UTMB, le retour !

Les amis, après plusieurs mois d’attente, découvrez la vidéo récit de notre UTMB 2018.

Notre échec de 2016 nous avait laissé un goût légèrement amer. Aussi, deux ans plus tard, nous serons revenus plus « forts », bien décidés à en venir à bout de cet UTMB pour ne pas devoir retourner à Chamonix une 2e fois.
Maintenant que cette page est tournée, nous pouvons désormais dormir sur nos deux oreilles.

WE DID IT !

A très bientôt, et surtout d’ici-là, KIFFEZ la vie !

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Notre UTMB 2016 en résumé

logo utmbHello les amis,

Le week-end dernier, nous avons participé à l’ultra trail du Mont Blanc, dit l’UTMB pour les intimes, cette course de 170 km 10 000 m D+ autour du Mont Blanc qui fait rêver de nombreux coureurs du monde entier. Fort de notre passif en ultra et à l’affut de découvertes, nous nous sommes autorisés à nous frotter à cette épreuve mythique.

Si vous nous avez suivis sur les réseaux sociaux, vous n’êtes pas sans savoir que notre participation a été marquée par notre disqualification au plan de l’Au, peu après Champex-Lac, situé au 127e km.

Mais avant de tourner la page de cet épisode « tragique » de notre modeste carrière de coureurs pour en ouvrir une plus belle, laissez-nous vous raconter ce que nous retiendrons de l’UTMB.

 

Crédit Photo J-P Allaire

Crédit Photo J-P Allaire

Une organisation béton : Nous reconnaissons sans mal que l’organisation de l’UTMB est à la hauteur de sa réputation : elle est faite de béton armé. Commençons par le balisage qui était parfait, et il fallait vraiment être à l’ouest, victime d’hallucinations, ou à court de piles de frontale pour ne pas savoir où aller. Les ravitos étaient toujours fournis, variés, l’eau souvent fraiche et nous n’avons jamais manqué de rien. Les bénévoles ne désemplissaient pas et ne manquaient pas de nous rendre service, remplir nos poches à eau et nous encourager. Enorme merci à eux pour le dévouement dont ils font preuve. Autres points :

  • Indications dans Chamonix très lisibles pour aider les coureurs à se repérer
  • Infrastructures mises à disposition pour déposer les sacs de mi-parcours, se doucher, dormir, … vraiment très appréciables
  • Navettes pour les rappatriements des coureurs aux ravitos principaux
  • Signalétique sur les ravitos indiquant le ravito suivant, le D+ et le D- pour y accéder
  • Mise à disposition de plusieurs cabines de toilettes avec PQ dans la plupart des cas (si si !!).

En quelques mots, de la qualité à la hauteur ou presque de la dépense (pas facile de juger d’une part, et d’autres, c’est un sujet à débat visiblement :p).

Ceci dit, nous noterons plusieurs petits axes d’améliorations : la présence de pancartes indiquant la totalité des BH (notamment celle au plan de l’Au après Champex, qui a conduit à notre perte), l’indisponibilité des t-shirts starter à notre taille bien que nous la spécifions à l’inscription et l’indication du lieu des consignes (dépôt des sacs) au village.

Profil_UTMB2016

Tu noteras que les km 127 et 154 ne sont pas des ravitos. Il semblerait tout de même bon d’indiquer ces barrières horaires sur la course, par le biais de pancartes afin de mettre en garde les coureurs.

 

Notre sérieux problème avec les bâtons : C’est la première fois que nous avons participé à une course avec autant de coureurs à bâtons et très franchement, cela a mis mes nerfs à rude épreuve.

Sachez qu’il ne se passe pas une « course à bâtons » sans qu’il m’arrive un pépin : Sur la 6000D et dès les premiers km, je m’étais retrouvée avec un bâton entre les genoux. Sur l’Ut4M, je m’étais pris un coup de bâton et un coureur avait manqué de me crever les yeux sur une montée. Et sur l’UTMB, j’ai eu droit à un croche-bâtons qui m’a fait chuter et râpé ma jambe droite au sol. Bien sûr, le geste n’était pas intentionnel et le coureur fautif semblait sincèrement désolé… Mais ce n’est pas suffisant : nous aimerions que les coureurs qui font le choix de courir en bâtons en aient la maîtrise parfaite pour ne pas gêner les autres coureurs.

Nous développerons cet aspect-là dans un prochain billet…

 

départ utmbUn départ inoubliable : Un couloir de supporters sur plus de 500 mètres, une concentration d’encouragements et de sourires, de smartphones et de Gopro à ne plus savoir ou donner de la tête… Le départ de l’UTMB est jusqu’à présent le plus beau (et aussi le plus lent ^^) parmi toutes les courses auxquelles nous avons participé.

Je ne suis pas spécialement fan de Conquest of Paradise de Vangélis comme choix de musique pour le départ. J’aurais préféré la chevauchée des Walkyries, mais apparemment, le marathon de la Rochelle en a l’exclu ;).

Pour moi, c’est un beau choix de musique qui donne son côté epique et légendaire au moment. Elle inspire le périple à venir.

 

Un avis mitigé sur les paysages : Comme évoqué dans notre vidéo debrief, je n’ai pas été particulièrement éblouie par la beauté des paysages. J’espère ne pas être (déjà !) un enfant gâté qui ne sait plus apprécier les choses à leur juste valeur. J’ai préféré les paysages de l’Ut4M et de l’EDF Cenis Tour, qui m’ont semblé beaucoup plus verdoyants et moins secs (la chaleur des derniers jours y a sans doute été pour quelque chose).

J’ai surtout en tête des chemins en forêt où il n’y avait rien à voir à part des arbres sur les côtés, bien que très consciente que cela ne représentait pas la majorité des paysages.

Ceci dit, rien n’exclut le fait que ma concentration étant portée sur ma progression, je sois passée à côté de merveilles de la nature.

Le paysage le plus marquant pour moi restera notre arrivée au Col des Pyramides Calcaires qui surplombait les nuages. C’était grandiose.

J’ai tout simplement été ébloui. Je n’ai jamais rien vu qui m’ait fait sentir aussi petit. Le passage au-dessus des nuages, avant la descente vers Courmayeur était magnifique. J’ai été impressionné et je n’ai pas manqué de faire le plein d’images !

 

Des ravitaillements au point : Les ravitaillements solides, au nombre de 12, étaient complets, même en fin de peloton. Au menu, fruits frais et secs, chocolat, barres overstims sucrées et salées, barres de céréales classiques,  soupe de vermicelles, crackers, et j’en passe.

J’aurais néanmoins apprécié que les bananes soient mûres (car elles étaient vertes pour certaines !) et qu’il y a ait des melons/pastèques. Nous avons vraiment apprécié le fait qu’il y ait une alternative aux pâtes au beurre (destinées ou non aux végétaliens) : nous avons ainsi pu manger du quinoa aux petits légumes BIO. Probablement l’aliment le moins probable à trouver sur un ravito, et cela nous a ravis.

Les barres Overstims salées aux noix de cajou ne contenant ni lactose, ni œufs, étaient bonnes convenaient aussi à notre régime.

Ravito

 

Nos sensations : Globalement, j’ai eu de bonnes sensations sur l’épreuve. Je n’ai été sujette à aucun maux d’estomac, de moins en moins fréquents depuis que je suis végétalienne.

En ce qui me concerne, j’ai eu une gêne au ventre que je n’explique pas pendant plus de 20 heures, accompagnée de temps à autres d’une difficulté à m’alimenter, à la limite du rejet. J’ai fait de la résistance tout de même afin de ne pas manquer d’énergie, mais cela n’a pas aidé, car je demandais toujours à mon estomac de travailler. Cela a fini par s’estomper, juste avant que les difficultés liées au manque de sommeil ne fassent ressentir … Je n’ai donc malheureusement pas beaucoup été « au top » pendant cette course.

J’ai eu une grosse baisse de régime après Courmayeur, au km 90 lors de la montée. En effet, il faisait une chaleur infernale, et avec le D+ qu’il fallait se manger dans un temps qui nous semblait vraiment limite, j’étais vraiment dans un sale état. J’ai vraiment cru à ce moment-là que c’était la fin de notre UTMB. Après deux verres de Coca et 5 minutes d’arrêt au ravito liquide, j’ai pu repartir bien motivée à passer la prochaine BH qui était en effet accessible.

Dans la nuit du samedi au dimanche, j’ai été sujette à des hallucinations, comme cela ne m’était encore jamais arrivé. Mon esprit partait sans arrêt en vrille : je ne pensais qu’à des vaches, Emir était un clone et je voyais sur ses chaussures un pilote d’avion et le profil d’une belle jeune femme. J’avais peur de l’orage et dès qu’Emir n’était plus dans mon champ de vision, je commençais à m’inquiéter. Après une sieste à Champex, cela allait beaucoup mieux, j’avais retrouvé mes esprits.

J’ai aussi vécu des passages à vide, où mon cerveau semblait complètement en veille. Vraisemblablement mes jambes avançaient, mais je n’en ai que très peu de souvenirs. C’est vraiment une sensation étrange : le corps semble en pilote automatique, les yeux sont ouverts mais le cerveau n’enregistre plus. Impressionnant, vraiment. J’ai également vécu des passages où mon cerveau délirait complètement, m’envoyant un flux d’information sans aucun rapport entre elles et mêlées les unes aux autres. Cela ne m’empêchait évidemment pas d’avancer, mais c’était assez perturbant car il m’était impossible de faire le silence dans ma tête. Dur à décrire, hein ! Enfin, la sensation la plus étrange reste de loin celle que j’ai vécu juste après notre sieste après Champex. En me réveillant, mon cerveau avait inversé le rêve et la réalité. En me réveillant dans le froid et de nuit au milieu de nulle part, mon cerveau pensait être dans un mauvais rêve, et cherchait à se … réveiller … Un vrai truc de dingue ces ultras !

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Notre déception : Ce billet ne serait pas complet sans parler de notre arrêt au plan d’eau de Champex. L’absence d’indication orale/écrite de cette BH et notre sieste de 15 minutes aura indéniablement conduit à notre disqualification. Nous savons que nous avions le niveau pour finir la course, mais cela n’est pas suffisant pour nous consoler. Une chose est sûre, nous serons à partir de maintenant en connaissance des barrières, et ne pourrons nous en prendre qu’à nous-même si nous ne les passons pas !

Les amis, à l’heure actuelle, nous ne savons si nous tenterons une participation pour l’édition 2017 de l’UTMB. Nous sommes encore quelque peu amers. Mais une chose est sûre, nous n’avons pas fini de coiffer nos oreilles de lapins, découvrir de nouveaux ultra et avoir des coups de cœurs.

 

Les vidéos

 

UTMB 2016 : ressentis à J-1

UTMB 2016 | PARTIE 1 : Une nuit dans les Alpes !

UTMB 2016 | PARTIE 2 : T’es dans l’ultra alors compose !

UTMB 2016 – J+1 : Débriefing

Le week-end prochain, nous serons ainsi sur le trail du Haut-Koenigsbourg avec nos chers amis Vosgiens Jipi, Emilie et leurs enfants. Mais devinez quoi ! Cette fois-ci nous n’avons pas sélectionné l’épreuve maîtresse mais le 54 km. Nous avons hâte de vous raconter.

A très bientôt, et n’oubliez pas de kiffer la vie !

Les Lapins Runners.

carottes

UTMB or not UTMB ?

utmbHello les amis,

L’heure est grave. La tension monte. Le suspense est palpable. Phrases courtes et saccadées. Effets de style. Emotions.

Les résultats du tirage au sort pour l’Ultra Trail du Mont Blanc sont tombés.

Certains disent que ce jour est un jour comme un autre. Nous disons que ce jour est important. Car ce jour déterminera le nombre de jours de congés que nous prendrons au mois d’août. Car ce jour, nous savons si nous allons ou non faire le tour du Mont Blanc.

Nous avons le plaisir de vous informer que nous avons été sélectionnés pour participer à l’une des épreuves les plus prisées des aventuriers traileurs, une épreuve dont la renommée est internationale, nous nommons : l’UTMB !

Nous vous confirmons sans plus attendre la totalité des défis que nous nous sommes fixés cette année.

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Le « groupe Emir BELKAHIA » signifie : les Lapins Runners.

Voici un bref récap du colosse :

  • Distance :170 km
  • Dénivelé positif : 10 000 m D+
  • Temps imparti : 47 heures
  • Départ : vendredi 26/08, 18h00 à Chamonix

Vous pourrez donc apercevoir les 26,27 et 28 août prochain deux paires d’oreilles parmi les 2300 coureurs rassemblés sur le plus haut sommet de France ! Vous êtes nombreux à prendre le départ de cette aventure les amis et nous vous en félicitons. Quelque chose de magnifique nous attend : la découverte de paysages magnifiques, l’exploration de nous même, de nos limites. Nous avons déjà hâtes de vous raconter tout ça !

Rappelons que pour avoir le « privilège » de participer à l’épreuve, il vous faut débourser la coquette somme de 219 € (hors assurance annulation de 15 €) en plus d’avoir au préalable obtenu au minimum 9 points UTMB (ou 15 nouveaux points) en deux ans sur 3 courses maximum. En d’autres termes, chez UTMB, on sait s’assurer du niveau de motivation des coureurs qui prennent le départ.

Pour ceux que le « divin » tirage au sort n’aura pas élu, relevez-vous de suite en prévoyant votre plan B :

  1. Vous voulez absolument faire partie de la promo UTMB 2016 : vous pouvez vous rabattre  sur une autre épreuve de l’événement (CCC, OCC, TDS).
  2. Vous faites une croix sur l’événement  UTMB 2016 : vous augmentez automatiquement vos chances d’être sélectionné l’année prochaine pour la course de votre choix grâce à un coefficient 2. C’est exactement la situation dans laquelle nous étions en 2015.
  3. L’UTMB est-il une fin en soi ? Ou est-ce plutôt vous dépasser qui compte pour vous ? Dans ce cas, beaucoup d’épreuves moins connues mais magnifiques s’offrent à vous.

En effet les amis, pour combler votre soif d’aventure et de sensations fortes, libre à vous d’aller voir ailleurs (pour la peine) et vous inscrire sur une course concurrente non sélective.

Tout comme nous l’année passée, n’hésitez pas à vous laisser tenter par l’Ut4M 160, un monstre de l’accabit de l’UTMB, qui a su remplir nos yeux d’étoiles pendant pas moins de 51 heures et 30 minutes. Organisation au poil, bénévoles tous aussi attentionnés les uns que les autres, ambiance magique, paysages à couper le souffle : vous ne serez pas déçus du voyage !

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A très vite les amis pour de nouvelles aventures, et d’ici là, bon run à tous !

Les Lapins Runners.

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A l’attaque de la Vertigineuse TDS !

Avec OlivierOn me donne ce gilet. Un gilet vert portant la mention brodée en blanc : finisher TDS. Je l’aime déjà. Il m’est cher. C’est un symbole d’un accomplissement poussé par la force transmise par mes proches.

Je fais la bise à Olivier, nous nous félicitons. Cette sensation … c’est grand. C’est terminé.  je suis vidé physiquement mais c’est secondaire maintenant. Ce moment, je l’ai visualisé des milliers des fois au cours de ces dernières 32 heures. J’y ai cru avec foi, je l’ai perdu de vue, j’ai cru ne jamais le vivre, puis je finis par le retrouver.

Ces derniers mètres dans la ville. Une belle ambiance. Bientôt l’aventure s’achève. Je termine avec Olivier et ses proches. Grâce à eux les derniers pas sont plus faciles à vivre. J’ai hâte que ça se termine.

C’est pas si simple ces derniers kilomètres. On m’avait vendu du plat. J’y tenais. C’est pas ce que j’appelle du plat ça ! Bon, faut tout de même admettre qu’on est loin de la difficulté de la montagne. En temps normal, si je n’avais pas 112 km dans les pattes, ces derniers chemins me paraîtraient sûrement très faciles.

Dernier ravitaillement : Les Houches. Je m’apprête à entrer dans Chamonix. Je mange des trucs même si ça ne sert à rien et que je n’ai pas faim, juste au cas où. Je refuse de me dire que c’est gagné. Je suis à 8 bornes de la fin, mais justement, je suis à 8 bornes de la fin.

J’amorce la descente. J’ai 4 km à faire avec 800 de dénivelé négatif en forêt, chemins étroits et jonchés de racines. J’espère que je pourrai courir mais j’ai toujours le dos en vrac et mes articulations des chevilles veulent en finir au plus vite.

Avant la descente je croise Tony. Il a l’air frais. Il descend rapidement, un as des bâtons.

Ces chemins, c’est vraiment de l’escalade. C’est même pas des chemins ! Ce sont des pierres énormes posées les unes sur les autres.

Ah sympa la petite passerelle. Allez je me prends pour un aventurier. C’est fun et ça ne tangue pas trop.

On ne se rend pas compte à quel point c'est vertical !

On ne se rend pas compte à quel point c’est vertical !

Je l’ai fait ! Il me faut une photo de tout ça. Je remercie Tony qui m’a soutenu pendant que je peinais à monter. « Mon moral en a pris un coup » dis – je aux bénévoles tout en haut. « C’est normal, même Xavier (ndlr : Xavier Thevenard, vainqueur de l’UTMB l’année passée et grand favori sur la TDS cette année) après ça, il était plus calme ». Je crois que l’ultime difficulté est passée. J’ai le temps, je suis toujours en avance. J’ai bien cru que j’allais y rester sur ce col du Tricot, à peine 20 km avant la fin !

C’est tellement raide que je n’arrive pas à faire 20 mètres sans être dans le rouge. Je multiplie les pauses et je broie du noir. Je flippe, je vais me faire avoir 20 km avant la fin ? Je vais pas passer la barrière à ce rythme. P**** j’étais si près du but. Je veux pas qu’on m’arrête maintenant. En même temps, si je donne tout ce que j’ai, qu’est ce que je peux faire de plus. J’envoie des textos de détresse et je reçois de l’énergie. Je continue. J’y vais très lentement, mais sûrement. J’ai vraiment l’impression d’être le seul qui n’a pas de bâtons. Des randonneurs me doublent sans effort. Je continue ma lutte.

Alors c’est ça le col du Tricot ? C’est démesuré. Je regarde en l’air avec des yeux d’uranoscope et je vois des gens qui montent faire de grands et lents mouvements de bras avec leurs bâtons. Cette montagne énorme et ces gens qui la gravissent. Ça me rappelle le MDS sauf que là je suis seul et j’ai plus trop le moral.

Ça descend pas mal ici, ça fait du bien après cette escalade interminable. Il commence vraiment à faire très chaud. Je m’arrête et je mets tout ce que je porte dans mon sac, ou presque. Ce bon vieux t-shirt rouge kalenji me rappelle des souvenirs.

Quelle montée de dingue après les Contamines … ça ne s’arrête jamais de monter et descendre. Peut être que la fatigue influence mon jugement mais j’ai l’impression j’ai jamais vu de côtes aussi raides. Je double des concurrents qui marchent encore moins vite que moi. Ça me réconforte un peu. Je suis pas si lent on dirait. Je double une randonneuse qui tente de discuter avec son ami. L’essoufflement lui fait rapidement comprendre qu’elle ne pourra pas faire de longues phrases.

Je suis au ravito des Contamines. Un peu de ville après toute cette montagne. J’ai mal au ventre mais je mange quand même machinalement. Plus que 25 bornes je crois, un gros semi et environ 7h pour le faire. Ça devrait passer.

Je cours pas mal parce que c’est possible techniquement alors je me dis qu’il est bon d’en profiter. J’ai comme un petit regain d’énergie. J’ai mis de la musique pour me booster mais ça m’a fait mal à la tête alors je l’ai stoppée.

Le jour revient ! Ça fait un bien fou. J’ôte la frontale et je cours un peu pour gagner du temps. Il reste environ 30 km. C’est beaucoup mais j’ai fait le plus gros. D’ici une petite dizaine d’heures, c’est réglé !

J’arrive au ravito, enfin ce satané ravito c’est bien lui cette fois. Je fonce vers les toilettes qui sont à l’extérieur de la tente sur la gauche. Les bénévoles croient que je divague et que je rate l’entrée de la tente mais non, je sais très bien ou je vais. Une fois sous la tente, je ne m’éternise pas. Je suis porté par une certaine envie d’en découdre.

J’aurais tout essayé mais je n’ai pas réussi à franchir la nuit sans mouiller mes pieds. Je n’ai plus de chaussettes sèches. Le mal est fait. J’ai des ampoules énormes sous les deux pieds… finir va être un calvaire.

Qu’est ce qu’ils sont longs ces kilomètres !! Mais il est où finalement ce ravito ?? Ça fait bien 3 heures que je l’attends, que je l’ai aperçu au loin. C’est pas vrai !!

Ah le voilà enfin ! Après ce détour énorme me voilà enfin au ravito. Je l’ai aperçu il y a bien 3h cette petite tente au loin, en face, mais la nuit ne me permettait pas de discerner le chemin pour y accéder. Il a fallu contourner un énorme bassin par la droite pendant de longs kilomètres ! Bref j’y suis,  plus que 100 mètres. Hein ? … c’est une étable ?! Quel leurre !! C’est malsain de nous faire ça ! Il est où le vrai ravito ?? … je l’aperçois même pas … bon,  pas le temps de pleurer sur mon sort. C’est vraiment pas cool cet oasis des montagnes ! Je m’en souviendrai tiens !

Les kilomètres dans la nuit sont longs… je grimpe à mon rythme et j’essaie de ne pas mouiller mes pieds ce qui nécessite une certaine attention portée sur le sol. Je constate que je double, ça me réconforte un peu.

Au point de contrôle, je change de chaussettes. Il ne faut pas que j’ai les pieds mouillés ou les ampoules me tueront !

Je traverse des chemins sinueux. Parfois je sens et j’entends l’eau claquer sur la roche à ma gauche. Ça a l’air haut. Je crois qu’il vaut vraiment mieux ne pas tomber ici. Y’a un type devant moi qui semble à bout de forces. Je tente de discuter mais la TDS a eu raison de sa sympathie.

Ma frontale n’éclaire plus malgré le changement de piles. Finalement, heureusement que j’en ai deux. Je range la Silva et je mets la Petzl. Je vois beaucoup mieux !! Quel réconfort que de bien voir !

Je crois que j’ai bien failli mourir cette fois. Je suis complètement chargé d’adrénaline, je ne sens plus rien. En voulant éviter une flaque énorme, j’ai fait un saut incontrôlé. Je me suis senti glisser sans aucun appui. Mes réflexes m’ont fait agripper deux touffes d’herbes qui m’ont empêché un aller simple pour le ravin… Je me relève, je me retourne. Il y a du monde derrière moi. Silence. Personne ne relève ce qu’il vient de se passer. C’était peut être normal. Je continue ma route.

Toujours dans un petit peloton qui discute bien et qui semble en forme, je traverse une épreuve difficile. Il doit être 3h du mat. Pas de difficulté particulière sur la course mais j’ai un gros coup de barre. Je m’arrête un peu au milieu de nulle part, à bien . Je commence à avoir froid. Je mange une barre en pensant que ça va peut être me réveiller… Je suis cerclé par l’inconfort. J’ai sommeil donc j’ai du mal à continuer, mais si je m’arrête, j’ai très froid. Qu’est ce que je fous là… je donnerais beaucoup pour un lit au chaud. J’espère que ça va passer. J’aurais du prévoir un truc perso (citronnade ou cocaïne) pour me réveiller la nuit… à défaut de pouvoir changer les choses, je me dis que j’y penserai pour une future course de nuit. Ah tiens, j’envisage encore une future course à cette heure-ci. C’est peut être que je suis pas si mal.

Je suis maintenant dans un petit peloton de mon niveau. Je marche en regardant bien ou je mets les pieds. Je m’applique toujours autant à éviter de les mouiller. Je reçois un texto, il doit être 1h passée. Qui ça peut être ? Hahah, Daddy the Beat qui me fait des blagues. Ça fait du bien ! Un autre texto… c’est Isabelle. Ils sont vraiment cool. J’apprends que les gens de Twitter sont sur le qui vive. J’ai plein de supporters même en pleine nuit. Dingue ! Là je vais mieux ! J’aimerais bien répondre mais … damn it. J’ai plus de réseau …

Je quitte le Cormet de Roselend. Je cours et je marche vite en montée. Je suis requinqué. J’ai pu me changer entièrement grâce au sac de course intermédiaire. Je suis au sec et j’ai pas froid, ça fait du bien ! Je viens de laisser mon précieux compagnon de route, Marc. Je ne m’en fais pas, nous nous reverrons sur un réseau social ou une montagne.

Marc redoutait le sommeil et il avait raison. Il a pris la décision de ne pas repartir. « Toi ça se voit que tu peux y retourner » m’a-t-il dit. « Moi mon état physique ne me le permet pas ». Je tente en vain de le booster mais je comprends son état. Des fois on en peut vraiment plus, sans compter qu’on vient à peine de passer la moitié. Petit pincement de laisser mon compagnon de route. Ca faisait des heures qu’on se suivait. On a vécu ensemble la montée de la mort du Forclaz, la tombée de la nuit, la descente du Passeur de Pralognan de nuit… Ça crée des liens. Une assiette de soupe chaude avalée et je m’apprête à reprendre le départ.

The Passeur de Pralognan

The Passeur de Pralognan

Je n’arrête pas de râler. En réalité j’ai peur de me faire sérieusement mal et l’adrénaline que je prends à chaque fois que je glisse  me met en colère. Il est bientôt fini ce passeur ?? C’est pas vrai… Il est où le Cormet de Roselend… c’est loin ! Le bénévole nous a dit que c’était juste après le passeur !

Je glisse et tombe. Je crois que c’était inévitable. Un bénévole me rattrape pour m’empêcher de mourir (oui, j’exagère, je pense que je serais encore en vie). Au passage je m’érafle la main gauche et mon coude prend un gros choc. Avec l’adrénaline, je ne sens pas grand chose mais je sais la douleur viendra après.

C’est tellement vertical que des cordes sont attachées à la roche pour nous permettre de descendre (à peu près) en sécurité. Je préfère m’asseoir sur la roche et descendre en restant au plus près du sol. Je ne tente aucun saut car c’est bien trop risqué.

Ah, voici le tant redouté Passeur de Pralognan. Fais voir … ?!?! Mais c’est un ravin ? Comment on fait pour descendre ?

La nuit tombe. Je suis toujours avec Marc et un petit peloton qui s’est formé dans le but de passer ce cap ensemble. Je lève les yeux et je vois des frontales partout à n’importe quelle altitude. Ce que je comprends, c’est que ça va descendre sec puis remonter très très sec. Ça promet. Je vais garder les yeux rivés au sol et me concentrer pour ne pas tomber.

On est plutôt contents de nous avec Marc, on vient de surmonter une très grosse difficulté. La nuit approche, on commence à discuter sommeil. Marc me dit qu’il craint le sommeil, qu’il ne sait pas comment il va gérer. Pour l’instant, on vient de passer un moment difficile. Marc aurait pu y rester mais il a eu le courage de continuer. Ça rebooste !

Ça s’arrête de monter ! On touche enfin au but ! Ca y est ! C’est décidément la montée la plus énorme que j’ai vu de ma vie. C’était interminable ! Nous avons du faire des pauses de temps à autre pour reprendre notre souffle à maintes reprises au cours de cette montée. Nous avons vu de nombreux traileurs abandonner, redescendre avant d’arriver en haut, après avoir pourtant gravi des centaines de mètres. Ce qui est vraiment difficile, au delà du cardio qui monte très vite, c’est cet effet « quand y’en a plus, y’en a encore » … Mémorable !

Marc n’est pas au top là, cette montée qui ne s’arrête pas lui a donné envie de vomir. On fait une petite pause sur un ravito improvisé par une mère-grand qui habite sur le parcours. Mère-grand a le sens du business : 3€ la soupe. Après plus d’un kilomètre de D+, nombreux sont les acheteurs. Après une petite réflexion et un peu d’inquiétude de mon côté, Marc décide de repartir de plus belle. C’est parti pour terminer cette montée, le plus dur est passé !

C’est pas vrai ! Plus on monte, plus on voit que ça monte encore !! Ça s’arrête jamais !

un virgule cinq kilomètre d plus

Des traileurs redescendent ?! Marc me dit que certains abandonnent et font demi-tour avant d’arriver en haut. C’est si violent que ça ?

Après avoir traversé la ville sur un petit kilomètre, ça monte déjà ! J’essaie de discuter avec Marc mais ce n’est pas facile car je m’essouffle vite. Je ne suis pas habitué à galérer autant en montée. Il faut dire, ça fait déjà plus de 10h que nous sommes partis. Nous parlons de nos motivations à courir la TDS.

Marc et moi repartons de Bourg Saint Maurice. Nous y avons investi 30 minutes et Marc en a profité pour voir son père qui lui a fourni de l’assistance. En ce qui me concerne, j’ai mangé au ravito et j’ai fait des SMS à mes proches. Ça fait du bien.

C’est l’arrivée à Bourg Saint Maurice ! Nous étions impatients de pouvoir nous y arrêter un peu. Cette très longue descente a été plutôt traumatisante.

Super longue cette descente. Au loin, on aperçoit le fameux Bourg Saint Maurice. Nous avons de l’allure ! Les discussions avec Marc et David font passer les kilomètres sans trop y penser. Je fais tout de même gaffe à ma vitesse car les descentes m’abîment les chevilles et les genoux.

Italia France

Italia France

Je fais la rencontre de Marc qui aperçoit mes oreilles et me lance : « Tu n’étais pas à la 6000D ? ». Et si, tout à fait ! Quelques échanges plus tard nous devenons compagnons de route. David se joint à nos discussions et restera avec nous quelques kilomètres.

Au 36ème kilomètre et un peu plus de 7h de course, je passe le col du Petit Saint Bernard. J’arrive enfin en France ! Je vais pouvoir répondre à tous les SMS que j’ai reçu sans y laisser la peau de mes *****.

Je profite du ravitaillement de qualité. Je me refais une boisson sucrée dans ma poche à eau et je mange de l’Overstims en barres. Je suis interpellé par un traileur qui m’a aperçu sur la 6000D. Nous échangeons un peu au sujet de la TDS, et de nos capacités à franchir les barrières horaires. Sans être hyper rassurés, nous y croyons.

Je m’éclate un max, c’est la montagne, la vraie. Je n’ai jamais rien vu d’aussi immense ! Les traînées de traileurs à perte de vue sont une parfaite image de l’immensité des paysages.

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Après quelques kilomètres passés ensemble, je m’aperçois qu’Olivier a un peu trop d’allure pour moi et le laisse donc partir. Nous nous écrirons plus tard pour un futur run plus tranquille à la Défense.

Un traileur photographie le Mont Blanc. Il peine un peu à ranger son mobile dans son sac à dos donc je lui donne un coup de main. C’est Olivier. Il court à la Défense en semaine, tout comme moi. Le monde du running est petit ! Nous nous y retrouverons peut-être à l’occasion.

Au cours de cette première grosse montée, je croise Bubulle de Kikourou avec qui je discute gros dénivelé avant qu’il me distance sans difficultés.

Premier ravito : des tartines au miel ! Excellente idée !

Ah la la ce que c’est beau ! Physiquement je suis facile ! C’est le début, faut profiter. Les kilomètres passent vite !

Je suis tout frais, heureux d’être là. Je prends des photos toutes les trois secondes comme un enfant qui découvre une fête foraine pour la première fois. C’est complètement dingue. Immense. J’en reviens à peine.

Il est 7h00 ! Le départ est donné à Courmayeur dans une ambiance épique ! Je fais mes aurevoirs à Apos qui va bien vite me distancer. Je suis ravi de l’avoir rencontré après nos quelques échanges sur Twitter. Un type très cool qui me fait penser à Léonidas en plus maigre avec une barbe en Gore-Tex. Sans le dire, je suis impressionné.

« Bonjour M. Belkahia, comme d’habitude, un métro boulot dodo ? Non merci, pas aujourd’hui. Je prendrais un Mont Blanc façon franco – italienne et une double portion de dépassement et douleur. Excellent choix. Je sais, merci. »

« Mais qu’est ce que je fais (encore) ici !? » parole d’Ultratraileur

koBonjour à tous chers amis du merveilleux monde du running. Aujourd’hui je m’apprête à aborder un thème qui nous est très cher : la souffrance.

La souffrance, c’est la vie

Dites-moi s’il vous plaît : quel runner ne s’est jamais infligé de souffrance ? Quel runner n’a jamais connu le difficile combat contre lui-même ? Celui qui oppose la volonté de s’arrêter, produite par des signaux physiques (souvent la douleur), à l’envie de continuer dont la raison appartient à chacun (réussir son challenge, se dépasser, se sentir vivant, perdre du poids, gagner un pari, faire taire les médisants, … tout est bon à prendre*). Allez, pour les quelques lecteurs qui refusent cette idée, je veux bien admettre qu’un faible pourcentage de coureurs n’éprouve strictement que du plaisir en courant.

L’ultra-traileur, une espèce particulièrement atteinte

L’ultra-traileur, pratiquant de courses natures de distances supérieures à 42 km (parti pris sur la définition), connait très bien cette souffrance. Il s’agit là d’une espèce de runners particulièrement friande de challenges sportifs beaux, long, et douloureux. Des challenges qui déclenchent immanquablement la réaction suivante auprès des non initiés « Quoi ? Tu vas courir xxx (souvent 3 chiffres, c’est important) km ? Mais t’es vraiment un grand malade. » … *s’éloigne dans le couloir* « décidément y’a vraiment des fous sur terre ». Revenant tout juste de la TDS, je ne peux affirmer que ces personnes soient totalement dans le faux.

Vis ma vie d’ultra-traileur

Au cours de ma jeune expérience de traileur, j’ai pu échanger avec des athlètes de niveaux très différents pratiquant l’ultra. Tenez-vous bien: pas moins de 64% des interrogés sont d’accord pour dire que l’évolution de leur état d’esprit suivante leur correspond, au cours de leurs épreuves sportives.

  • 0-30 % de l’épreuve – au top, porté par l’enthousiasme de début d’épreuve et la forme physique : « Ouah c’est vraiment magnifique, j’ai tellement bien fait de m’inscrire !! ».
  • 30-70 % – début du déclin : « bon c’est pas mal tout ça mais il est où le ravito ? Il reste combien de kilomètres avant la fin ? « 
  • 70-90 % – « Vivement la fin… elle est où la fin ?? C’est où cette ligne d’arrivée ? Plus jamais je recommence, c’est la dernière ! ». A noter que l’ultratraileur ne se ment pas à lui-même. A ce moment-là, il est honnêtement persuadé qu’il ne recommencera plus jamais.
  • Quelque part entre 60 et 70% – le point culminant de la détresse, intervenant généralement dans une montée ou après une chute quand le mental est déjà bien entamé. « Mais qu’est ce que je suis encore venu faire ici ?! Pourquoi je ne suis pas tranquillement chez moi à regarder des saletés à la TV comme les gens normaux ? ». Ce moment peut se solder par une décision d’arrêt de la course au prochain point d’abandon, ou peut se surmonter par divers moyens ou artifices personnels (cf. * partie La souffrance, c’est la vie). 
  • 90 – 99 % – « Ce sont les kilomètres les plus longs que j’ai vu de ma vie ! »
  • 99 – 100% – la gloire – « Je vais être finisher ? Hahah !! allez je cours un peu pour le style. »

Le processus de récidive

Après l’épreuve (qu’il ait franchi la ligne d’arrivée ou non), l’ultra-traileur entre dans une période de planification de sa récidive.

  • Étape 1, juste après la course. « Plus … JAAAMAIS ». Cette période a une durée, en heures, de 1,5 x nk n est le nombre d’heures passées sur la course tout juste terminée et k le coefficient de contamination au virus CAP du sujet. Le sommeil après-course peut également accélérer ce processus. Exemple : pour une course de 20 h, chez un sujet fortement contaminé, la récidive est envisagée au bout de 1,5 x 20 – 25 = 5 heures.
  • Étape 2, le virus CAP agit : « Ah c’était vraiment beau quand même, une belle aventure. L’année prochaine je tente l’UTMB allez, soyons un peu foufou ^^ »… Oui, c’est le cas de le dire.

Pourquoi récidive-t-on ?

La question est complexe et il existe plusieurs réponses. Je fais le choix de n’en livrer que deux.

Premièrement, parce que le sport a cette capacité à nous rapprocher, à créer des liens, de l’échange, du partage. C’est une histoire vécue que je trouve merveilleusement enrichissante. Que ce soit au sein de ma famille ou de mes différents cercles de proches jusqu’aux réseaux sociaux, ces événements sportifs, d’ampleur ou non, créent un magnifique engouement et une communication positive.

Deuxièmement,

Pour voyager.

Pour voyager.

Ce texte descriptif teinté d’humour est un préambule à mon prochain récit sur la TDS, qui devrait arriver la semaine prochaine ! Vous avez été particulièrement nombreux à me suivre au cours de cette épreuve, et je vous en suis vraiment, vraiment reconnaissant. Mille mercis à vous !

A très bientôt les amis.

carottes petit