A l’attaque de la Vertigineuse TDS !

Avec OlivierOn me donne ce gilet. Un gilet vert portant la mention brodée en blanc : finisher TDS. Je l’aime déjà. Il m’est cher. C’est un symbole d’un accomplissement poussé par la force transmise par mes proches.

Je fais la bise à Olivier, nous nous félicitons. Cette sensation … c’est grand. C’est terminé.  je suis vidé physiquement mais c’est secondaire maintenant. Ce moment, je l’ai visualisé des milliers des fois au cours de ces dernières 32 heures. J’y ai cru avec foi, je l’ai perdu de vue, j’ai cru ne jamais le vivre, puis je finis par le retrouver.

Ces derniers mètres dans la ville. Une belle ambiance. Bientôt l’aventure s’achève. Je termine avec Olivier et ses proches. Grâce à eux les derniers pas sont plus faciles à vivre. J’ai hâte que ça se termine.

C’est pas si simple ces derniers kilomètres. On m’avait vendu du plat. J’y tenais. C’est pas ce que j’appelle du plat ça ! Bon, faut tout de même admettre qu’on est loin de la difficulté de la montagne. En temps normal, si je n’avais pas 112 km dans les pattes, ces derniers chemins me paraîtraient sûrement très faciles.

Dernier ravitaillement : Les Houches. Je m’apprête à entrer dans Chamonix. Je mange des trucs même si ça ne sert à rien et que je n’ai pas faim, juste au cas où. Je refuse de me dire que c’est gagné. Je suis à 8 bornes de la fin, mais justement, je suis à 8 bornes de la fin.

J’amorce la descente. J’ai 4 km à faire avec 800 de dénivelé négatif en forêt, chemins étroits et jonchés de racines. J’espère que je pourrai courir mais j’ai toujours le dos en vrac et mes articulations des chevilles veulent en finir au plus vite.

Avant la descente je croise Tony. Il a l’air frais. Il descend rapidement, un as des bâtons.

Ces chemins, c’est vraiment de l’escalade. C’est même pas des chemins ! Ce sont des pierres énormes posées les unes sur les autres.

Ah sympa la petite passerelle. Allez je me prends pour un aventurier. C’est fun et ça ne tangue pas trop.

On ne se rend pas compte à quel point c'est vertical !

On ne se rend pas compte à quel point c’est vertical !

Je l’ai fait ! Il me faut une photo de tout ça. Je remercie Tony qui m’a soutenu pendant que je peinais à monter. « Mon moral en a pris un coup » dis – je aux bénévoles tout en haut. « C’est normal, même Xavier (ndlr : Xavier Thevenard, vainqueur de l’UTMB l’année passée et grand favori sur la TDS cette année) après ça, il était plus calme ». Je crois que l’ultime difficulté est passée. J’ai le temps, je suis toujours en avance. J’ai bien cru que j’allais y rester sur ce col du Tricot, à peine 20 km avant la fin !

C’est tellement raide que je n’arrive pas à faire 20 mètres sans être dans le rouge. Je multiplie les pauses et je broie du noir. Je flippe, je vais me faire avoir 20 km avant la fin ? Je vais pas passer la barrière à ce rythme. P**** j’étais si près du but. Je veux pas qu’on m’arrête maintenant. En même temps, si je donne tout ce que j’ai, qu’est ce que je peux faire de plus. J’envoie des textos de détresse et je reçois de l’énergie. Je continue. J’y vais très lentement, mais sûrement. J’ai vraiment l’impression d’être le seul qui n’a pas de bâtons. Des randonneurs me doublent sans effort. Je continue ma lutte.

Alors c’est ça le col du Tricot ? C’est démesuré. Je regarde en l’air avec des yeux d’uranoscope et je vois des gens qui montent faire de grands et lents mouvements de bras avec leurs bâtons. Cette montagne énorme et ces gens qui la gravissent. Ça me rappelle le MDS sauf que là je suis seul et j’ai plus trop le moral.

Ça descend pas mal ici, ça fait du bien après cette escalade interminable. Il commence vraiment à faire très chaud. Je m’arrête et je mets tout ce que je porte dans mon sac, ou presque. Ce bon vieux t-shirt rouge kalenji me rappelle des souvenirs.

Quelle montée de dingue après les Contamines … ça ne s’arrête jamais de monter et descendre. Peut être que la fatigue influence mon jugement mais j’ai l’impression j’ai jamais vu de côtes aussi raides. Je double des concurrents qui marchent encore moins vite que moi. Ça me réconforte un peu. Je suis pas si lent on dirait. Je double une randonneuse qui tente de discuter avec son ami. L’essoufflement lui fait rapidement comprendre qu’elle ne pourra pas faire de longues phrases.

Je suis au ravito des Contamines. Un peu de ville après toute cette montagne. J’ai mal au ventre mais je mange quand même machinalement. Plus que 25 bornes je crois, un gros semi et environ 7h pour le faire. Ça devrait passer.

Je cours pas mal parce que c’est possible techniquement alors je me dis qu’il est bon d’en profiter. J’ai comme un petit regain d’énergie. J’ai mis de la musique pour me booster mais ça m’a fait mal à la tête alors je l’ai stoppée.

Le jour revient ! Ça fait un bien fou. J’ôte la frontale et je cours un peu pour gagner du temps. Il reste environ 30 km. C’est beaucoup mais j’ai fait le plus gros. D’ici une petite dizaine d’heures, c’est réglé !

J’arrive au ravito, enfin ce satané ravito c’est bien lui cette fois. Je fonce vers les toilettes qui sont à l’extérieur de la tente sur la gauche. Les bénévoles croient que je divague et que je rate l’entrée de la tente mais non, je sais très bien ou je vais. Une fois sous la tente, je ne m’éternise pas. Je suis porté par une certaine envie d’en découdre.

J’aurais tout essayé mais je n’ai pas réussi à franchir la nuit sans mouiller mes pieds. Je n’ai plus de chaussettes sèches. Le mal est fait. J’ai des ampoules énormes sous les deux pieds… finir va être un calvaire.

Qu’est ce qu’ils sont longs ces kilomètres !! Mais il est où finalement ce ravito ?? Ça fait bien 3 heures que je l’attends, que je l’ai aperçu au loin. C’est pas vrai !!

Ah le voilà enfin ! Après ce détour énorme me voilà enfin au ravito. Je l’ai aperçu il y a bien 3h cette petite tente au loin, en face, mais la nuit ne me permettait pas de discerner le chemin pour y accéder. Il a fallu contourner un énorme bassin par la droite pendant de longs kilomètres ! Bref j’y suis,  plus que 100 mètres. Hein ? … c’est une étable ?! Quel leurre !! C’est malsain de nous faire ça ! Il est où le vrai ravito ?? … je l’aperçois même pas … bon,  pas le temps de pleurer sur mon sort. C’est vraiment pas cool cet oasis des montagnes ! Je m’en souviendrai tiens !

Les kilomètres dans la nuit sont longs… je grimpe à mon rythme et j’essaie de ne pas mouiller mes pieds ce qui nécessite une certaine attention portée sur le sol. Je constate que je double, ça me réconforte un peu.

Au point de contrôle, je change de chaussettes. Il ne faut pas que j’ai les pieds mouillés ou les ampoules me tueront !

Je traverse des chemins sinueux. Parfois je sens et j’entends l’eau claquer sur la roche à ma gauche. Ça a l’air haut. Je crois qu’il vaut vraiment mieux ne pas tomber ici. Y’a un type devant moi qui semble à bout de forces. Je tente de discuter mais la TDS a eu raison de sa sympathie.

Ma frontale n’éclaire plus malgré le changement de piles. Finalement, heureusement que j’en ai deux. Je range la Silva et je mets la Petzl. Je vois beaucoup mieux !! Quel réconfort que de bien voir !

Je crois que j’ai bien failli mourir cette fois. Je suis complètement chargé d’adrénaline, je ne sens plus rien. En voulant éviter une flaque énorme, j’ai fait un saut incontrôlé. Je me suis senti glisser sans aucun appui. Mes réflexes m’ont fait agripper deux touffes d’herbes qui m’ont empêché un aller simple pour le ravin… Je me relève, je me retourne. Il y a du monde derrière moi. Silence. Personne ne relève ce qu’il vient de se passer. C’était peut être normal. Je continue ma route.

Toujours dans un petit peloton qui discute bien et qui semble en forme, je traverse une épreuve difficile. Il doit être 3h du mat. Pas de difficulté particulière sur la course mais j’ai un gros coup de barre. Je m’arrête un peu au milieu de nulle part, à bien . Je commence à avoir froid. Je mange une barre en pensant que ça va peut être me réveiller… Je suis cerclé par l’inconfort. J’ai sommeil donc j’ai du mal à continuer, mais si je m’arrête, j’ai très froid. Qu’est ce que je fous là… je donnerais beaucoup pour un lit au chaud. J’espère que ça va passer. J’aurais du prévoir un truc perso (citronnade ou cocaïne) pour me réveiller la nuit… à défaut de pouvoir changer les choses, je me dis que j’y penserai pour une future course de nuit. Ah tiens, j’envisage encore une future course à cette heure-ci. C’est peut être que je suis pas si mal.

Je suis maintenant dans un petit peloton de mon niveau. Je marche en regardant bien ou je mets les pieds. Je m’applique toujours autant à éviter de les mouiller. Je reçois un texto, il doit être 1h passée. Qui ça peut être ? Hahah, Daddy the Beat qui me fait des blagues. Ça fait du bien ! Un autre texto… c’est Isabelle. Ils sont vraiment cool. J’apprends que les gens de Twitter sont sur le qui vive. J’ai plein de supporters même en pleine nuit. Dingue ! Là je vais mieux ! J’aimerais bien répondre mais … damn it. J’ai plus de réseau …

Je quitte le Cormet de Roselend. Je cours et je marche vite en montée. Je suis requinqué. J’ai pu me changer entièrement grâce au sac de course intermédiaire. Je suis au sec et j’ai pas froid, ça fait du bien ! Je viens de laisser mon précieux compagnon de route, Marc. Je ne m’en fais pas, nous nous reverrons sur un réseau social ou une montagne.

Marc redoutait le sommeil et il avait raison. Il a pris la décision de ne pas repartir. « Toi ça se voit que tu peux y retourner » m’a-t-il dit. « Moi mon état physique ne me le permet pas ». Je tente en vain de le booster mais je comprends son état. Des fois on en peut vraiment plus, sans compter qu’on vient à peine de passer la moitié. Petit pincement de laisser mon compagnon de route. Ca faisait des heures qu’on se suivait. On a vécu ensemble la montée de la mort du Forclaz, la tombée de la nuit, la descente du Passeur de Pralognan de nuit… Ça crée des liens. Une assiette de soupe chaude avalée et je m’apprête à reprendre le départ.

The Passeur de Pralognan

The Passeur de Pralognan

Je n’arrête pas de râler. En réalité j’ai peur de me faire sérieusement mal et l’adrénaline que je prends à chaque fois que je glisse  me met en colère. Il est bientôt fini ce passeur ?? C’est pas vrai… Il est où le Cormet de Roselend… c’est loin ! Le bénévole nous a dit que c’était juste après le passeur !

Je glisse et tombe. Je crois que c’était inévitable. Un bénévole me rattrape pour m’empêcher de mourir (oui, j’exagère, je pense que je serais encore en vie). Au passage je m’érafle la main gauche et mon coude prend un gros choc. Avec l’adrénaline, je ne sens pas grand chose mais je sais la douleur viendra après.

C’est tellement vertical que des cordes sont attachées à la roche pour nous permettre de descendre (à peu près) en sécurité. Je préfère m’asseoir sur la roche et descendre en restant au plus près du sol. Je ne tente aucun saut car c’est bien trop risqué.

Ah, voici le tant redouté Passeur de Pralognan. Fais voir … ?!?! Mais c’est un ravin ? Comment on fait pour descendre ?

La nuit tombe. Je suis toujours avec Marc et un petit peloton qui s’est formé dans le but de passer ce cap ensemble. Je lève les yeux et je vois des frontales partout à n’importe quelle altitude. Ce que je comprends, c’est que ça va descendre sec puis remonter très très sec. Ça promet. Je vais garder les yeux rivés au sol et me concentrer pour ne pas tomber.

On est plutôt contents de nous avec Marc, on vient de surmonter une très grosse difficulté. La nuit approche, on commence à discuter sommeil. Marc me dit qu’il craint le sommeil, qu’il ne sait pas comment il va gérer. Pour l’instant, on vient de passer un moment difficile. Marc aurait pu y rester mais il a eu le courage de continuer. Ça rebooste !

Ça s’arrête de monter ! On touche enfin au but ! Ca y est ! C’est décidément la montée la plus énorme que j’ai vu de ma vie. C’était interminable ! Nous avons du faire des pauses de temps à autre pour reprendre notre souffle à maintes reprises au cours de cette montée. Nous avons vu de nombreux traileurs abandonner, redescendre avant d’arriver en haut, après avoir pourtant gravi des centaines de mètres. Ce qui est vraiment difficile, au delà du cardio qui monte très vite, c’est cet effet « quand y’en a plus, y’en a encore » … Mémorable !

Marc n’est pas au top là, cette montée qui ne s’arrête pas lui a donné envie de vomir. On fait une petite pause sur un ravito improvisé par une mère-grand qui habite sur le parcours. Mère-grand a le sens du business : 3€ la soupe. Après plus d’un kilomètre de D+, nombreux sont les acheteurs. Après une petite réflexion et un peu d’inquiétude de mon côté, Marc décide de repartir de plus belle. C’est parti pour terminer cette montée, le plus dur est passé !

C’est pas vrai ! Plus on monte, plus on voit que ça monte encore !! Ça s’arrête jamais !

un virgule cinq kilomètre d plus

Des traileurs redescendent ?! Marc me dit que certains abandonnent et font demi-tour avant d’arriver en haut. C’est si violent que ça ?

Après avoir traversé la ville sur un petit kilomètre, ça monte déjà ! J’essaie de discuter avec Marc mais ce n’est pas facile car je m’essouffle vite. Je ne suis pas habitué à galérer autant en montée. Il faut dire, ça fait déjà plus de 10h que nous sommes partis. Nous parlons de nos motivations à courir la TDS.

Marc et moi repartons de Bourg Saint Maurice. Nous y avons investi 30 minutes et Marc en a profité pour voir son père qui lui a fourni de l’assistance. En ce qui me concerne, j’ai mangé au ravito et j’ai fait des SMS à mes proches. Ça fait du bien.

C’est l’arrivée à Bourg Saint Maurice ! Nous étions impatients de pouvoir nous y arrêter un peu. Cette très longue descente a été plutôt traumatisante.

Super longue cette descente. Au loin, on aperçoit le fameux Bourg Saint Maurice. Nous avons de l’allure ! Les discussions avec Marc et David font passer les kilomètres sans trop y penser. Je fais tout de même gaffe à ma vitesse car les descentes m’abîment les chevilles et les genoux.

Italia France

Italia France

Je fais la rencontre de Marc qui aperçoit mes oreilles et me lance : « Tu n’étais pas à la 6000D ? ». Et si, tout à fait ! Quelques échanges plus tard nous devenons compagnons de route. David se joint à nos discussions et restera avec nous quelques kilomètres.

Au 36ème kilomètre et un peu plus de 7h de course, je passe le col du Petit Saint Bernard. J’arrive enfin en France ! Je vais pouvoir répondre à tous les SMS que j’ai reçu sans y laisser la peau de mes *****.

Je profite du ravitaillement de qualité. Je me refais une boisson sucrée dans ma poche à eau et je mange de l’Overstims en barres. Je suis interpellé par un traileur qui m’a aperçu sur la 6000D. Nous échangeons un peu au sujet de la TDS, et de nos capacités à franchir les barrières horaires. Sans être hyper rassurés, nous y croyons.

Je m’éclate un max, c’est la montagne, la vraie. Je n’ai jamais rien vu d’aussi immense ! Les traînées de traileurs à perte de vue sont une parfaite image de l’immensité des paysages.

2014-08-27 13.57.03

Après quelques kilomètres passés ensemble, je m’aperçois qu’Olivier a un peu trop d’allure pour moi et le laisse donc partir. Nous nous écrirons plus tard pour un futur run plus tranquille à la Défense.

Un traileur photographie le Mont Blanc. Il peine un peu à ranger son mobile dans son sac à dos donc je lui donne un coup de main. C’est Olivier. Il court à la Défense en semaine, tout comme moi. Le monde du running est petit ! Nous nous y retrouverons peut-être à l’occasion.

Au cours de cette première grosse montée, je croise Bubulle de Kikourou avec qui je discute gros dénivelé avant qu’il me distance sans difficultés.

Premier ravito : des tartines au miel ! Excellente idée !

Ah la la ce que c’est beau ! Physiquement je suis facile ! C’est le début, faut profiter. Les kilomètres passent vite !

Je suis tout frais, heureux d’être là. Je prends des photos toutes les trois secondes comme un enfant qui découvre une fête foraine pour la première fois. C’est complètement dingue. Immense. J’en reviens à peine.

Il est 7h00 ! Le départ est donné à Courmayeur dans une ambiance épique ! Je fais mes aurevoirs à Apos qui va bien vite me distancer. Je suis ravi de l’avoir rencontré après nos quelques échanges sur Twitter. Un type très cool qui me fait penser à Léonidas en plus maigre avec une barbe en Gore-Tex. Sans le dire, je suis impressionné.

« Bonjour M. Belkahia, comme d’habitude, un métro boulot dodo ? Non merci, pas aujourd’hui. Je prendrais un Mont Blanc façon franco – italienne et une double portion de dépassement et douleur. Excellent choix. Je sais, merci. »

« Mais qu’est ce que je fais (encore) ici !? » parole d’Ultratraileur

koBonjour à tous chers amis du merveilleux monde du running. Aujourd’hui je m’apprête à aborder un thème qui nous est très cher : la souffrance.

La souffrance, c’est la vie

Dites-moi s’il vous plaît : quel runner ne s’est jamais infligé de souffrance ? Quel runner n’a jamais connu le difficile combat contre lui-même ? Celui qui oppose la volonté de s’arrêter, produite par des signaux physiques (souvent la douleur), à l’envie de continuer dont la raison appartient à chacun (réussir son challenge, se dépasser, se sentir vivant, perdre du poids, gagner un pari, faire taire les médisants, … tout est bon à prendre*). Allez, pour les quelques lecteurs qui refusent cette idée, je veux bien admettre qu’un faible pourcentage de coureurs n’éprouve strictement que du plaisir en courant.

L’ultra-traileur, une espèce particulièrement atteinte

L’ultra-traileur, pratiquant de courses natures de distances supérieures à 42 km (parti pris sur la définition), connait très bien cette souffrance. Il s’agit là d’une espèce de runners particulièrement friande de challenges sportifs beaux, long, et douloureux. Des challenges qui déclenchent immanquablement la réaction suivante auprès des non initiés « Quoi ? Tu vas courir xxx (souvent 3 chiffres, c’est important) km ? Mais t’es vraiment un grand malade. » … *s’éloigne dans le couloir* « décidément y’a vraiment des fous sur terre ». Revenant tout juste de la TDS, je ne peux affirmer que ces personnes soient totalement dans le faux.

Vis ma vie d’ultra-traileur

Au cours de ma jeune expérience de traileur, j’ai pu échanger avec des athlètes de niveaux très différents pratiquant l’ultra. Tenez-vous bien: pas moins de 64% des interrogés sont d’accord pour dire que l’évolution de leur état d’esprit suivante leur correspond, au cours de leurs épreuves sportives.

  • 0-30 % de l’épreuve – au top, porté par l’enthousiasme de début d’épreuve et la forme physique : « Ouah c’est vraiment magnifique, j’ai tellement bien fait de m’inscrire !! ».
  • 30-70 % – début du déclin : « bon c’est pas mal tout ça mais il est où le ravito ? Il reste combien de kilomètres avant la fin ? « 
  • 70-90 % – « Vivement la fin… elle est où la fin ?? C’est où cette ligne d’arrivée ? Plus jamais je recommence, c’est la dernière ! ». A noter que l’ultratraileur ne se ment pas à lui-même. A ce moment-là, il est honnêtement persuadé qu’il ne recommencera plus jamais.
  • Quelque part entre 60 et 70% – le point culminant de la détresse, intervenant généralement dans une montée ou après une chute quand le mental est déjà bien entamé. « Mais qu’est ce que je suis encore venu faire ici ?! Pourquoi je ne suis pas tranquillement chez moi à regarder des saletés à la TV comme les gens normaux ? ». Ce moment peut se solder par une décision d’arrêt de la course au prochain point d’abandon, ou peut se surmonter par divers moyens ou artifices personnels (cf. * partie La souffrance, c’est la vie). 
  • 90 – 99 % – « Ce sont les kilomètres les plus longs que j’ai vu de ma vie ! »
  • 99 – 100% – la gloire – « Je vais être finisher ? Hahah !! allez je cours un peu pour le style. »

Le processus de récidive

Après l’épreuve (qu’il ait franchi la ligne d’arrivée ou non), l’ultra-traileur entre dans une période de planification de sa récidive.

  • Étape 1, juste après la course. « Plus … JAAAMAIS ». Cette période a une durée, en heures, de 1,5 x nk n est le nombre d’heures passées sur la course tout juste terminée et k le coefficient de contamination au virus CAP du sujet. Le sommeil après-course peut également accélérer ce processus. Exemple : pour une course de 20 h, chez un sujet fortement contaminé, la récidive est envisagée au bout de 1,5 x 20 – 25 = 5 heures.
  • Étape 2, le virus CAP agit : « Ah c’était vraiment beau quand même, une belle aventure. L’année prochaine je tente l’UTMB allez, soyons un peu foufou ^^ »… Oui, c’est le cas de le dire.

Pourquoi récidive-t-on ?

La question est complexe et il existe plusieurs réponses. Je fais le choix de n’en livrer que deux.

Premièrement, parce que le sport a cette capacité à nous rapprocher, à créer des liens, de l’échange, du partage. C’est une histoire vécue que je trouve merveilleusement enrichissante. Que ce soit au sein de ma famille ou de mes différents cercles de proches jusqu’aux réseaux sociaux, ces événements sportifs, d’ampleur ou non, créent un magnifique engouement et une communication positive.

Deuxièmement,

Pour voyager.

Pour voyager.

Ce texte descriptif teinté d’humour est un préambule à mon prochain récit sur la TDS, qui devrait arriver la semaine prochaine ! Vous avez été particulièrement nombreux à me suivre au cours de cette épreuve, et je vous en suis vraiment, vraiment reconnaissant. Mille mercis à vous !

A très bientôt les amis.

carottes petit

Je pars pour la TDS !

Hello à tous, je pars pour la TDS.

utmb-logoDemain je prends la voiture pour Chamonix, en compagnie de mes covoiturages, en prévision du grand départ mercredi 27/08 à 7h00. Je souhaite vous laisser un petit mot avant ce départ pour l’un des temps forts de mon humble carrière de traileur.

Voyons ce qui m’attend

J’aurai 33h pour venir à bout de la course. A bout de 119 Km et 7250m de dénivelé positif. Je n’ai pas trouvé combien de dénivelé négatif. Pourtant, je trouve que l’info est importante. Mon expérience du trail m’a montré que la montée n’était pas toujours le plus difficile, bien que ça puisse paraitre étonnant. Pour ne pas m’éterniser ici, j’en reparlerai. Revenons à la TDS.

Le profil de course

Le profil de course

Ce que que je ressens avant de partir

Je commence à flipper un peu. Pour une fois, je suis seul. Je ne suis pas habitué à l’exercice car habituellement accompagné de Carole, mais c’est certainement une bonne chose de se tester dans l’inconnu. Je prendrai musique et gopro, en plus du matériel obligatoire. En 33h, j’aurais sûrement besoin d’un peu de coups de pouces technologiques pour garder le moral.

Ma préparation (très haut de gamme)

J’ai peur du froid donc je me suis engraissé. Je sais que le froid à un pouvoir important pour réduire mes capacités mentales lorsque c’est difficile, donc j’ai préféré prendre des mesures. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas dans ce but que je me suis engraissé, mais puisque c’est fait, autant que je me dise que ça va servir.

Ma plus longue épreuve jusqu’à présent : un 100km le 2 juin 2013. Pas ou peu de dénivelé et un peu moins de 14h d’épreuve. C’est le plus long effort continu que j’ai su fournir jusqu’à présent. C’est assez loin de ce qui m’attend prochainement.

Sur le plan préparation physique, je ne suis pas au top. J’ai connu une période de flemme à l’entraînement qui n’a pas voulu me lâcher. Sur le plan mental, je ne suis pas aidé par ce que j’annonce dans la phrase précédente. Je pense que j’ai ce qu’il faut pour terminer, mais je me méfie d’un éventuel manque d’humilité de ma part.

Quand j’écoute les préparations des uns et des autres, je pense deux choses : soit je suis complètement taré, je prends le truc à la légère et je vais prendre une méga claque, soit je me connais, j’ai de la ressource, et je sais que je n’ai pas besoin d’autant de rigueur.

Le mot de la fin

L’avenir proche répondra. Pour l’instant, je suis déterminé. On verra ce qu’il en est jeudi à 3h00 du mat, après 16h d’efforts, dans la nuit avec ma petite lampe Silva à 30€ sur le front, le dos en vrac et l’idée en tête que j’en suis qu’à la moitié.

Scenic-view-in-French-Alpes-Chamonix2

Je m’apprête à terminer d’écrire mais je n’ai pas envie de terminer sur cette notes aux semblants pessimistes. Alors je vais terminer en disant que j’ai l’intention d’aller au bout et que je ferai de mon mieux pour y parvenir. Je m’attends à me pousser dans mes retranchements, à voir de quoi je suis capable, à me tester dans des états mentaux particulièrement difficiles voire jamais connus. Comme un ultratraileur, j’ai hâte de vivre ça, de me laisser éblouir par la beauté de la montagne, et de pouvoir me / vous dire que j’ai cette course à mon palmarès, et enfin et surtout, de revenir vous raconter tout ça.

A bientôt les amis,

Emir, dossard 7911

PS : vous pourrez me suivre sur http://utmb.livetrail.net/coureur.php en tapant mon numéro de dossard (7911) ou mon nom (BELKAHIA).