🏔 Ultra du Pas du Diable 2018 : La revanche a sonné 🏔

Les amis, en avril 2018, nous nous sommes lancés de nouveau sur l’ultra du pas du diable, un ultra de 120 kilomètres et 6900 mètres de dénivelé + et – qui se déroule à Saint-Jean-du-Bruel.

Nous nous sommes lancés une première fois en 2017 sur cet ultra qui a été pour nous l’une de nos plus grandes claques sur la discipline. Une claque positive, de part la grandeur et la magnificence (#motStylé) des paysages. Mais aussi une claque réelle et cruelle, quand nous avons compris le côté impitoyable qu’un ultra peut avoir, et à quel point il est facile que ce qui est pour nous un loisir en montagne, puisse rapidement basculer en une activité très dangereuse.

C’est à cause d’une tempête et d’intempéries très violentes que nous avions mis fin à notre aventure en 2017 à seulement 10 bornes de l’arrivée. En 2018, nous sommes revenus entre amis, chargés d’expérience, avec la ferme intention de boucler la boucle.

 

A très bientôt, et surtout d’ici-là, KIFFEZ la vie !

Les Lapins Runners

carottes

Retour sur la course du viaduc de Millau !

viaduc de millauAh Millau ! La dernière fois que nous nous étions quittés, c’était en mauvais termes sur notre abandon aux 100 km ! Heureux de te retrouver dans d’autres circonstances ! Cette fois-ci, pas de 100 km s’il te plait. Si nous sommes de retour chez toi, c’est pour fouler ton viaduc, admirer la vue qu’il offre sur la vallée du Tarn et prendre beaucoup de plaisir !

Commençons par remercier TomTom, qui a fait de nous les acteurs d’un week-end fort réussi, en compagnie du boxeur Nadjib Mohammedi, ambassadeur de la marque. Vous connaissez nos méthodes les amis : par souci de « rentabilité », nous ne nous serions pas permis un tel déplacement pour une course de 2 heures, si belle soit-elle.

 

Atypique en tout point (ou presque …)

Passons à présent au vif du sujet : la course Eiffage du viaduc de Millau. Cette course à pied bisannuelle (#MotStylé) d’une distance atypique de 23,7 km et d’un D+ de 390m, offre un aller-retour sur le beau et grand viaduc de Millau. A cette occasion, chaque année paire pendant 4 heures, l’accès au viaduc est fermé aux automobilistes et s’ouvre à 15 000 coureurs, motivés plus que jamais à fouler le pont autoroutier le plus haut du monde, à 245 mètres au-dessus du vide. Dit comme ça, ça peut faire un peu flipper, mais rassure-toi, le truc à l’air solide !

 

Ca monte, ça descend, …

Le profil de la course est d’une simplicité enfantine : plat – montée vers le viaduc – faux plat sur le viaduc – descente jusqu’à l’arrivée.

miniature2Pour les curieux, le voici en détails :

  • après quelques 5 km de plat, les coureurs s’attaquent à cette montée interminable de 3 (bons gros) kilomètres jusqu’à atteindre…
  • … le ravito du 8,3 km (oui les amis, il ne faut pas sous-estimer l’importance du ravito ! :D),
  • … puis arrive le viaduc de 2,5 km de long,
  • … pour faire durer le plaisir, nous effectuons un aller-retour sur le viaduc de … 5 km (c’est bien, vous suivez toujours).
  • … et pour finir en beauté, une belle descente quasi continue de 8 km.

 

Et la météo, parlons-en !

Ce matin-là, nous avons réussi à échapper de justesse à la pluie, tant et tant redoutée ! Ouf, un grand soulagement. Malheureusement, ce n’est pas forcément le cas des coureurs partis sur la vague de 9h30 (à savoir 30 minutes après notre vague) qui se sont pris une belle averse. Big up à vous les copains, nous espérons que vous avez apprécié la douche ! En revanche, nous avons tous, sans exception, eu droit à des rafales de vent frontales complètement démentielles sur le viaduc. Un vent, frontal, opposé, perpendiculaire à nos têtes. En pleine face avec une telle intensité qu’on avait la difficile impression de … courir sur place. Dans de telles conditions, les oreilles de lapins offrent une prise au vent des plus efficaces avec un aérodynamisme proche de celui d’un parachute. Pas franchement l’idéal pour avancer, hein !

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Au retour, la récompense : nous avions le vent dans le dos qui nous offrait le luxe de quelques dixièmes de kilomètres / heures gratuits, sans efforts. Terminons ce paragraphe venteux par une citation de circonstance. Un grand sage disait : « si tu ne peux changer la direction du vent, alors apprend à changer celle de ta voile ».

 

 

Les demi-tours, c’est la vie

Le demi-tour sur le viaduc : absolument génial ! Grande qualité des demi-tours : nous permettre de voir filer le peloton de tête, et encourager les amis running, particulièrement nombreux sur ce rendez-vous bisannuel. Finalement, nous avons plus souvent regardé du côté des coureurs qu’admiré les paysages qui s’offrait à nous, au delà de l’autoroute.

 

Les bonnes choses … ont une fin !

La descente pendant les 8 derniers km était une vraie partie de plaisir ! Hormis quelques petites côtes très raides, j’ai pris mon pied… ma patte plutôt. De nombreux enfants tendaient leurs mains pour des tope-là, ce qui était tout simplement galvanisant !

médaille viaduc millau

La ligne franchie, nous avons droit à un accueil par Chauchau : « le couple de lapins que l’on retrouve tous les dimanches ! ». On essaie, on essaie :). Après quelques mètres, notre dotation finisher vient à nous. Petit objectif bonus : filer attraper le navette retour à 11h40, particulièrement difficile à tenir quand on vous rencontre et qu’on prend le temps d’échanger avec vous chers amis, vous qui nous lisez :D. Un énorme merci à vous les amis d’être de plus en plus nombreux à venir échanger avec nous après les courses, c’est une grande joie de voir le virtuel se transformer en réel. Avant de partir, jetons un œil à la très belle médaille finisher, datée et représentant un coureur sur le viaduc.

 

La dotation insolite

Et c’est non sans surprise que nous retrouvons dans notre « sac à ficelles » une merveilleuse conserve finisher de lentilles cuisinées à l’auvergnate à la graisse de porc et de canard. Un package alimentaire final aussi insolite qu’idéal pour les coureurs véganes que nous sommes. Après avoir jeté un regard surpris-amusé, puis triste au canard et au halouf en boite dans notre sac, il était temps de dire un dernier merci à la team TomTom pour cette expérience mémorable. Une vidéo est à venir pour que vous puissiez revivre avec nous ce moment.

Notre chrono ? 2h09. Je dois dire que même si je n’avais que pour objectif chrono celui de nous permettre d’avoir notre navette retour, j’aurais aimé atteindre les 11km/h sur une course de ce type. Bah, nous ferons mieux la prochaine fois !

Avoue que tu n'as jamais vu ça ;p

Avoue que tu n’as jamais vu ça !

 

La vidéo

Un grand coucou à Fred de l’agence Epic, Iron Djib, ambassadeur TomTom et boxeur pro super accessible, Pauline de vivrehealthy.com, souriante et joyeuse, aux gars de joliefoulee.fr que je ne saurais même pas décrire, et à Daniel, Mathieu, Martial d’ilosport.fr et PA de lasueur.fr pour ce moment partagé en bonne compagnie.

Les amis, nous serons dimanche sur la course de 20 km Paris Saint Germain. D’ici là, prenez soin de vous et kiffez la vie !

A très vite,

Les Lapins Runners.

carottes

 

 

100 Km de Millau 2015 : récit d’un Abandon

afficheCe récit aura une teinte particulière car il relate celui de notre abandon aux 100 km de Millau. Nous étions partis sans avoir vraiment d’objectif en vue. Un RP sur la distance ? Nous n’y croyions pas beaucoup à vrai dire. Finishers de l’an passé, nous étions conscients de la difficulté de l’épreuve qui nous attendait. La seule chose à laquelle j’étais attachée, c’était de ne pas me séparer de mon Lapin comme en 2014. Je voulais vivre Millau de bout en bout à ses côtés.

Le vif du sujet : la course !

Non, pas tout de suite. Avant toute chose, un petit mot sur la nuit de la veille ! L’organisation des 100 km de Millau a mis à disposition des coureurs une salle à proximité du départ, permettant de dormir à titre gratuit les nuits du 26 et 27 septembre. Fidèles à nos habitudes, nous optons pour le scénario financièrement le plus « affûté ». Cela nous conduit parfois à des situations relativement insolites où « confort » n’est pas le maître mot, comme ce fut le cas lors de cette nuit pour le moins atypique. Avec notre maîtrise de l’organisation freestyle, nous sommes arrivés dépourvus de matelas pneumatiques et contraints de passer la nuit à même le sol de béton. Inutile de vous dire qu’il était fortement déconseillé de se réveiller en pleine nuit sous peine de ne plus pouvoir se rendormir du fait des ronflements environnants en tout genre. Petite note aux ronfleurs chevronnés : à l’avenir, n’hésitez pas à indiquer par le biais d’une affiche posée sur votre duvet, votre statut de fauteur de troubles sonores de manière à ce que les oreilles sensibles aient conscience du risque encouru à vous approcher.

Au matin du 26 septembre, nous sommes soumis à un réveil forcé à 6h00 pétante par nos confrères adeptes du petit déj avant l’aube (pour un départ à 10h00). Allumage des néons, bruits de casseroles, bavardages, chasses d’eau : tous les éléments sont réunis pour débuter cette journée en douceur. Nous qui voulions nous reposer jusqu’à 7h30, c’est raté !

départAprès avoir retrouvé nos copains de l’AS Nandy et de la team TomTom, nous nous alignons sur le départ, sereins.

Les premiers kilomètres se passent bien. Malgré le fait que je me sens un peu lourde, les jambes répondent bien. Nous maintenons une allure régulière autour des 6 min/km (10 km/h).

J’ai un souvenir assez précis du parcours. Les paysages me sont familiers. Je revois les deux enfants du 6e km qui couraient quelques mètres à nos côtés en 2014, l’un proposant à l’autre : « viens, on court avec eux ! ».

Les conditions météorologiques sont appréciables. Il fait un peu chaud mais c’est supportable. Plus supportable que l’année passée.

A partir du km 15, nous commençons à nous hydrater sur les ravitos. Jusqu’ici, le scénario est classique. Les beaux paysages s’enchaînent et la forme semble toujours présente.

Au km 30, notre allure commence légèrement à décliner et nos arrêts aux ravitos se font de plus en plus longs. Ce premier déclin survient plus tôt qu’à Cléder, quelques mois plus tôt.

Quand le doute s’installe

J’ai l’impression qu’Emir n’est pas en grande forme, ce qu’il me confirme par un « Ma femme, cela va être très compliqué pour moi ».

Pour ma part, les jambes commencent à être vraiment lourdes. Je n’ai pas le souvenir qu’elles l’étaient déjà sur nos précédents 100 kilomètres. Pour maintenir l’allure, je ne pense qu’à une chose : le câlin qu’Emir m’a promis quand nous atteindrons le marathon. Il n’y a rien de plus ressourçant.

Nous parvenons à atteindre le parc de la Victoire en environ 4h17, non sans avoir entamé sérieusement notre capital jambes. Après une halte d’environ 10 minutes composée de petits pains sportifs, d’hydratation et de pause technique, nous reprenons la route, hésitants. Nous retrouvons Nadia et Stéphanie aka Lapinou. Emir est recouvert de sel sur son visage, sac et vêtements, ce qui semble inquiéter Nadia.

Nous poursuivons notre chemin en marchant en faisant le triste constat que nos jambes ne répondent pas convenablement à cette sollicitation. Si nous continuons, il faut se rendre à l’évidence, « ça va piquer ».

Km 43, nous nous asseyons sur le rebord d’une fenêtre et regardons les coureurs passer. Nous nous plaisons à encourager les Kékés du Bocage et les copains de l’AS Nandy. Et puis nous voyons défiler les meneurs d’allure. Le 12h, le 12h30, les 13h… Plus nous attendons, moins nous sommes motivés à repartir.

Ma position est très claire : je me place en suiveuse. « Si tu veux continuer la course, je continue. Si tu veux t’arrêter, je te préviens que je m’arrête aussi. Je n’ai pas envie de faire 60 km sans toi. Je n’y vois aucun intérêt ».

Le dilemme : rendre le dossard ou poursuivre dans la douleur ?

Nous posons le pour et le contre car nous avons besoin d’être très clairs avant de trancher d’un côté ou de l’autre. Voici les éléments que nous avons retenu pour/contre la décision d’abandonner.

Le Pour :

  • Nous sommes déjà très entamés à ce stade de l’épreuve. Or, il nous reste minimum 8 heures de course, ce qui est long et particulièrement dans la douleur. Notons également que la deuxième partie de course est plus difficile que la première. Il va nous falloir gérer le dénivelé, la nuit, le froid, la fatigue physique et mentale.
  • Si nous poursuivons, nous aurons besoin de plus de temps pour récupérer et nous encourons la blessure. Si notre récup se fait lente ou que nous nous blessons, nous aurons moins de temps pour nous « préparer » pour les prochaines courses.
  • Nous n’avons plus réellement d’objectif en vue : le RP est désormais hors d’atteinte.
  • Enfin et surtout : l’envie n’est plus là. Le plaisir de courir n’est plus là, le sentiment d’accomplissement qui nous mène à la ligne d’arrivée ne nous attire plus.

Le Contre :

  • Nous n’avons pas fait toute cette route pour courir un marathon. Nous nous sommes engagés sur le 100 bornes afin de le courir à deux et dans de meilleures conditions que l’année passée.
  • Nous ne pouvons pas abandonner dans la mesure où nous avons la capacité de finir. Autrement dit, abandonner « par flemme », juste parce que l’envie est partie.
  • Nous avons terminé des épreuves bien plus éprouvantes, et dans des états bien plus lamentables qu’aujourd’hui. Nous ne sommes pas excusables et nous en remettons à la facilité.

Nous marquons une pause au niveau d’un pont où nous admirons le viaduc. Avec le Soleil qui tape, je suis sujette à des étourdissements. Je m’assois le temps que ça passe. J’ai probablement trop bu et j’ai envie de vomir…

Je rassure Emir sur le fait que s’il choisit d’arrêter là, je ne serai pas déçue. Nous avons déjà été finishers des 100 km de Millau. Nous savons que nous sommes en capacité de le terminer, mais ne sommes pas motivés à l’idée de le terminer dans ces conditions.

Cette année, nous n’avons pas chômé sur le plan sportif. D’un autre côté, nous décidons que nous avons le droit de nous arrêter là, de nous reposer un peu. Nous l’avons mérité. Nous décidons de nous rappeler que nous courons par plaisir, ou pour aller chercher une satisfaction.

Bien que les douleurs soient supportables si nous n’avons ni l’un ni l’autre, le moment n’a plus de raison de durer. Nous savons ce que c’est qu’être finisher des 100 km de Millau. Nous nous rappelons du parcours, rien n’est vraiment inédit. Bref, il n’y a pas de carotte à la clé !

Si Emir choisit de continuer, je le suivrai même dans la douleur. Mais je dois avouer que s’il choisit d’abandonner, je serai soulagée.

Arrive la fameuse question : « On va où ? ». « Par là », me dit Emir en indiquant le chemin qui mène à l’abandon.

papy bénévoleNotre décision est prise. Nous rebroussons chemin jusqu’au parc de la Victoire. Nous croisons les copains que nous plaisons à encourager. Eux nous motivent à poursuivre, en vain.

Arrivés au gymnase, nous rendons notre dossard à Papy bénévole qui nous regarde l’air blasé, concluant : « Ben voilà ! ». Nous pensons qu’il voulait dire ceci : « Ah ces jeunes ! Ils croyaient vraiment qu’ils allaient pouvoir finir les 100 km de Millau ! ». Nous retrouvons Nadia et Stéphanie et troquons donc notre place de coureur pour celle de spectateur.

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L’après-course

Le point très positif d’abandonner est le fait que nous assistons à l’arrivée des premiers du 100 km.

Hervé Seitz, pour la première fois grand gagnant de l’épreuve en 7h27, nous fait le cadeau d’un superbe discours très émouvant et souligne le fait qu' »une victoire se mesure à la qualité des vaincus ». Celui-ci accueillera le second de la course (et premier des précédentes éditions) par une magnifique embrassade. Un très beau moment de sport, un respect mutuel palpable entre ces athlètes de très haut niveau.

La vidéo !

 
Un grand bravo aux finishers des 100 km. Bravo pour votre persévérance et votre courage.

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Les amis, vous avez été très extrêmement nombreux à nous soutenir sur les réseaux sociaux, et pour cela comme toujours, un grand merci !

Dimanche prochain, ce sont des Lapins ressourcés et en pleine forme que vous retrouverez au trail du four à Chaux !

A très vite !

Les Lapins Runners.

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A l’assaut des 100 km de Millau !

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Plus d’un an après notre premier 100 km au bois de Vincennes, nous voici de retour sur cette distance à l’occasion de la 43e édition des 100 km de Millau. Cette fois-ci, nous ne parcourrons pas 63 boucles d’un mile tels des hamsters en cages, mais les magnifiques paysages des Midi-Pyrénées. Et c’est aux côtés de notre ami Vincent Dogna, qui s’apprête à courir son tout premier 100 km que nous allons vivre cette grande aventure. Pour aborder cette distance en toute sérénité, nous avons essayé de nous mettre quelques kilomètres dans les pattes, notamment en participant au marathon Touraine la semaine précédente à une allure « modeste ». (chrono : 4:44:55) Ma cuisse me donnant du fil à retordre, c’est avec pour objectif de finir que nous abordons la course.

Au petit matin du jour J (8h00), Vincent nous offre gracieusement une généreuse part de gatosport au chocolat, sans quoi nous serions certainement partis à jeun. Les moules-frites et mousse au chocolat de la veille semblent avoir été digérées. Pour moi, c’est un énorme soulagement de courir dans de telles conditions.

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C’est parti pour 100 bornes !

10h00 : le départ est lancé ! Les centbornards sont mêlés aux marathoniens, repérables grâce à leur t-shirt bordeaux.

Km 0 : A peine partis, ma cuisse droite est déjà bien douloureuse. J’ai l’impression de boiter. Je me dis que les 13 à 15 prochaines heures vont être rudes.  Du coup, je suis de mauvaise humeur et je cours « dans mon coin ». Toutes mes excuses au clown de Courir le Monde qui doit me prendre pour une sauvageonne. J’essaye de me concentrer pour adopter une foulée moins traumatisante pour ma cuisse.

Nous avons de la chance, le beau temps est au rendez-vous et le parcours magnifique. Nous en prenons plein les yeux. Il y a de l’ambiance dans les petits villages. J’entends un petit garçon défier son copain : « allez viens, on court aussi ! ».

Nous adoptons la stratégie du lapin ravitailleur : Emir recharge mes gourdes aux stands de ravitaillement tandis que je poursuis ma route.  J’effectue mon premier arrêt au 30kilomètre, où un jeune bénévole me conseille de boire un verre de bière : « c’est bon pour éviter les crampes ! ». Sans être totalement convaincue, j’en prendrai à presque à chaque ravito.

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C’est beau les Midi-Pyrénées !

Il fait décidément très chaud, les passages dans les prairies nous le font bien sentir.

Km 42,195 : nous arrivons à la salle des fêtes de Millau. Tandis que les marathoniens célèbrent leur victoire, les centbornards doivent poursuivre leur route. Nous nous arrêtons une quinzaine de minutes  pour nous sustenter. Tartines de roquefort, tartines de fromage frais, bananes séchées, petits pains sportifs, œufs durs, fromage, pâté, boissons en tout genre : ça c’est du ravitaillement consistant !

Je remarque qu’Emir commence à montrer des signes de fatigue. « On est bien là, non ? J’aime bien cet endroit, on s’arrête là ? » dit-il amusé. C’est vrai que c’est tentant…  Mais nous n’avons pas fait tant de trajet pour un marathon ! Nous poursuivons donc notre chemin.

Nous ne repartons pas dans des conditions idéales. Mêlés à la circulation, nous devons courir près de deux kilomètres à proximité des voitures.

Ravitaillement du 45e km : nous retrouvons Pascal et Chantal, nos amis rencontrés une semaine plus tôt sur le marathon de Tours.

Emir éprouve des douleurs au niveau des chevilles. Il ne sait pas dans quel état il va finir la course. Il me confie courir sur des lames de rasoir. Nous décidons donc de marcher pour atténuer ses souffrances. Quant à moi, mes douleurs à la cuisse sont parties, très certainement oubliées par la lourdeur des jambes.

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Km 50, devant le viaduc

Km 50 : nous venons de finir l’ascension du viaduc de Millau. A ce moment-là, Emir ignore s’il va continuer l’aventure et m’encourage à poursuivre sans lui. Je suis partagée : je suis décidée à terminer coûte que coûte et intéressée de savoir ce que je peux valoir sur un 100 km un an après Vincennes, mais l’idée d’abandonner mon lapin sur le bord de la route est difficile…  C’est finalement à contrecœur que nous prenons la décision de poursuivre la route séparément.

Je commence à galoper dans la descente, j’effectue mes kilomètres les plus rapides (5:15 / km au 52e km). Je suis stoppée net par une montée dans les bois que j’effectue en marchant afin de ne pas perdre de l’énergie inutilement.

Enfin, c’est la redescente jusqu’à Saint-Affrique ! Je croise Bruno en tenue high tech, surpris de ne pas me voir accompagnée d’Emir puis Samuel, incarnation-même de la zénitude. Ce dernier en est à son 73e km environ et sa voix est d’une tranquillité déconcertante !!

Emir me donne de ses nouvelles par sms. Il n’a pas abandonné et se sent mieux. Je suis ravie !

Km 71 : Arrivée à Saint-Affrique, je suis accueillie par un animateur qui, armé d’un micro, me demande mon âge et s’extasie devant le fait qu’il n’y en a pas pour courir un 100 km. « Tout à l’heure, on a vu un coureur âgé de 74 ans, maintenant une jeune femme de 24 ans. C’est ça la beauté du sport ».

Après un arrêt ravitaillement, c’est parti pour le demi-tour avec au programme, une belle ascension. Ca promet d’être costaud. En échangeant avec Emir, nous comprenons bien assez tôt que nous allons nous croiser.

Je croise Vincent, que je pensais être devant moi. Vincent m’explique qu’il est contraint de marcher, qu’il a du s’arrêter à cause de crampes dont il souffre depuis le 43e kilomètre.

Je retrouve mon Lapin. Ca me fait énormément de bien. J’ai hâte d’en finir pour qu’on soit enfin réunis.  Il a l’air épuisé, on se rebooste et hop ! C’est reparti.

Km 75 : Petit arrêt ravito où est diffusé Alejando de Lady Gaga. La chanson me donne le bourdon. Je m’en veux d’avoir laissé Emir. Vite, je m’enfuis.

Km 78-79 : j’ai un étonnant regain d’énergie, peut-être lié au froid et à l’envie d’en finir vite.

Km 80 : j’encourage deux hommes que je suis en train de doubler. Puis je sens la présence de l’un d’eux à mes côtés. J’ai l’impression qu’il m’accroche. Je maintiens l’allure. Je comprends que je me suis trouvée un compagnon de route, j’en suis ravie. On s’accroche mutuellement. Mon compagnon de route, Luc, dossard 330, court son deuxième 100 km après celui de Royan. Nous formons un bon binôme et avons l’impression d’être super rapides (dans les faits, nous ne l’étions pas tant que ça !). Nous décidons de faire la route ensemble jusqu’à Millau. Les arrêts aux ravitos sont brefs, nous repartons rapidement pour ne pas nous refroidir. Hormis aux ravitos, nous ne cessons de courir.

Luc s’arrête au km 97 pour attendre ses copains et finir avec eux. Je le remercie : grâce à lui, je vais me payer le luxe d’atteindre mon record personnel sur un 100 kilomètres.

Plus que 3 petits kilomètres !!

Je regagne la ville de Millau. Il y a encore beaucoup de monde sur les terrasses de cafés, dans les rues. Enormément d’encouragements aussi.

J’atteins la salle des fêtes, je monte sur l’estrade. Quelle superbe arrivée !!

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Les dotations

Un diplôme papier est décerné dans la seconde qui suit l’arrivée des centbornards. Il affiche 13:16:56 : je l’ai mon RP !!

Et puis le cadeau surprise : une jolie montre bleue.

Après avoir discuté ça et là, je m’installe dans les gradins, impatiente de retrouver Emir qui me signale sa position régulièrement.

Plus qu’un kilomètre, le voilà qui arrive. Vite, je me précipite sur l’estrade pour l’accueillir. Et le voici, le plus beau moment de la course : nos retrouvailles. Le prendre dans ses bras, j’attends ça depuis 50 kilomètres. C’est un puzzle qui est enfin assemblé.

Nous reprenons des forces au buffet, discutons, attendons notre ami Vincent qui ne va pas tarder à arriver.

 

Et pendant ce temps du côté d’Emir…

 

Au 50e, je vois Carole partir. C’est difficile. Se quitter en pleine course, c’est presque du jamais vu. Cela dit, cet envol, c’est moi qui l’ai voulu. Le plus important pour moi reste de ne pas brider sa performance. Je sais qu’elle a le bagage pour faire un bien meilleur temps que moi. Moi, j’ai besoin de repos immédiat car même marcher me fait mal. Je me pose sur le bord de la route quelques minutes, assis sur le béton, à quelques centaines de mètres du viaduc. Je regarde les coureurs me doubler et je doute…

Une dizaine de minutes plus tard, je reprends le trajet en marchant. Je me rends jusqu’au ravitaillement de Saint-George au 53e km. Je croise Jean-Michel à qui j’explique ma détresse. « N’hésite pas à te reposer me dit-il, tu verras tu repartiras bien mieux après ». C’est ainsi que je prends une vingtaine de minutes de repos supplémentaires dans un petit lit de camp. Je repars ensuite vers la fameuse ville de Saint-Affrique pour la seconde moitié de ce périple. Je suis en train de démarrer une cinquante de bornes, sans mes chevilles… Bon, n’exagérons rien, j’ai récupéré un peu. A mesure que j’avance, je m’aperçois bien vite que des coureurs en avance de 20 km sur moi arrivent en face. Je me dis bien assez tôt que je vais croiser Carole, ce qui me met dans un état de joie. Je me mets à scruter chaque arrivant en face à la recherche de ma femme. C’est ainsi que je me remets à courir avec l’idée que j’arriverai plus vite vers elle. Je commence doucement car j’ai mal : « allez, jusqu’au poteau là », « allez, jusque l’arbre là-bas loin », « allez, je compte jusque 100 ». A force de faire ces petits jeux, les kilomètres passent. Mes chevilles sont encore fortement endommagées.

Je finis par arriver tant bien que mal au 60e. Je croise un ami des Ajités : « Oh la t’as vraiment une sale tête, va te faire masser ! ». Devant tant de tendresse, je m’exécute. J’explique aux podologues ce qui m’arrive. Mes pieds son scrutés par quatre yeux puis le verdict tombe : « on va vous soulager pour le moment mais il faudra vous faire faire des semelles si vous voulez continuer à courir ». Oui ! Soulagez-moi pour l’instant, je ferai le nécessaire plus tard. J’ai une mission à terminer aujourd’hui. Et là, la magie opère. Je suis de nouveau capable de courir ! Alors je cours sans m’arrêter. Je croise Bruno, puis Samuel qui semblent tout deux en bon état et m’expliquent que ma femme est loin devant. Je double tout le monde sur ma route pour enfin croiser ma femme au 65e ! Nous courons l’un vers l’autre et nous prenons dans nos bras. C’est beau ce moment, très beau. Ça fait un bien fou. Le revers de ces retrouvailles, c’est que celles-ci sont éphémères. Au bout de quelques minutes, nous reprenons notre chemin, en sens inverse.

Six kilomètres plus loin, j’arrive à Saint-Affrique. La nuit est tombée. Je retrouve Vincent qui ne peut plus courir depuis le 43e à cause de crampes insoutenables. Nous faisons un bout de chemin ensemble. Je parle beaucoup, il écoute. Nous essayons de courir mais nous apercevons vite que c’est difficile pour lui. Au 80, nous nous donnons rendez-vous dans « au pire quatre heures » sur la ligne d’arrivée. Je repars en courant. J’ai l’impression d’avoir de l’énergie après ces quelques kilomètres de marche. J’ai la partie inférieure du corps en vrac et mes vertèbres me font mal, mais c’est un détail. Il ne me reste plus grand chose avant d’en finir. Je commence par un duo avec Christophe qui me permet d’enchaîner quatre kilomètre d’un coup. Puis je croise Damien et son suiveur dans la montée vers le viaduc. Il me fait une démo de sa frontale hongkongaise haut de gamme, nous échangeons, puis je décide de repartir en courant.

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Les finishers !

Allez, plus que quelques kilomètres et c’est gagné. J’arrive en ville, je donne tout ce qu’il me reste car je sais que ce sont mes derniers instants sur cette épreuve … et qu’à quelques minutes je retrouverai enfin Carole sur la ligne d’arrivée ! 98 … 99 … ça y est, voici l’arrivée. Et dire que quelques 8 heures plus tôt j’étais à ce même endroit … Je m’approche de l’arche. Je sais que l’arrivée est dans ce bâtiment à quelques centaines de mètres devant moi. J’accélère … ça y est, je tourne à gauche ! Tout est flou mais je sais que Carole m’attend … je fonce vers la ligne, je la franchis et … moment tant attendu … je me retrouve dans ses bras… L’émotion est immense … C’est un puzzle qui est enfin assemblé.

 

Le bilan de Carole :

 

Mon 100 km de Millau, un condensé d’émotions ! Je suis passée par tous les stades : le doute, l’anxiété, la tristesse, la sensation de bien-être et de plaisir. J’ai été émerveillée par la beauté et l’immensité des paysages, bien loin de ceux que j’avais connus un an plus tôt. Mis à part les premiers kilomètres, j’ai vraiment bien vécu l’épreuve. 100 km, c’est une distance qui, je pense, me correspond bien et que j’apprécie beaucoup. Plus que jamais, j’ai envie d’en faire d’autres. Je scrute déjà les prochains…

Un grand merci à tous les bénévoles, supporters, organisateurs de la course.

Un grand bravo à Vincent, Bruno, Samuel, Luc, Jean-Michel, Pascal et Chantal, les kékés du Bocage, Christophe, Greg et tous les autres.

Merci à Emir de me donner tant d’émotions.

Et merci à la course à pied de nous faire vivre des aventures de folie.

 

Les Lapins Runners.

carottes petit