grande)
  • Les chocs au sol subis par le pied sont légèrement amortis. Cela a pour effet de mieux supporter l’absence d’amorti sur les sorties longues.

Résultat des courses (jeu de mots de qualité), je trouve que l’utilisation sans chaussette est agréable, mais trouve rapidement sa limite dès que la sortie s’allonge. Ainsi, pour une sortie supérieure à 5km, je vais donc privilégier l’utilisation de chaussettes à doigt de pieds (de chez Injinji par exemple) pour un meilleur confort et prévenir les irritations.

Sur ce Semi, je suis parvenu à tenir une foulée avant pied plus longtemps que sur le Semi de Paris avant que celle-ci ne commence à se « dégrader » en raison de l’usure de mes mollets.

Jour N – utilisation régulière des chaussures

Ces chaussures me plaisent toujours autant. Avec le temps, les courbatures se sont faites de plus en plus rares, jusqu’à totalement disparaître. Je constate que les Five Fingers s’usent rapidement, ce qui est du à la semelle vraiment fine comparée aux chaussures classiques. Un point important est que je ne peux recommander ces chaussures (Bikila LS) que sur bitume, avec de faibles aspérités au sol. Je suis assez sensible des pieds, et le moindre petit caillou me procure une sensation désagréable de picotement (ce qui est beaucoup moins le cas pour Carole).  Il existe cependant des modèles plus adaptés au trail (tels que les Spyridon, Lontra ou Trek Ascent de chez Vibram) dont la semelle est renforcée afin de mieux supporter les aspérités du sol.

Carole en Spyridon sur le Mont Cenis

Carole en Spyridon sur le Mont Cenis

Enfin, si je dois courir du long (marathon et au delà), je privilégierai une paire « classique », telle que des Wave Rider de chez Mizuno que je trouvent très confortables.

 

Bilan

Je suis ravi d’avoir pu découvrir le minimalisme avec ces chaussures. La sensation que j’ai avec me plait vraiment, que ce soit pour courir ou même simplement marcher. Je peux dire à ce jour et avec davantage de conviction qu’au jour 3, que c’est effectivement ma paire de chaussures préférée pour l’entraînement au quotidien. Quand je les enfile, j’ai envie de marcher, courir, bouger. Quand je cours avec, je me sens rapide. Je crois bien que c’est vraiment ce que je demande à une paire de chaussure : m’amuser, dynamiser ma foulée et me donner envie de courir.

Ce que j’ai envie de vous dire pour terminer les amis :

  • Le modèle que j’ai testé (Bikila LS) est à privilégier pour le bitume (surtout si l’on a les pieds sensibles) sur une distance inférieure au marathon sous peine de fort échauffement des pieds. D’autres modèles existent pour le trail disposant d’une semelle renforcée.
  • Au vu des retours d’expérience et des nombreuses discussions avec d’autres coureurs, il vaut mieux essayer avant d’acheter (ou acheter d’occasion). Il semble que très souvent, le coureur est soit totalement convaincu, soit au contraire totalement réfractaire. Il est donc particulièrement intéressant de se faire son propre avis sur le sujet 🙂 mais de préférence sans débourser les 130 € (ça fait cher l’avis, tu en conviendras).

Les amis, nous sommes bien évidemment toujours disponibles pour répondre à vos questions sur le sujet, donc n’hésitez pas à vous lâcher et démystifier la transition minimaliste ou encore ces fameuses chaussures à doigt de pieds.

Les Lapins Runners.

carottes petit

Le trail minimaliste avec les Fivefingers Spyridon de Vibram

spyridonHello les amis !

Aujourd’hui, intéressons-nous à un modèle de Fivefingers qui m’est particulièrement cher et m’a accompagnée sur de nombreuses courses, du 5 km à l’ultra, j’ai nommé… les Fivefingers Spyridon de Vibram !

Mais tout d’abord, revenons-en à mes débuts en Spyridon, en mars 2014.

A quelques jours de l’Eco-Trail de Paris, je suis quelque peu hésitante à m’équiper des Fivefingers Treksport Sandals. En effet, du fait de la distance à parcourir, treksport sandalsje crains que les trous génèrent des ampoules. Lors d’un entraînement, je discute avec un coureur minimaliste qui porte le modèle Spyridon. Ce modèle semble le plus adapté pour de l’ultra. Je commande alors une paire sur leboncoin que je réceptionne in extremis la veille de la course.

Inaugurer une paire de chaussures sur un ultra est évidemment l’une des moins bonnes idées qui soit, mais je prends le risque. Mon unique paire de chaussures de trail classiques de chez Kalenji étant trop serrée et les Treksport Sandals non adaptées sur du long, je n’ai pas vraiment le choix.

Phase préliminaire avant-course

Mes premières impressions :

  • Le chaussage est rapide : 36,24 secondes (chronométré sous contrôle d’huissier-lapin) pour enfiler la paire. Encore faut-il être un minimum habitué à chausser des fivefingers.
  • Le chausson est molletonné. Il s’agit d’un point important car sur une course de plusieurs heures, le confort c’est important. En termes de confort et relativement à des chaussures minimalistes, je les situe entre les Bikila Evo et les Bikila LS. Il est important de noter que la notion de confort pour un coureur minimaliste est bien différente de celle d’un coureur en Hoka.
  • La semelle semble très costaude. Emir et moi nous aimons à les appeler « semelles pneus ». Une vraie semelle de 4×4 !
  • tige spyridonJe trouve la paire très jolie. Bien que le modèle que j’ai commandé soit masculin, je trouve qu’il convient très bien aux femmes également.
  • La tige (partie de la chaussure recouvrant le dessus du pied) est plus rigide que les Bikila LS et Evo

départ ecotrail 80Phase test : Eco-trail de Paris 80 km

Retour d’expérience après tests sur le terrain :

  • Une paire « moins perméable » : j’ai eu la surprise de découvrir cette caractéristique en sautant dans une flaque de boue. Mes pieds en sont sortis secs !
  • Pas la moindre chute, ni même la moindre glisse.
  • Lors de ma course, beaucoup de coureurs m’ont demandé si je ne sentais pas les cailloux sous mes pieds. A moins d’atterrir sur un caillou pointu (ce qui n’est pas arrivé), je n’ai ressenti aucune gène à ce niveau-là !

Bien que la semelle soit très épaisse comparé à la Bikila LS, cela ne m’empêche pas de pleurer quand je cours sur des gravillons. Comparé à Carole, je suis une vraie chochotte de la plante des pieds.

Mon Bilan provisoire est très positif. Les Spyridon m’ont procuré de superbes sensations pendant la course. Chaussée de Vibram, j’avais cette impression d’être beaucoup plus flexible dans mes mouvements, de pouvoir poser le pied où je voulais, de la manière dont je le voulais.

Toutefois, mes pieds ne s’en sont pas sortis indemnes. J’ai écopé de 4-5 ampoules et d’un pied ensanglanté. Je me suis alors demandé si le port de chaussettes spéciales apporterait solution à ce problème.

Phase test à long-terme

Par la suite, j’ai donc fait l’acquisition de paires de chaussettes à doigts de pieds de la marque Injiji. Ce petit changement a mis littéralement fin aux ampoules et pieds ensanglantés.

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Chaussettes Injiji

J’ai pu constater que la paire était loin d’être imperméable. Alors, a-t-elle perdu de son imperméabilité depuis l’Eco-trail ? Je me pose la question… J’en ai fait les frais sur mes quelques ultras, mais toujours sans le moindre dommage. Je vis très bien le fait d’avoir les pieds mouillés.

En ce qui me concerne, c’est tout l’inverse. Je ne peux plus courir si je garde les pieds mouillés trop longtemps.

Marcher dans la boue

Les Spyridons mises à rude épreuve

J’ai porté les Spyridons sur plusieurs marathons et ultras, parmi lesquels : The Trail Yonne 110 km, la 6000D et l’EDF Cenis Tour.

J’ai pu faire le constat que je ne ressens aucune gène liée aux cailloux sur un ultra avant d’atteindre les 50-60 km de course.

Pour le moment, je n’ai jamais expérimenté de 100 km sur bitume en Fivefingers et ce n’est pas une chose à laquelle j’aspire particulièrement. Le bitume Capiton plantairefatigue beaucoup plus mes capitons plantaires que les sols nature. J’ai pu vivre cette expérience au trail Yonne : dès que le bitume pointait son nez, je courais sur les bas-côtés, à la recherche d’herbe ou de terre.

Au bout de 6 mois d’utilisation et quelques centaines de kilomètres au compteur, la semelle est quelque peu abîmée. Elle ne ressemble plus tout à fait à pneu de 4×4, sans être lisse pour autant.

 

Mon Bilan

C’est LA paire que j’utilise sur marathon, trail et ultra. Je ne les porte pas sur les petites distances sur bitume (5, 10 ou semi-marathon) car ce ne sont pas, d’après moi et du fait de la rigidité de la semelle, des chaussures de vitesse. Pour la vitesse, j’utilise les Bikila Evo.

Les points positifs 

  • Elle me procure de très bonnes sensations, malgré sa semelle en pneu de 4×4.
  • Après 8 mois d’utilisation, elle fait encore bien l’affaire et n’est pas prête à être mise à la casse.
  • Depuis le port de chaussettes à doigts de pied, je n’ai pas eu la moindre blessure (frottements, ampoules, saignement).

Les axes d’amélioration 

  • S’il y avait un axe d’amélioration à citer, ce serait la recherche d’imperméabilité. Même si cette caractéristique ne me pose pas de problème, elle peut être contraignante pour certains coureurs, mon Lapin le premier !
  • Le prix d’une paire neuve est relativement élevé. A 140 euros la paire, on est dans le très haut de gamme côté classique.

Gif Spirydon

Et vous les amis, avez-vous déjà testé les Spyridon de Vibram ? En êtes-vous satisfaits ? 

Les amis, merci pour votre attention et à dimanche aux 20 km de Paris !

Les Lapins Runners.

carottes petit

L’Ut4M : 4 massifs, 2 Lapins et 168 km d’émotions

[Ajout 30/08 : les amateurs de vidéo peuvent se rendre en fin de billet 🙂]

Chers amis,

160kmlapinsNous avons désigné ce moment comme LE challenge ultra de notre saison 2015. Prendre le départ d’un ultra en montagne, à deux, d’une distance de plus de 160 km : le graal de l’ultratraileur. Voici venu le moment de vous raconter cette nouvelle aventure extraordinaire tant elle fut intense, physique et incroyablement humaine. Plus de 51 heures d’efforts et de partage totalement hors du temps, dans un univers parallèle où tous avancent vers un objectif commun. Wow, une intro digne d’un conte de fée, hein 😉 ?

Comme vous le savez certainement, nous avons participé le week-end dernier à l’Ut4M 160, à rlzrzar0d1kzmdwsz2lhsavoir l’ultra le plus grand et le plus exigent de notre vie. Dans un précédent billet, nous vous avions fait part de notre état d’esprit à quelques jours de l’épreuve, et « dévoilé » notre stratégie de course compte tenu d’une prépa relativement sérieuse (ce qui relève chez nous de l’exception).

Les remerciements

Avant d’entrer au coeur de l’épreuve, renversons l’ordre traditionnel et laissez-nous vous adresser nos plus sincères remerciements.

  • Merci avant tout à Valérie Masson Cabanac et Sébastien Accarier, directeur de course, qui nous ont fait confiance et nous ont invités à participer et intégrer la famille Ut4M.
  • Merci à vous les amis qui nous avez soutenus depuis le début de ce projet, particulièrement sur les réseaux sociaux où vous avez été très actifs.
  • Merci aux bénévoles qui se sont pliés en quatre jour et nuit pour que nous courions dans les meilleures conditions possibles. Vous avez rempli nos poches à eau, touillé notre café, apporté des couvertures lorsque nous avions froid. Vous nous avez souri, encouragé, suivi, guidé, félicité, acclamé à chacune de nos arrivées aux points de contrôle, avez pris de nos nouvelles. Vous avez été de véritables « papa et maman » d’un jour (ou plutôt de trois jours). Nous ne l’oublierons jamais.
Merci à tous !

Merci à tous !

Revenons-en à notre histoire. Nous sommes Jeudi 20/8, J-1 du départ tant attendu…

Grenoble, quelques heures avant le grand moment

17h00 : arrivée à Grenoble. Avant de partir à l’aventure, l’heure est à la partie moins fun du week-end : les formalités administratives, tradition pré-course. Nous récupérons ainsi nos dossards après un check-in complet de notre équipement, déposons nos CM3Q0UJWgAAjsj8sacs auxquels nous aurons accès sur les deux bases de vie (Rioupéroux et Saint Nazaire) et assistons au briefing de course. La météo est annoncée clémente et de ce fait, une partie de l’équipement est rendu facultatif (surpantalon, bonnet, gants).

Nous retrouvons Vincent que nous avons rencontré lors de l’EDF Cenis Tour. Nous nous lions rapidement d’amitié pour ce grand ultra marathonien au grand cœur, qui, soulignons-le, a bouclé la Milkil cette année. Quand on vous dit qu’il y a plus fous que nous !

Vient l’heure d’assister à la conférence donnée par Joan Roch, un ultra traileur canadien ayant la particularité d’avoir un mode entraînement très simple : courir 10 fois par semaine soit 2 fois par jour en faisant l’aller-retour entre son domicile et son lieu de travail, à savoir un trajet de 12 kilomètres biquotidiennement.

Nous regagnons ensuite la ravioli party située à proximité du palais des sports et jouons les gloutons, en dévorant notamment deux éclairs au chocolat chacun ! Nous pouvons nous le permettra, il va nous en falloir du stock de sucre pour tenir 168 km !

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Cette fois-ci, notre organisation de dernière minute est un échec car à 23h00 nous sommes encore STF (Sans Terrier Fixe). Par chance, nous dénichons un hôtel à 1 km du départ où il reste encore une chambre double. Le réceptionniste s’étonne : « vous participez à la course et vous n’aviez pas réservé ? ». De toute évidence, il ne nous connaissait pas.

 

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Jour J

Après une petite nuit de sommeil, nous voici de retour au palais des sports, où nous déposons nos sacs de consignes. Nos oreilles intriguent les journalistes qui nous interviewent et nous photographient à plusieurs reprises.

Malgré les apparences, nous ne faisons pas les fiers à quelques minutes du départ. Je fais part à Emir d’une douleur persistante à l’arrière de ma cuisse gauche, liée à mes séances quotidiennes de VTT « à bloc ». J’ai tout de même espoir qu’elle s’atténue en s’échauffant. Rien à signaler du côté de mon estomac, la digestion semble s’être opérée convenablement.

Premier massif : Vercors (km 0)

8h00 : le décompte se fait en chœur par les coureurs. Autour de nous, beaucoup de bâtonsmen. Nous prenons un M150821 (39)départ rapide afin d’être moins dérangés par la suite. Telle avait été notre stratégie adoptée lors de la 6000D, et celle-ci fut fructueuse.

Après quelques kilomètres dans la ville de Grenoble, nous voici à l’assaut du massif de Vercors. Inutile de s’épuiser dans les montées dans une telle épreuve de gestion, nous optons donc pour de la marche active.

J’inaugure aujourd’hui mes FiveFingers Trek Ascent. Je me suis fixée comme objectif de courir l’intégralité de l’Ut4M en minimalistes. Mais ignorant la réaction de mes petons face au défi que je leur impose, j’ai, par mesure de précaution, laissé dans le sac dédié à la base de vie n°1 ma paire de Saucony Xodus.

Km 13, voici venu le premier ravitaillement de la course qui n’annonce que du bon. Comme me l’avait recommandé l’ami Raphy, je ne m’alimente qu’en salé (à savoir, tartines de fromage et jambon cru). Et comme d’habitude en guise de boisson, le traditionnel gobelet de Coca.

2015-08-21 12.44.27L’ascension se poursuit jusqu’à Moucherotte puis commencent les premières descentes. Nous atteignons le second ravitaillement de la course (km 21,5 – environ 4h de course) puis repartons de plus belle pour notre deuxième ascension jusqu’au pic Saint Michel.

Emir est derrière moi. Il est sûrement en train de faire son reportage vidéo, pense-je. Pourtant, les kilomètres défilent et Emir ne m’a toujours pas rattrapée. Je continue néanmoins ma progression : ma poche étant presque à sec, je l’attendrai au prochain point d’eau.

Une fois arrivés au point d’eau et ma poche à nouveau remplie, je consulte mon mobile au cas où Emir aurait tenté 11894921_10205225875194921_694915771_ode me joindre. Effectivement, celui-ci m’indique dans un SMS avoir mal au genou et ne souhaite pas que je sois bridée. Il suggère donc que je continue seule pour que mon chrono ne soit pas impacté par ses difficultés.

Evidemment, il n’est pas question que nous nous séparions. A moins qu’il n’arrive plus à mettre un pied devant l’autre, nous continuerons notre chemin ensemble, comme cela était prévu, peu importe le chrono. Nous nous étions promis de finir ensemble l’Ut4M. Quel intérêt pour moi de poursuivre seule, je vous le demande ?

Je retrouve alors Emir qui a l’air épuisé autant moralement que physiquement par ses douleurs aux genoux qui se manifestent fortement en descente. Thomas, un traileur-rugbyman de Courbevoie a la gentillesse de sacrifier un peu de son temps pour strapper mon Lapin. Après 10 minutes de soins, nous voici repartis trottinant. Le strap ne fait malheureusement pas long feu : il se décolle très rapidement, ce qui le rend inefficace.

Km 40 – environ 8h de course, nous parvenons à atteindre l’arrivée du premier massif. Le ravitaillement de Vif qui nous attend correspond à l’arrivée des coureurs de l’Ut4M 40 Vercors. Une partie du peloton nous quitte, nous rappelant que nous avons choisi de gravir trois massifs supplémentaires.

Deuxième massif : Taillefer (km 40)

Sur cette portion de route, nous rencontrons Pierre avec qui nous passerons de nombreuses heures à discuter de sujets divers et variés. Pierre nous fait part d’un point de vue positif et idéaliste qui est rafraîchissant. Nous rallions ensemble le ravitaillement de Laffrey (km 54) où nous faisons le point sur les prochaines étapes. L’une des difficultés principales de la course nous attendra de nuit, un petit kilomètre verticale jusqu’au Pas de la Vache, avec une pente montante à plus de 15%.

Nous quittons le ravitaillement toujours en compagnie de Pierre, où nous avons une fois de plus été choyés par nos amis les bénévoles.

Quelques temps et discussions plus tard, la nuit tombe et le premier kilomètre vertical de l’épreuve ne tarde pas à se présenter. Je me sens vraiment très faible et suis incapable de parcourir ce kilomètres sans faire de pauses. J’ai l’impression que je peux faire un malaise d’un moment à l’autre.

De mon côté, j’ai mangé très énergétique au ravitaillement en prévision de la difficulté. J’étais en forme et me suis lancé avec vivacité dans cette montée, boosté par l’absence de douleurs en montée, et par le fait que je me donnais l’illusion de beaucoup remonter le classement.

Emir est loin de devant moi. J’ai besoin de lui. Je lui envoie un petit SMS et le voici qui me rejoint à 100 mètres du sommet.

Arrivé en haut, je me suis efforcé d’immortaliser la vue sur Grenoble depuis le pas de la Vache malgré le froid et le vent. J’espérais que Carole me rejoigne rapidement afin de ne pas avoir à redescendre en sens inverse. A la réception de son SMS, je n’ai pas pu y couper, et ce n’était pas plus mal de me remettre à bouger.

Arrivés au sommet, il fait très froid et très venteux. Pas le temps de souffler un peu, nous repartons de plus belle afin de ne pas nous refroidir davantage.

Après une assez courte descente, nous atteignons le ravitaillement du Poursollet (km 76 – environ 18h de course) où un bénévole, reconverti en druide, nous accueille en nous proposant sa potion magique : un jus de pomme chaud épicé formidable ! Nous nous reposons une quinzaine de minutes sur des transats sans malheureusement parvenir à dormir, puis repartons.

Nous sommes très attentifs à la bonne gestion des frontales qui nous ont de nombreuses fois mis en difficulté dans le passé. Nous prenons soin de gérer les batteries afin d’avoir un éclairage suffisant pour deux nuits complètes. Sur ces chemins très techniques, il est particulièrement important de savoir où clairement nous posons les pieds.

En pleine nuit, nous atteignons un petit camp « de survie » militaire : certains se reposent, d’autres s’assurent du chronométrage et du passage des coureurs. Ceux-ci nous proposent une saucisse grillée sur un mini barbecue de fortune. Il est environ 4 heures du matin. Sur l’Ut4M, la notion d’heures fixes des repas telle que nous la connaissons n’existe pas.

Quatre kilomètres nous séparent de la base de vie de Rioupéroux, ainsi que 1500 mètres de dénivelé négatif. Cette descente s’annonce la plus rude et la plus longue de l’aventure …

Cette descente me vaut une belle baisse de moral que je fais subir à Carole. Mes genoux me font souffrir et ça n’en termine pas. Les lacets que nous traversons sont aussi techniques qu’identiques, ce qui en fait pour moi la portion de course la moins agréable du parcours. La vidéo vous en dira davantage.

Le jour se lève enfin. Nous pénétrons dans une forêt interminable. Les kilomètres défilent à une vitesse extrêmement lente (nous avançons à moins de 2,5 kilomètres / heure). Je suis sujette à de violentes hallucinations : les chemins de terre deviennent des routes de bitume et les arbres des bases de vie ! Je finis par ne plus ouvrir ma bouche car j’en ai assez de faire de fausses joies à Emir en annonçant ces oasis. En fin de descente, nous sommes rejoints par Vincent avec qui nous partageons ce moment de douleur.

Ravito spécial lapins, une première !!

Ravito spécial lapins, une première !!

Après 23 heures et 46 minutes de course, nous parvenons à regagner la base de vie (la vraie, pas un mirage !) où, surprise ! Les bénévoles nous ont préparé un ravito spécial Lapins Runners, à savoir une boîte à chaussures contenant quelques carottes épluchées. Nous croisons Mathilde, une autre SEF revenant d’une sieste d’une heure et avec une pêche d’enfer. Nous ressemblons certainement à deux masses informes à oreilles comparés à elle. Je décide de troquer mes FiveFingers Trek Ascent contre mes nouvelles Saucony Xodus que je vais inaugurer elles-aussi. En effet, une imposante ampoule percée au talon gauche me signale la nécessité de porter des chaussures avec amorti, lesquelles me permettront de courir à nouveau. Après une bonne assiettée de pâtes et une barre Energize aux cookies nous repartons avec l’ami Vincent. Nous ne prenons ni le temps de nous doucher, ni le temps de nous reposer un peu: après 45 minutes passées sur la base de vie, il faut filer !

Troisième massif : Belledonne (km 89)

Cette portion de l’épreuve démarre sur les chapeaux de roue. Comme depuis le km 0, nous ne savons jamais trop à quoi nous attendre et avons étudié le parcours de manière très succincte. Nous n’avons retenu que le schéma de base, à savoir : « ça monte et descend 4 fois ». Ce troisième massif débute donc par un joli kilomètre vertical réparti sur 2,8 km. Nous marchons d’un bon pas, ce qui maintient notre cardio très haut. Après une bonne demi-heure de montée, nous faisons la rencontre d’un militaire qui nous annonce : « c’est bien, il vous reste la moitié environ ». Ah tiens, nous espérions avoir couvert au moins les trois quart … Nous concluons qu’il a certainement tort.

La montée est rude et, comme pour toute montée après 25 heures de course, celle-ci nous semble plus longue qu’elle ne devrait être. A chaque lacet grimpé, Carole me demande « alors, tu vois le haut ? »

Vue du haut du kvNous atteignons finalement le sommet après « seulement » deux heures de grimpe et sommes récompensé d’une très belle vue. Nous perdons malheureusement Vincent dans la montée, qui, pensons-nous, nous rattrapera rapidement.

Notre parcours est à présent confondu avec celui des coureurs de l’Ut4M 90, lesquels ne vont pas tarder à prendre le départ. Nous nous faisons doubler par les premiers coureurs, parmi lesquels Rachid El Morabity, rencontré pour la première fois au Marathon des Sables.

Après l’ascension à la Croix de Chamrousse où nous sommes accueillis tels des rock stars, nous décidons de nous reposer un peu. Emir est fatigué et une sieste ne pourra nous être que bénéfique.

Emir se fait examiner par un médecin qui lui diagnostique un problème au ménisque gauche. « Pour moi, tu ne termineras pas », dit-il. Le Lapin est bien décidé à lui prouver le contraire.

Après une sieste de 15 minutes, nous nous apprêtons à quitter le stand de ravitaillement, quand soudain nous rencontrons Vincent, qui nous annonce son abandon des suites de douleurs à l’épaule notamment. Qu’est-ce que nous sommes déçus pour lui ! Vincent prend la chose avec beaucoup de sagesse.

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Le massif de Belledonne nous offre des paysages enchanteurs

Passés 9 km, nous regagnons un point d’eau où nous retrouvons Stéphanie (lancée sur l’Ut4M 90) dont j’ai fait connaissance sur le groupe facebook « Trail entre Elles » quelques jours avant l’épreuve.

2015-08-22 14.38.48C’est reparti pour une nouvelle ascension, et pas des moindres ! Nous nous apprêtons à crapahuter le grand Colon. La montée est relativement courte mais l’effort est intense. Malgré les encouragements des coureurs du 90, encore frais, je dois m’arrêter à plusieurs reprises.

Une fois arrivés au sommet du Grand Colon (km 105), nous prenons peu de temps pour admirer le panorama puis nous attaquons à … la descente du massif de Belledonne ! 2000 mètres de descente sur 15 kilomètres, avec évidemment quelques passages à plus de 15 %.

La descente est, comme toujours sur l’Ut4M, hyper technique et sollicitent les chevilles et genoux à très forte dose. Emir semble vraiment à bout.

L’état de mes genoux du jour transforme toutes mes descentes en calvaire. Dans ces moments, je suis fort heureusement soutenu par Carole qui m’aide à garder en tête notre objectif commun, garder le cap, la lucidité nécessaire à poursuivre l’aventure. En effet, même s’il n’est pas question d’abandonner après tant de chemin parcouru, il est difficile de ne pas remettre en question la pertinence du moment lorsque l’on souffre et ne prend aucun plaisir.

A force de parcourir les kilomètres, nous commençons à nous interroger sur l’emplacement du fameux ravitaillement que nous pensions atteindre bien plus tôt. Emir n’ayant pas rechargé sa poche à eau, nous devons économiser nos ressources et partager ma poche qui montre également des signes de fatigue.

Après maintes hallucinations et une petite portion de bitume, nous parvenons à regagner le stand de ravitaillement où nous pouvons enfin recharger nos deux poches ! Nous faisons état du chemin parcouru : « seulement » 2 400 m D+ et 52 km avant de fouler la ligne d’arrivée !

Nous repartons, ayant pour ambition d’arriver à Saint Nazaire pour 21h00. En pratique, les choses s’annoncent comme toujours plus complexes : il faut faire quelque chose pour soulager Emir. Je ramasse de grands bouts de bois et les lui tend afin qu’il s’en serve de bâtons. La tentative est un échec : Emir se fait mal à la hanche et aux genoux.

Lors des premières minutes avec les bâtons, je sens un soulagement et une certaine capacité à avancer plus vite. Ma technique est totalement anarchique et je prends mes appuis au hasard sans synchronisation. Je me rends compte rapidement que je ne vais malheureusement pouvoir les garder : la technique de descente avec les bâtons ne s’improvise pas, particulièrement s’il s’agit de palier à une douleur. Je me rends également rapidement compte que si je les conserve longtemps, je risque de me créer des ampoules sur les paumes de mains. Je m’en sépare donc et poursuis avec ce qu’il me reste de genoux.

Heureusement, notre ami le bitume est présent sur ce tronçon du parcours et nous parvenons à courir à une allure nous semblant très correcte.

La nuit commence à tomber et, par soucis de gestion des ressources, nous retardons la sortie des frontales. Erreur de base : en montant un trottoir, Emir fait une chute et s’étale au sol. Décidément, il aura eu son lot de souffrances ce week-end !

Malgré les légères blessures, nous continuons notre chemin en courant (!) et regagnons la base de vie n°2 à Saint Nazaire aux alentours de 21h50. Nous sommes une fois de plus accueillis avec beaucoup d’attention. Nous nous sustentons d’une bol de pâtes enrichies en huile d’olive, testons quelques nouvelles barres énergétiques et repartons nous attaquer à notre dernier massif, de nuit. Nous ne pouvons crier victoire trop vite car les barrières horaires ne nous perdent pas de vue, et les deux inconnues restantes pourraient causer des dégâts : le kilomètre vertical restant et la gestion de la seconde nuit d’effort sans sommeil.

Quatrième massif : Chartreuse (km 126,2 km)

Nous voici donc sur le chemin du quatrième et dernier massif. Nous sommes toujours aussi actifs en marche et assurons dans les montées. Nous avançons en file indienne dans un petit peloton de 4 traileurs (Pierre et Didier, si vous nous lisez …) dans des lacets raides et étroits. Ce n’est pas le moment de manquer d’attention.

Au bout de 12 km, un coup de barre énorme nous heurte de plein fouet. Nous n’avons plus la force de continuer jusqu’au stand de ravitaillement et une sieste s’impose comme une évidence absolue. Nous décidons de nous arrêter en plein parcours, nous allonger sous un buisson pour faire une sieste de 20 minutes. Nous peinons à nous endormir car beaucoup de coureurs qui passent par là, nous fixent armés de leur frontale et nous demandent si « everything is OK ? ».

Après cette sieste très réparatrice, nous sortons de notre buisson et nous remettons en route. Il est 2h10 et Emir m’annonce que la barrière horaire est à 4h00. Quand on ne sait pas où est situé le prochain checkpoint et qu’on est habitué des routes interminables et kilomètres à rallonge, on commence à se méfier ! Vite, vite, nous accélérons le pas et regagnons le stand du Habert de Chamechaude 2 kilomètres plus loin (km 151 – 43h de course).

Nous faisons un ravito fruitier à base de pastèques et d’oranges. Les bénévoles se plient en quatre pour nous satisfaire. Un bénévole remplit notre gobelet, un second touille notre café…

Il est presque 3h00 et nous ne sommes pas larges du tout sur les barrières horaires. Nous reprenons notre route avec plusieurs coureurs car c’est évidemment plus sympathique et que nous n’avons pas besoin de repérer nous-même le chemin. Le balisage a beau être très clair, en pleine nuit et avec la fatigue, le trouver n’est pas toujours chose limpide.

Nous grimpons la caillasse lors de la dernière montée du parcours à plus de 15% : Chamechaude. Nous accédons à un checkpoint représenté par un unique et courageux militaire dans un passage montagneux sinueux, qui note sur un bloc-note notre passage. En haut, le froid nous glace les os et le vent d’une très grande force ne nous laisse pas en place ! Nous ne perdons pas de temps et redescendons aussitôt. Lors de cette descente périlleuse, au vent très fort vient s’ajouter la pluie !! Les roches qui jonchent nos sentiers deviennent aussitôt glissantes, ce qui présent un risque supplémentaire de chute. Emir muni de genoux instables et de chaussures slicks me fait quelques frayeurs à déraper.

Je profite de ce passage pour rendre un petit hommage à mes chaussures défuntes. Tant de kilomètres parcourus ensemble : un marathon des Sables, deux 6000D, deux Saintélyon, un Ut4M 160 …

RIP chaussures de Trail

chaussures dead

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La pluie finit par cesser. Emir ne se sent pas bien. Je le vois marcher de manière instable tel un zombie et ses pupilles partir en vrille. je lui ordonne de s’asseoir, puis le voici qui perd connaissance !

Ceci n’est pas ma version des faits. Je pense m’être tout simplement endormi :p.

Alexandre, un coureur du 90, vient à notre secours accompagné d’autres coureurs et informe le PC course qu’Emir rencontre des difficultés et qu’un examen éventuel est nécessaire.

Emir se réveille et semble aller beaucoup mieux. Alexandre, grand samaritain du trail, consacre une portion de son parcours à tenir Emir pour s’assurer qu’il poursuive en toute sécurité. Nous gagnons le stand de ravitaillement du Sappey 3 kilomètres plus loin.

Arrivés au stand, les bénévoles qui ont été prevénus par le PC course de l’état de santé du Lapin ont l’interdiction de le laisser repartir car son état a été jugé alarmant. Emir ne parvenant pas à contacter le PC sécurité afin de les informer de l’amélioration de son état de santé, les bénévoles finissent par reconnaître qu’il va beaucoup mieux et qu’il est apte à continuer la course. Gros soulagement, nous pouvons repartir !

Evidemment que j’étais apte à repartir, je me suis juste endormi un petit peu :p

Cet épisode nous a néanmoins fait perdre un temps précieux. Les bénévoles nous préviennent que nous ne devons pas traîner si nous voulons passer les barrières à temps.

Commence alors une marche hyper active ! Je suis super très stressée et inquiète.

Je confirme, la Carole de ce passage est radicalement différente de la précédente. Elle est animée d’une énergie incroyable et semble comme neuve sur le plan physique. Je vois bien que l’objectif prioritaire est de franchir la ligne dans les temps, et la tension dans l’air me fait comprendre que nous n’avons pas droit à l’erreur !

Je n’ai aucune envie de nous voir stopper à ce stade là de l’épreuve. Le chrono m’importe peu mais finir est trop important !! Résultat, nous doublons considérablement en côte. Cela ne paraît pas, mais, il y a bientôt 48 heures que nous avons pris le départ de la course !!

Nos efforts sont finalement récompensés : nous passons les barrières très confortablement au Col de Vence – km 157,2.

2015-08-23 09.47.57Suivent alors une ultime ascension puis une interminable descente avec vue en hauteur sur Grenoble. Dans la mesure où nous sommes à l’aise au niveau de la barrière finale et que nous avons mal aux pieds, nous décidons de marcher.

Nous atteignons le fort de la Bastille. Il reste encore quelques lacets à parcourir sur des petits gravillons qui picotent les pieds et nous entrons dans la ville. Nous croisons beaucoup de coureurs locaux, sortis pour leur petit #morningrun. Nous concernant, nous réalisons à peine l’heure qu’il est tant la notion du temps nous est devenue abstraite.

Arrivés en ville, nous sommes escortés par un bénévole cycliste qui nous indique le chemin et coupe la circulation pour afin que nous puissions passer sans encombres.

Nous prenons une passerelle, dernière « difficulté » (le mot est fort vu tout ce qu’on a supporté) avant d’arriver au parc du palais des sports. Nous retrouvons l’ami Vincent qui nous rejoint immortalise notre arrivée en filmant.

Je rêvais d’avoir assez de force pour faire un sprint et il semblerait que nous en avons encore tous les deux ! Nous fonçons direction ligne d’arrivée, allongeant la foulée. Je nous sens invincibles !! Quelle extraordinaire sensation !

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Nous passons la ligne d’arrivée sous les acclamations incroyables de tous les supporters ! NOUS AVONS REUSSI !!

 

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Aussitôt, des sentiments contraires m’envahissent. Je suis heureuse d’avoir terminé car c’est un accomplissement dont je suis très fière et car nous allons enfin pouvoir nous reposer ! Mais la nostalgie me tombe dessus, car le passage de cette ligne marque la fin d’une aventure extraordinaire, le retour en région Parisienne, la reprise du quotidien : vélo-boulot-dodo.

Pendant 51h30, nous étions sur autre planète, complètement hors du temps. Le retour à la réalité promet d’être difficile, d’autant plus que nous quittons une si belle région que nous venons de découvrir !

Pour moi, cette arrivée symbolise beaucoup de choses qui se bousculent dans ma tête. Tout d’abord c’est un véritable soulagement car 160 kilomètres d’effort, c’est long, très long. C’est l’accomplissement qui est enfin là et que je peux enfin ressentir, presque palper. C’est la pression qui redescend après avoir érigé le grand Ut4M au rang d’objectif de l’année. C’est aussi la sortie de la bulle dépaysante et hors du temps que nous avons intégré pendant 51h30. C’est évidemment le difficile retour à la réalité, la difficile descente après avoir atteint un sommet.
Avec le recul, ce fut un moment grandiose au cours duquel nous avons traversé tout type d’émotions possible : joie, peur, colère, déception, douleur, courage, réconfort, pression. Un moment commun que nous avons écrit tous les deux. S’il y a bien un évidence, c’est que nous nous en souviendrons à jamais !

Voici ce défi 2015 accompli en beauté. Durant toute l’épreuve, je n’ai cessé de croire en notre victoire. Je ne nous laissais pas la possibilité de baisser les bras et d’abandonner. Notre ténacité a payé.

La vidéo : 51h30 en moins de 20 minutes !


Nous adressons nos plus sincères félicitations aux coureurs de l’Ut4M, toute distance confondue, finishers ou non. Nous adressons également nos plus sincères félicitations aux organisateurs et bénévoles qui ont fait un travail absolument exemplaire ! Soyons fiers de nous, de ce beau moment de sport et de partage dont nous avons été auteurs et acteurs !

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Un immense merci à vous les amis.

Vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre, et ça, ça n’a pas de prix. Nous sommes très heureux de partager cette aventure avec vous, de vous inspirer, de vous faire découvrir de belles choses à vivre.

Les amis, dites nous en commentaire ce que nous pouvons vous proposer, comment nous pouvons enrichir nos médias de vous intéresser toujours plus. Cela nous tient vraiment à cœur.

Au programme prochainement :

  • La Louis XIV, nouvelle course en région parisienne à découvrir sur le blog et en vidéo
  • un concours surprise à paraître très bientôt, le 31/08
  • … et de nouveaux tests d’équipements et alimentation du sportif !

Pour la suite, nous sommes en perpétuelle recherche de défis à saisir. N’hésitez pas à nous soumettre vos idées en commentaire, nous sommes toujours preneurs 😉

A très bientôt les amis !

Les Lapins Runners.

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A 4 jours du plus grand ultra de notre vie : l’Ut4M 160

160kmlapinsChers amis,

Si vous nous avez suivi ces derniers temps, vous le savez certainement : dans 4 jours, nous nous attaquons à un colosse de l’ultra trail, que dis-je, une péninsule ! J’ai nommé : l’Ut4M 160.

L’Ut4M 160, est le nom de code pour l’Ultra tour des 4 Massifs. C’est LA course qui rallie les 4 massifs montagneux encerclant la ville de Grenoble, à savoir : Vercors, Taillefer, Belledonne et Chartreuse. Nous retrouvons un parcours et un profil de course qui n’ont rien à envier à l’UTMB. Regardons de plus près :

profil ut4m 160

Parcours ut4M Lapins

 

 

Alors les amis, c’est plutôt lourd n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, nous n’avons pas le vertige. Passons maintenant aux quelques chiffres de l’événement !

 

L’Ut4M 160 en chiffres :

 

  • 4 Massifs à découvrir
  • 168 km à parcourir
  • 10 000 m de dénivelé positif à grimper
  • 53 heures pour en venir à bout
  • Un nombre incalculable de paysages à couper le souffle
  • 381 inscrits qui ont les crocs dont :
    • 7% de femmes et 93% d’hommes
    • 2 Lapins Runners
  • 1 équipe d’organisation au taquet
  • 762 frontales + 3 048 piles et batteries
  • 133 350 €* d’équipement de trail
  • 450 kilogrammes* de bananes
  • 382 bénévoles* accueillant

Vous l’aurez compris, c’est de l’ultra-lourd (jeu de mots).

* les chiffres marqués d’une étoile sont des hypothèses inventées de toutes pièces par les Lapins

 

Retour sur notre prépa

Comme vous le savez certainement chers lecteurs, nous ne sommes pas les champions des prépas rigoureuses, mais plutôt des adeptes du feeling. Cette fois-ci fait presque exception à la règle.

A l’origine, nous nous sommes inscrits à la 6000D (63 km, 4 000 m D+) et à l’EDF Cenis Tour (77 km, 3 900 m D+) en tant qu’objectifs à part entière, au feeling et à l’envie comme c’est toujours le cas chez nous. Après réflexion, nous nous sommes aperçus que ces courses, compte tenu de leurs dates, constituaient une prépa tout à fait adaptée en vue du grand Ut4M. Nous avons terminé ces deux courses avec des chronos satisfaisants et dans de bonnes conditions, ce qui nous a conforté sur le fait que nous étions fin prêts à affronter le boss final.

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Notre état d’esprit à J-4

Je me sens bien, je suis sereine. A tort peut-être, dans la mesure où je ne me suis jamais attaquée à une épreuve de cette envergure. Comme le dit Emir, en termes de distance et de dénivelé, c’est comme si on enchaînait 2 fois et demi la 6000 D.

Je suis hyper enthousiaste à l’idée d’accomplir tout ça et impatiente de pouvoir dire : « on a réussi ! ». Je pars positive et dans l’idée que nous serons finishers. J’estime que partir défaitiste ne peut être que négatif. Les barrières horaires sont assez larges et j’ai confiance en notre mental. Depuis nos débuts en ultra, nous avons beaucoup progressé sur ce plan là.

S’il y a une chose que je peux redouter, c’est le moment où nous allons commencer à fatiguer (mentalement et physiquement) et donc à devenir irritables. Nous devons réussir à prendre du recul, relativiser et ne pas nous embrouiller pour des broutilles (broutilles du type : la frontale ne marche pas, je n’arrive pas à ouvrir l’emballage de ma barre, la montre n’a plus de batterie, etc). Nous ne devons pas oublier que nous sommes là avant tout pour passer un bon moment et que les difficultés que nous traverserons ne seront que très provisoires et très minimes comparé au sentiment d’accomplissement que nous aurons en fin d’épreuve.

Je me suis laissée regarder la liste des Séniors féminines en lice sur l’Ut4M 160 et il se trouve que nous sommes seulement 9 à prendre le départ. Parmi les 9, il n’y a pas de nom qui font « peur » d’office : noms à consonance étrangère, noms de traileuses élites (en tout cas, pas à ma connaissance). J’ai même la prétention de croire qu’un podium dans ma catégorie n’est pas tant hors de portée que cela. Assez rêvé, Carole, redescends de ton petit nuage et tiens-toi-en à l’objectif initial : passer la ligne d’arrivée.

Je me sens bien, mais peut-être un peu moins qu’à l’approche de la 6000D et l’EDF Cenis Tour. La raison est simple : j’étais dans une dynamique d’entraînement et d’alimentation bien plus rigoureuse que l’actuelle, à quelques jours de l’Ut4M. Cela dit, je ne stresse pas alors que nous allons aborder une épreuve qui comporte un bon lot d’inconnues. Nous n’avons jamais :

  • traversé plus d’un jour et une nuit ensemble sur un ultra, et il y a de bonnes chances que nous devions traverser deux nuits lors de l’épreuve. Inconnue n°1 : si nécessaire, savoir gérer l’état de l’autre en plus de son propre état, dans un état de fatigue physique et mentale.
  • même individuellement, dû gérer le (manque de) sommeil sur une durée aussi longue. J’ai connu lors de ma TDS les effets négatifs que le manque de sommeil pouvait avoir sur mon mental et je crains maintenant leur puissance. Inconnue n°2 : l’impact du manque de sommeil sur nos capacités physiques et mentales.
  • abordé un effort d’une telle longueur et ne connaissons donc pas la capacité de nos corps à y survivre (leur manière de réagir). Continue-t-on d’apprécier la chose ? Conservons-nous assez de lucidité pour s’accrocher à l’objectif ? Inconnue n°3 : l’impact physiologique et mental d’un effort d’une durée aussi longue.

Ces éléments devraient certainement causer de l’inquiétude, mais ce n’est pas vraiment le cas. J’espère vraiment ne pas voir là un manque d’humilité, ce qui m’a coûté ma course lors du trail Yonne. Je suis cependant bien mieux préparé et je crois que mon corps n’attend que ça : se dépasser et terminer la saison des ultras sur une note titanesque, en passant la ligne avec Carole !

 

Notre stratégie de course

L’objectif idéal est bien entendu de faire l’épreuve ensemble de bout en bout et passer la ligne d’arrivée main dans la main. Néanmoins, en deux jours d’épreuve, nous ne sommes pas à l’abri d’aléas qui tenteront, à coup de réalisme aussi rigoureux qu’imprédictible, de venir contrecarrer nos plans optimistes de type « happy ending ». De nombreuses questions restent en suspens :

La gestion du sommeil en duo : Que ferons-nous si l’un de nous deux a besoin de dormir ? Faudra-t-il que l’autre se repose aussi quitte à se frustrer ? Ou bien continuera-t-il sa route en espérant être rejoint par la suite ?

En cas de blessure : Si l’un de nous deux se blesse, le second aura-t-il l’envie et la force de continuer seul ?

En cas de conflit : Si nous entrons en conflit pendant l’épreuve, faudra-t-il poursuivre ensemble ? Faudra-t-il opter pour une séparation provisoire en espérant des retrouvailles dans de meilleures conditions sur la ligne d’arrivée ?

 

Notre équipement

Le challenge minimalisme : comme si le challenge n’était pas déjà assez compliqué, j’ai décidé de rajouter du piment et de tenter l’épreuve intégralement en minimalistes. Je prévois de laisser sur une base vie une seconde paire de Five Fingers Spyridon au cas où la première me « lâcherait » en cours de route (même si je n’y crois pas beaucoup) et pour me rassurer aussi. Sur une seconde base de vie, je prévois également de laisser une paire de trails dites « classique » au cas où je n’en pourrais plus de porter de Five Fingers, et pour me rassurer aussi. 🙂

Le challenge reportage : en plus de l’équipement obligatoire provenant en grande majorité de chez Décathlon (rapport qualité / prix oblige), je vais devoir assurer le reportage. Pourquoi devoir ? Parce que je ne pourrais pas ne pas repartir les poches remplies de souvenirs et partager tout cela avec vous dès notre retour. Mon challenge : gérer l’énergie. Je vais donc emporter 6 batteries de GoPro pour le film.

Le challenge trace GPS : nous avons deux montres Tomtom et un smartphone Samsung pour essayer d’obtenir une trace GPS complète de l’UT4M. Nous allons donc transporter des charges et 3 batteries portables, de 9000, 3000 et 3000 mah afin de recharger tout ceci pendant la course.

Le challenge sans bâtons : nous ne sommes pas adeptes des bâtons (encombrant pour soi lorsqu’inutilisés, pour les autres lorsqu’utilisés) et ne savons pas nous en servir. Nous ferons donc la course sans bâtons, même si cela doit nous coûter nos quadris !

Les amis, puisqu’un soutien n’est jamais de trop, n’hésitez pas à nous suivre sur le lien suivant (dossards 284 et 285) et à nous encourager via les réseaux sociaux !

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A très vite pour le grand jour !

Les Lapins Runners.

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La revanche des Lapins Runners à la 6000D version glacier

6000d-2015Il était une fois un samedi 27 juillet 2013, deux Lapins Runners qui couraient pour la toute première fois de leur vie un ultra trail : la 6000D. Ignorant le concept de barrières horaires, ils s’étaient fait arrêter au km 34, à l’issue du célèbre glacier de Bellecote. Ils s’étaient alors promis de prendre leur revanche l’année suivante sur cette épreuve qui les avait « piégés » par surprise, profitant de leur jeunesse et leur naïveté (humour). En 2014, les Lapins Runners finirent cette même course sur le fil du rasoir. Malheureusement, en raison des conditions météorologiques défavorables, l’organisation ne permit pas d’inclure l’ascension du glacier au parcours. Toujours pas rassasiés, ils retentèrent leur coup un fameux 25 juillet 2015, priant que le glacier ne passe pas à la trappe une fois de plus….

5h40. Nous sommes placés sur la ligne de départ. Pour une fois, nous sommes bien à l’heure et notre avance nous permet de nous positionner en début de sas. Cet emplacement est la garantie que nous serons 2015-07-25 06.03.10gênés à moindre mesure lors du premier passage étroit dans la forêt, lors des premiers kilomètres. Nous retrouvons Virginie et Alain et discutons en attendant le départ. Virginie et moi sommes assurément les deux seules à courir la 6000D en chaussures minimalistes. Virginie semble sereine, je le suis beaucoup moins. C’est en effet la première fois que je m’attaque à un ultra montagnard en minimalistes. J’ai opté pour mes VFF Spyridon, un modèle qui m’a déjà accompagnée sur deux ultras : the trail Yonne 110 km et l’Eco-Trail de Paris 80 km. Revenons en aux faits. Le départ est finalement donné a 6h24 (au lieu de 6h00) pour des raisons qui nous échappent (retard de Madame le Maire ? Décision tardive d’inclure ou non le glacier au parcours ?). Pour le 25e anniversaire de l’événement, nous assistons à un sympathique lacher de ballons dans le ciel. Nous partons sur une base de 5,30min/km avant le début des hostilités : les premières montées. Nous essayons alors d’esquiver habilement ceux que nous appelons les « bâtons men », ces derniers occupant une généreuse portion de l’espace, et exigeant toute notre concentration. Je redoute plus que tout que l’un de ces coureurs enfonce son bâton dans mon pied ou me donne un coup dans les jambes. Mes craintes sont avérées : je me retrouve d’un coup d’un seul un bâton entre les cuisses ! Je me promets à nouveau de ne jamais porter de bâtons sur ce type d’épreuve tant ils sont sources de gène, d’inquiétude et d’énervement pour moi.

2015-07-25 08.57.43Nous marchons d’un bon pas sur les montées et regagnons rapidement la Plagne Montalbert (km 9), où nous sommes accueillis aux sons caractéristiques des cloches savoyardes et des encouragements : « ce sont les lapins de l’année dernière ! ». Nous atteignons la piste de bobsleigh et constatons ravis que, du fait de notre avance, la foule de supporters est bien plus présente que les années passées. Nous y retrouvons Valou, venue supporter son mari et nous par la même occasion.

Au km 16, nous apprenons par le biais d’une pancarte posée sur le parcours que l’ascension au glacier est maintenue : quel soulagement ! Nous sommes justement venus pour lui !

Je commence ensuite à avoir très mal au ventre. La veille, j’ai avalé une quantité de pain complet trop importante et n’ai pas fini de digérer. Cette gène ne me permet malheureusement pas de prendre mon pied dans la jolie descente conduisant au ravito de la Plagne Centre (km 19). Nous conservons tout de même une belle avance d’une heure par rapport à l’année dernière, ce qui n’est pas sans nous déplaire ! Passage aux commodités oblige, tandis qu’Emir recharge les poches à eau de mon camelbak. Nous voici aussitôt repartis. La forme, du fait très certainement des maux d’estomac toujours présents, est très loin de ressembler à celle des premiers kilomètres.

Nous retrouvons mes parents venus nous supporter peu avant d’atteindre la Roche de Mio (km 25). Cela fait beaucoup de bien de les voir tout vigoureux. J’aimerais qu’ils m’injectent une bonne dose de leur énergie. A ce stade-là, je me sens tellement mal que j’ai envie d’abandonner… Je ne prends pas de plaisir et sens que les choses ne vont pas aller en s’améliorant. « Je fais le glacier, je verrai bien ensuite » me dis-je. Mais une chose est sûre : je ne veux surtout pas mettre en péril la course de mon lapin qui cavale sans difficulté.

Voici le moment que nous attendons depuis deux ans : l’ascension du glacier de Bellecote (km 26). Ce n’est pas le moment de flancher. Emir s’attelle aux montées tel un chamois tandis que je lutte à chacun de mes pas. Le peloton est dense et nous montons tous en file indienne, excepté ces quelques rares coureurs chamois qui se frayent des chemins sur les côtés. Devant moi, un homme qui marque des pauses « toutes les deux secondes », ce qui me coupe les jambes et m’oblige à relancer. J’ai perdu de vue Emir depuis un long moment. Je me revois alors il y a deux ans sur ce satané glacier, seule sans Emir, entrain de pleurer tellement je souffrais. Je m’efforce de ne pas regarder en l’air pour ne pas constater l’étendue du travail qu’il me reste à fournir. Les foulées hésitantes et affaiblies défilent tant bien que mal. La fin du calvaire est proche. J’entends mes parents m’encourager. Ca y est, j’y suis arrivée. C’est déjà une première et sacrément belle victoire. Lapins 1 – Glacier 0 !

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Les Lapins Runners 1 – Glacier 0 !

A peine arrivée, je ressens un énorme coup de mou. Le glacier m’avait tenue en haleine dans la mesure où il retenait toute mon attention. Mais avec la pression qui retombe d’un coup, je manifeste une soudaine baisse de régime. C’est le moment de commencer a m’alimenter. Ayant eu très mal au ventre jusqu’à présent, je ne pouvais rien avaler. Allez hop, j’engloutis une Clif bar aux noix de macadamia et les effets sont soudains. La forme revient d’un coup. Je me sens beaucoup mieux, j’ai l’impression que ma vue s’améliore net comme cela m’arrive parfois sur les courses, après quelques carrés de sucre. Je suis beaucoup plus fraîche pour descendre le glacier. Nous regagnons le col de la Chiaupe plus que dans les temps. Cela fait « trop plaisir » de constater nos progrès par rapport aux éditions passées. Au check point, une marmotte géante déjà croisée l’année passée nous propose un shot de vin, que nous refusons bien évidemment ;). Nous prenons le temps de discuter avec les bénévoles et sommes tellement heureux que la perte de quelques minutes sur notre chrono nous importe peu.

Nous repartons tout fringant dans les descentes. Mes pieds n’ont subi aucun dommage, y compris sur le glacier ! Cette première partie de course en minimaliste s’est faite comme dans du beurre. Seule la lourdeur des jambes nous ralentit.
Nous descendons jusqu’à Bellecote où Virginie, très à l’aise sur le D-, nous rattrape. Je me sens tellement lente à côté d’elle ! Passé Bellecote, je commence à avoir assez mal aux « coussinets » des pieds à force de taper dedans. Notre vitesse est loin d’être exceptionnelle mais nous progressons toujours en courant.

Arrivés à Montchavin au km 54, nous sommes acclamés par les sympathiques villageois et bénévoles qui nous reconnaissent également. Je m’attarde sur le stand de ravitaillement où j’avale une mixture-maison fort intéressante : des carrés de sucres aux noisettes.

Place à la dernière ligne droite : c’est parti pour d’interminables kilomètres en forêt ! Les chemins monotrace agrémentés de racines nous obligent à ralentir.

Cette 6000D ne fait décidément pas 63 km ! Nous sommes larges sur les barrières horaires mais Emir ne souhaite pas « fermer la boutique », comme en 2014. Nous regagnons une piste cyclable, signe de notre arrivée imminente à Aime. Papa et Maman sont là à l’entrée du village pour nous encourager. Nous traversons le centre ville. Les supporters crient tous en cœur : les lapins, les lapins ! Un homme secoue frénétiquement un présentoir de cloches savoyardes d’une boutique de souvenirs pour faire un maximum de bruit.

Dernière ligne droite, petit sprint et nous y voici : nous sommes finishers de la 6000D version glacier !

20150725_180335arrivée

Nous avons pris notre revanche sur 2013 et avons réalisé un bien meilleur chrono que l’an passé : 11h47 ! Je signe cette 6000D-glacier en minimalistes, un second challenge accompli !

20150725_180931medaillesUn grand merci à tous, vous qui nous avez encouragés d’une manière ou d’une autre ou qui nous suivez, que ce soit avant, pendant et après l’épreuve. Quel que soit le biais, de près comme de loin, virtuellement ou physiquement. Un grand merci a mes parents qui se sont démenés pour nous encourager sur 5 points du parcours ! Si ce ne sont pas des supporters de qualité !!

Mention spéciale du supporter haut de gamme pour les parents de Carole qui ont consacré leur journée à nous suivre. Palme du géographe statisticien pour le père de Carole, qui connait certainement mieux que nous même la course et nos temps de passage aux différents points !

Merci à toute l’équipe de la 6000D, à toute l’équipe bénévole qui oeuvre avant, pendant et après l’événement, faisant leur possible pour nous assurer des conditions de course optimales.

A l’heure actuelle, nous ignorons si nous serons à nouveau de la partie pour la 26e édition de la 6000D. Nous avons enfin ce sentiment d’accomplissement, ce sentiment de « boucle qui est bouclée ». Voyons voir ce que l’avenir nous réservera…

La vidéo, version longue !

D’ici peu les amis, nous vous raconterons le deuxième épisode de la série « Les ultras de la saison été 2015 des Lapins Runners » avec l’EDF Cenis Tour version 77 km. Cette 6000D s’inscrit dans notre préparation de l’UT4M dans sa version 168 Km et 10000m de D+, du 20 au 23 août 2015 : notre projet Ultra Trail le plus ambitieux jusqu’à présent !

D’ici là portez vous bien et à très bientôt pour les prochaines aventures !

Les Lapins Runners.

carottes petit